samedi 25 juin 2011

Alain Flausch se dit «dégoûté»

Le patron de la Stib revient sur un mois très polémique. Lassé du « manque de reconnaissance » et de réclamer « son dû » (une revalorisation salariale), Alain Flausch épingle la classe politique bruxelloise et annonce son départ.

Mois de juin chahuté, pour Alain Flausch. Le directeur général de la Stib était sur la sellette pour une note interne à haute teneur polémique, pour ses revendications salariales, pour ses prises de position politiques…

COMMENT AVEZ-VOUS VECU ÇA ?
En interne, c’est compliqué parce que ça bouscule beaucoup les gens. C’est d’ailleurs une de mes lignes de défense, de dire : «Attendez les gars, vous, Région bruxelloise, avez un outil extraordinaire : un patrimoine formidable et 6.500 personnes qui sont capables de le faire tourner. Si vous cassez ce beau jouet, vous ne rendez pas un service aux Bruxellois.» Je trouve qu’on a traité la note avec un emballement médiatique et politique disproportionné par rapport à l’enjeu.

J’aime bien la bataille, je suis plutôt dans mon élément. Donc, je ne suis pas très affecté. Je n’ai jamais pensé un seul instant à démissionner. J’ai même dit à un moment, en guise de provocation : « Eh bien qu’ils y aillent, qu’ils aient les c… de me foutre dehors ».

Vous êtes décidément provocateur ?
On dit arrogant, ça ne me dérange pas… Je déteste la langue de bois, le politiquement correct. Et si notre boîte a avancé pendant ces onze années c’est aussi à cause de ça. Bon évidemment, moi, je ne suis qu’un des 6.500 stibiens. Mais oui, on dit les choses clairement, on n’a pas peur d’avancer. Si on ne fait pas ça, on n’est pas chef d’entreprise, hein !

ON NE REMUNERE PAS BIEN LES POSTES A RESPONSABILITES, EN BELGIQUE ?
Et il y a des consultants qui ont fait cette comparaison et qui arrivent à la conclusion que je suis parmi les moins bien payés de la planète. En dépit de onze ans, où j’entends qu’on reconnaît que je n’ai pas un mauvais bilan. Je suis, avec mon adjoint, le seul employé ou ouvrier de la Stib qui n’a vu aucune modification de son salaire depuis onze ans.

Vos relations avec le politique ne sont pas des plus simples ?
Quand je suis arrivé, en 2000, le monde politique pensait encore que l’entreprise publique a besoin d’une certaine autonomie. On n’est pas une administration, on doit offrir un service à la population ! On m’a engagé pour faire bouger cette boîte, alors qu’ils disposaient, en interne, de quoi continuer comme en 14. La crise financière de 2008 a marqué un tournant : le monde politique s’est senti le devoir de reprendre la main. OK pour les banquiers, mais les entreprises industrielles n’ont pas exagéré. Vouloir reprendre le contrôle est un mauvais signal.

DONC CE N’EST PAS FACILE ?
La Région n’a pas une vision organisée du transport. Partout ailleurs, il y aune autorité organisatrice, qui a une capacité stratégique. Il faudrait un partenaire pour développer une vision stratégique, qui devrait se situer dans la zone RER. Deuxième problème : les coalitions politiques à Bruxelles. Aujourd’hui, nous sommes en train de gérer le prochain contrat de gestion, pour cinq ans… Eh bien, je ne sens pas une univocité parmi les politiques : il y a par exemple les pour et les anti-métro. Le débat se mue en conflit idéologique alors que l’enjeu de la mobilité est un enjeu de réalité !

VOUS VOYEZ A LONG TERME, AVEC DES MINISTRES ELUS POUR CINQ ANS…
Oui, cela pose un problème. Hormis Charles Picqué, c’est moi le plus ancien. C’est donc moi qui assure la continuité ! Mais surtout, je préférerais avoir un gouvernement qui a une ligne claire. Aujourd’hui, il n’y a pas une vision de la ville qui rassemble tout le monde au sein du gouvernement. J’ajoute que cela se complique encore quand il y a 19 communes à accorder.

ON EST FRILEUX, ON MANQUE D’AUDACE, A BRUXELLES ?
Bruxelles est toujours en train de devenir une grande ville. Au départ, c’était une ville de province. En vingt ans, la Région s’est améliorée mais on n’a pas assez de moyens. Et quand on n’a pas d’argent, on finit par ne pas avoir de projet parce qu’on s’autocensure.

VOUS PREPAREZ LE CONTRAT DE GESTION… C’EST QUOI LE GRAND PROJET POUR BRUXELLES ?
1. Priorité aux transports publics ; 2. piétonnisation ; 3. réaménager les espaces publics. Vous savez, on ne pourra pas transporter tout le monde partout. On doit réapprendre à marcher, pour rejoindre les grands axes de transports publics. Il faut savoir ce qu’on veut : préfère-t-on un arrêt tous les cinquante mètres et un bus toutes les vingt minutes ? Ou un arrêt tous les 500 mètres mais de meilleures fréquences ? Moi je préfère cette deuxième option. Il faut, pour assurer un service de qualité, aussi travailler avec le vélo ou les voitures partagées, il faut une offre complète. Et puis, on doit laisser de la place aux voitures, d’où le tunnel et le métro ! Mais, pour tout ça, il faut du courage politique. Si on continue à amener des voitures en ville, un jour, tout sera bloqué !

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
JEF, DE FLAUSCH IS AF.
Je ne jure et ne gère plus que dans le cours terme, c’est terrifiant. Qu’on l’aime ou qu’on ne l’apprécie guère Alain Flausch ne dit pas que des âneries, loin s’en faut et il ne manque pas de dynamisme.
On lira avec intérêt l’analyse ci-jointe que publie la Libre et qui est interpellante : « il est évident qu’au bord de la paralysie, à l’heure des échanges à la nanoseconde, il est grand temps de réformer l’aménagement urbain bruxellois. Les transports en commun en sont une clé fondamentale »
« Pour combattre la lente détérioration manifeste de la qualité de vie bruxelloise. Tous ces éléments sont connus, doivent être acceptés pour élaborer une politique de la mobilité porteuse de croissance et un nouveau prochain contrat de gestion 2012-2017 de la Stib ambitieux. »
On ne saurait mieux le dire.
Curieusement, la mobilité est infiniment plus fluide à Paris qu’à Bruxelles, à Lille également.
Il est temps, grand temps que cela change.
MG

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