vendredi 10 juin 2011

Engagez-vous !

Entre le "jeune cadre dynamique" et le "nihiliste fumeur de pétards", je vous propose une nouvelle voie. Comment garder l'engagement du premier et l'aspiration du second à la liberté et à un système juste?
Il y a de véritables problèmes inhérents au fonctionnement sociétal actuel : ce n’est pas un scoop. Parmi eux, citons : l’urgence écologique, l’accroissement vertigineux des inégalités sociales et économiques, l’accroissement du mal-être en Occident proportionnel à l'augmentation du confort au-delà d’un certain seuil (taux de suicides et d'antidépresseurs faisant office d’indicateurs de malheur), l’appauvrissement du Quart monde, le métro-boulot-dodo en perspective, la solitude des grandes villes et des campagnes, le divorce généralisé et normalisé, la délinquance juvénile en plein essor, etc.
Indéniablement, nous héritons d’un monde problématique. Pour avoir l’ambition et l’envie de s'engager joyeusement, corps et âme, dans la société telle qu'elle est, il faut soit être aveugle, soit lourdement aliéné. C’est du moins ce que pense notre autre cas de figure qui choisit, pour sa part, de s’efforcer de renoncer autant que faire se peut à tout ce qui peut ressembler à un engagement dans cette espèce de grande "matrice" qu'est, à ses yeux, le "Système". Le "nihiliste-fumeur-de-pétards" refuse tout en bloc : ni travail, ni parti, ni famille.
Alors que le jeune cadre a une foi totale dans le fonctionnement actuel de la société, notre rebelle est un sceptique accompli : il est la figure vivante du nihilisme éclairé. D’une critique -certes pertinente- de la société et de la condition humaine, il a conclu que la vie ne valait pas la peine qu’on s’y engage, il sait que le combat est perdu d’avance. Mieux vaut, pour lui, se libérer de toute forme d’investissement et éviter toute contrainte À quoi bon ? Il vit ce renoncement comme une grande libération. Les "autres", ceux du "Système", sont les moutons de la grande matrice. Lui et les siens, libérés enfin, préfèrent s’amuser entre amis autour d'un pack de canettes et d'un bon pétard. Alors que le jeune cadre dynamique semblait à divers égards inconscient, ce nihiliste buveur de bière est lucide dans sa critique : il constate que le monde et l'existence humaine ne sont pas dénués de problématicité.

Mais si sa critique est pertinente, le chemin esquissé par son désengagement semble relativement stérile : exerce-t-on pleinement notre liberté en nous acquittant de toute contrainte ? Je pense que non. La voie du nihilisme est sans issue, elle ne mène nulle part, si ce n'est au suicide. Les déterminations, et donc l'engagement, sont la condition de possibilité de l'exercice réel de la liberté. La liberté toute puissante est une abstraction. Nous sommes des êtres incarnés, donc limités, et c'est au cœur même de la contrainte qu'il nous est possible de vivre une véritable liberté, source de bonheur. L'engagement est aussi ce qui signe le passage à l'âge adulte : le nihiliste reste un grand adolescent, bercé par l'illusion qu'il est libre. Il se complaît dans un sentiment d'absurdité de l'existence qui sert d’alibi à son alcoolisme et à son absence de prise de responsabilités.

Je cherche une voie du milieu entre ces deux extrêmes, qui puisse garder du premier le courage, l’enthousiasme et le défi de l’engagement tout en ne faisant pas fi de l’aspiration du second à une plus grande liberté, à une existence plus sensée et à un système juste au sein duquel il vaille la peine de s’engager. Le problème majeur de cette tierce voie est qu’elle est seulement en train d’émerger et n’est donc pas très visible sur la scène sociale. Il s’agit, en quelque sorte, de la créer.

Je propose d’appréhender intellectuellement cette tierce voie au moyen du concept de reliance (2), qui renvoie à la démarche intuitive au cours de laquelle on se relie à soi-même, aux autres et à la nature. Pour agir dans un monde en changement sans se perdre, se fait sentir la nécessité d’un recentrement, permettant la découverte de repères intérieurs neufs, d’ordre émotionnel, intuitif et esthétique. L’œuvre de création de nouveaux modes de vie commence, en mon sens, par la démarche de reconnexion avec nous-mêmes. À travers cette démarche de reliance à soi, nous découvrirons par la même occasion que l’autre n’est pas une entité étrange et séparée : ses expériences ont un écho en moi, je les connais intuitivement. On se rendra alors compte que bien que l’on soit existentiellement seul, on est parmi les autres. Peut-être les injustices qui dessinent la ligne de partage classique entre nos pays, prospères, et ceux du Sud nous deviendront-elles enfin insupportables et pourrons- nous, dès lors, penser et assumer des limites à nos propres libertés de consommer, de produire et d’extraire.

Parallèlement, on découvre que la communauté humaine s’inscrit dans la nature et que son développement ne se fait pas "hors sol". Peut-être la voie de la reliance nous permettra-t-elle de faire l’expérience de l’interconnection entre les êtres vivants. Reliés à la nature et conscients de notre valeur, nous pourrons inscrire nos activités dans la nature plutôt que de nous organiser à ses dépens. La nature, sa beauté, son équilibre dynamique, ses cycles pourront peut-être dès lors fonctionner eux aussi comme des limites, des contraintes pour l’agir humain, à partir desquels il nous serait loisible d’explorer de nouvelles voies de développement.

Un des défis majeurs de notre génération me semble être de parvenir, dans l’action, à faire entrer en résonance ces trois dimensions -intériorité-société-écologie- plutôt que d’en faire des catégories auto-excluantes. Pour cela, nous devons impérativement nous "libérer du connu". Nos modes de vies, d’habiter, de nous nourrir, de nous vêtir, de vivre ensemble : tout est à repenser. En ce sens, l’engagement critique et créatif dont ce petit texte fait l’apologie implique l’exercice d’un certain courage : être véritablement citoyen suppose, dans certaines situations, une forme de "désobéissance" (3) par rapport à ce qui s’est toujours fait pour ouvrir de nouveaux possibles. Pour échapper à l’angoisse d'une vision nihiliste de la vie et à l'aliénation étouffante d'un mode de vie positiviste, nous faisons ici l’apologie d’un engagement sous le signe de la résistance et de la reliance.

"C'EST PLUTOT L'EXPRESSION D'UN NO FUTURE"

"Los Indignados" ne sont pas les héritiers de Stéphane Hessel, l'auteur de "Inidgnez-vous". Ils dénoncent un système en général mais ne s'engagent à rien. Loin de la lutte politique et risquée des jeunes de Tunis ou du Caire. Une opinion de Edouard Delruelle, Professeur de philosophie morale, politique et du droit à l'université de Liège. ( La Libre )
QUEL SENS DONNEZ-VOUS A CETTE INDIGNATION PARTIE DE MADRID QUI S’ETEND A DES JEUNES DE VILLES EUROPEENNES ?
On est plus dans une logique réactive que dans l’expression de propositions. L’indignation, c’est une réaction. Ici, à un sentiment de blocage. Les manifestants n’ont pas de revendications particulières contre, par exemple, une réforme des universités. Non, il s’agit d’une indignation générale contre un système en général. Cette indétermination marque son originalité mais aussi ses limites. Que veulent-ils ? Sur quoi cela va-t-il déboucher ? Face à leur protestation contre les politiciens “tous dans le même sac”, les militants traditionnels des partis ou syndicats affichent alors leur scepticisme, voire leur opposition, comme Louis Tobback.
CES “INDIGNES” – DE GAUCHE – DENONCENT LES PARTIS PROGRESSISTES. N’Y A-T-IL PAS UN CHOC DE GENERATIONS ?
Oui, un choc culturel et politique. Jusqu’à présent, militer à gauche était un tant soit peu organisé. A l’initiative d’un syndicat ou d’un parti, on manifestait contre des mesures ciblées avec des revendications précises. C’était identifiable et structurant, à l’exemple du mouvement contre les retraites en France. Par contre, les mouvements comme “Los indignados” ou la “Révolution des frites” chez nous apparaissent indéterminés. On comprend que les militants traditionnels soient décontenancés par ce type d’actions lancés en plus via le Net et Facebook.
LA REVOLTE DES JEUNES EN EUROPE EST-ELLE APPARENTEE A CELLE DES JEUNES DES REVOLUTIONS ARABES ?
Non. Formellement, sur le mode de mobilisation via les sit-in, Twitter ou Facebook, on pourrait le croire. Pas sur le fond. A Tunis ou au Caire, c’est l’aspiration d’une jeunesse pleine d’énergie, de compétences et d’espoir qui a lutté au risque de sa vie contre un système dictatorial et corrompu : un mouvement révolutionnaire classique. En Europe, c’est plutôt l’expression d’un ras-le-bol, d’un “no future”, d’une impression d’horizon bouché qui s’en prend à tous les politiques, de droite comme de gauche, alors que la responsabilité se situe au niveau des marchés financiers.
“LOS INDIGNADOS” SONT-ILS LES DIGNES HERITIERS DE STEPHANE HESSEL, AUTEUR DE “INDIGNEZ-VOUS” ?
Toutes les indignations ne se valent pas. Le Pen aussi est indigné qu’il y ait trop d’étrangers. L’indignation n’est pas une fin en soi. S’indigner… et puis ? Quand Stéphane Hessel scande “on a perdu la capacité de s’indigner et de s’engager aujourd’hui”, c’est parce qu’on a oublié l’esprit du Conseil national de la résistance en France qui a mis en place l’Etat-providence. Le cri d’indignation de ce nonagénaire est que notre époque a trahi ce beau projet de société alliant liberté d’entreprendre et sécurité sociale. Son message politique – recréons un nouvel Etat social, renouant le marché et la solidarité – s’est perdu chez les jeunes qui se réclament de Stéphane Hessel.
CES JEUNES APPELLENT A NE PAS VOTER. CETTE DESAFFECTION CITOYENNE, CETTE IDEOLOGIE DU RENONCEMENT N’EST-ELLE PAS LE SIGNE D’UNE CRISE DEMOCRATIQUE PROFONDE ?
Le politologue français Pierre Rosanvallon appelle ce nouveau phénomène “la contre-démocratie” : l’expression populaire s’exprime davantage sous le mode de la protestation, du retrait ou de la défiance du politique en général. Comme le phénomène Nimby ou la dénonciation en Europe de la bureaucratisation à Bruxelles, c’est un engagement sur le mode du refus, du négatif. On est contre le système. Et donc on ne vote plus.
EST-CE INQUIETANT POUR LE FONCTIONNEMENT DE LA DEMOCRATIE ?
Oui, mais on n’est pas dans l’apathie. Le vent de révolte de “Los indignados” souffle, mais contre quoi, au fait ? Et pour quoi ? Avec quel objectif ? Là, je m’interroge. Sympathiques voire naïfs, ces jeunes manquent de culture politique et flirtent quelque fois avec le populisme.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
NOUVEAU MAI 68 OU CRISE DE CIVILISATION ?
OU SIMPLEMENT CONTRE DEMOCRATIE ?
S’indignant et protestant contre la précarité et le chômage, des centaines de jeunes se rassemblent et campent sur différentes places de villes européennes. Place de la Bastille à Paris, place Syntagma à Athènes, parvis de Saint-Gilles à Bruxelles.
Ils suivent le mouvement des "Indignés" entamé il y a deux semaines à la Puerta del Sol à Madrid et qui se réclame ouvertement du best-seller "Indignez-vous !" de l’ancien diplomate et résistant français, Stéphane Hessel. Doit-on croire à un "été européen" et qui sait un automne chaud après le "printemps arabe", qui a vu des peuples renverser leurs dirigeants ?
En Espagne, en Grèce, en France et aussi en Belgique, se propage, surtout parmi les jeunes, le sentiment que cette société ne fonctionne plus. Les partis au pouvoir ne nous représentent plus, disent les jeunes, puisque, avec eux, il n'y a pas d'alternative à la précarité. « Le chômage des jeunes est de 45 % et le chômage est limité à deux ans ». Nous savons que ces chiffres sont ceux là même qu’on observe à Molenbeek ou à saint Josse. Il y a donc quelque raison de se faire du souci.
Aurélie Decoene, Solidaire avec "Los Indignados", de retour de la Puerta del Sol à Madrid, présidente du Comac, mouvement de jeunes du PTB commente dans La Libre :
« Cette précarité croissante se retrouve également en Belgique, où une personne sur cinq vit dans la pauvreté et où près d’un jeune sur trois est sans emploi. Dans certains quartiers de Bruxelles, le taux de chômage grimpe même à plus de 50 %. »
Nous sommes contre la politique de ceux qui poussent les gens dans la misère. En Espagne, au Portugal, en Grèce, en France et aussi en Belgique, se propage un sentiment diffus que cette société ne fonctionne pas. Qu’il y a quelque chose qui cloche. Tout le monde a acclamé les peuples de Tunisie et d’Egypte quand ils se sont soulevés pour défendre leurs droits, mais dès que la contestation passe à l’intérieur des frontières de l’Europe, les critiques s’élèvent
(…) En Espagne, au Portugal, en Grèce, en France et aussi en Belgique, se propage un sentiment diffus que cette société ne fonctionne pas. Tout le monde a acclamé les peuples de Tunisie et d’Egypte quand ils se sont soulevés pour défendre leurs droits, mais dès que la contestation passe à l’intérieur des frontières de l’Europe, les critiques s’élèvent. Nous voulons débattre sur cette société dans laquelle on vit et vivront nos enfants. Nous ne sommes pas des marchandises aux mains des banquiers et des politiciens. Nous luttons pour un monde débarrassé du profit, plus juste et plus solidaire. »

« Il s’agit d’une indignation générale contre un système en général »

UNE SI BELLE GENERATION DE JEUNES ESPAGNOLS

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DPA
Traduit librement par nous à partir du texte original de l’écrivaine espagnole Eugenia Rico qui s’est perdue dans le flot des milliers de manifestants universitaires précarisés qui tentent d’échafauder ensemble une vision de l’avenir de l’Espagne.
Depuis la mi mai, des milliers de manifestants jeunes se réunissent tous les soirs au centre de Madrid pour protester contre la classe politique et sa manière de gérer la crise économique. Ils sont indignés contre le taux de chômage exorbitant : 21% des espagnols sont sans travail soit près de la moitié des jeunes de moins de 25 ans.
Álvaro est ingénieur de formation , pour survivre il distribue des feuillets publicitaires pour une disco avec son ami journaliste chômeur et cela fait quinze jours qu’ils glandent sur cette place devant une tente où on masse gratuitement les jeunes qui occupent la place sans désemparer.
Plus loin on trouve un service d’aide juridique communautaire, le cas échéant ils payent les cautions pour libérer des manifestants arrêtés. On y compte également deux stations médicales d’urgence animées par des infirmiers et des médecins chômeurs ainsi qu’une bibliothèque enfantine nomade et un jardin d’enfants spontané. Partout pendent ici des poèmes et chacun tapote sur son Laptop ou son Ipad.
La propreté règne, comme par miracle.

POURQUOI TOUTE CETTE BELLE SOLIDARITE ?

Moi j’y ai passé quelques jours en dormant dans mon sac de couchage à même la place. Se faire des amis n’est vraiment pas compliqué : on vous offre volontiers une place dans une tente improvisée.
Ici on se sent au royaume du consensus.
On s’aide mutuellement sans savoir d’où viennent les uns et les autres et ce qu’ils font au juste dans la vie et dans une ville où règle le struggle for life. On prend conscience ici combien les gens ont besoin de convivialité et d’empathie contrairement à ce qu’affirment les média de masse.
Il y en a qui sont ici depuis plus d’une semaine mais ils sentent le frais car les riverains leur offrent de partager leurs cabines de douche.
Tous les matins, un groupe de femmes acheminent et des vivres achetés massivement. Les révolutionnaires sont des jeunes et des moins jeunes certains chômeurs, d’autres exercent des petits boulots minables bien moins alléchants que le chômage.
C’est la génération la mieux formée de l’histoire d’Espagne et aussi la première qui soit convaincue qu’elle vivra moins bien que la génération qui l’a précédée. Jamais je n’ai vu autant de gens jeunes sains et beaux en une seule fois.
Normal, dit un ami, ils se déplacent à vélo, mangent sainement et lisent de bons livres. Ils ont fait des études qui ne les mènent à pas grand-chose.
.Leur colère monte en Espagne accompagné d’un grand ressentiment à l’encontre des banques qui confisquent les maisons de ceux qui n’arrivent pas à payer leur hypothèque. A l’encontre des politiciens corrompus qui pillent l’Espagne, contre le gouvernement qui a sauvé les banques à coups de millions et a mis les chômeurs sur la paille.
C’est un mouvement pour plus d’empathie une révolution pour des idées nouvelles.
Le parti conservateur (PP) vainqueur des élections méprise ce mouvement qu’il sent hostile à son endroit et le PSOE socialiste les rend responsables de son récent échec électoral.
"El pueblo unido jamás será vencido" :“Uni, le peuple est ionvincible” Ce slogan me donn la chair de poule car le peuple é tété vaincu si souvent, précisément sur cette place.

SUITE DU COMMENTAIRE DE DIVERCITY
POUR UNE REFORME RADICALE MAIS A VISAGE HUMAIN
Un internaute commente : « Ce n'est pas une crise de l'emploi, c'est une crise de civilisation »
“Soberheid is de echte revolutionaire eis”.
“De verwende middenklasse van de rijke en opkomende landen consumeert de planeet aan flarden. In een echt duurzame samenleving ligt het consumptiepeil minstens tien maal lager dan in onze rijke landen.
Kan het nog schuchtere jongerenprotest het embryo vormen van een maatschappelijke overlevingsbeweging die radicaal breekt met de heersende vernietingscultuur van het meer, sneller, verder, luider...?”
Le sentiment grandit que notre société occidentale est à bout de souffle et que seul un sursaut éthique est de nature à nous faire surmonter cette crise mondiale pour adopter un système plus sobre.
La jeunesse qui se sent de plus en plus exclue du système lance un cri d’alarme. « Il s’agit d’une indignation générale contre un système en général »
Ce n’est pas encore une la me de fond, un raz de marée qui emporte tout mais, internet aidant, cela risque bien de le devenir.
Comme Louis Tobback, nous sommes peu impressionnés par les petits opportuniste à le Declercq junior qui surfent sur la vague pour se faire un prénom et se tracer un chemin en politique.
Néanmoins, il n’est pas exclu qu’à la fin des vacances scolaires, les jeunes se mobilisent à nouveau dans un élan général, de Tunis à Bruxelles en passant par le Caire, Beirouth, Lisbonne et dix autres capitales.
On a oublié que mai 68 fut induit par la révolte des campus américains de 65-66 et que le mai français a entraîné le printemps de Prague qui déclenchera le fameux mouvement pour un socialisme à "visage humain," une expression complètement tombée en désuétude aujourd’hui.
Ni DSK, ni Hollande , ni Di Rupo, ni Gennez ni les autres leaders des gauches européennes n’incarnent ce visage humain hormis peut-être Martine Aubry qui milita pour le "Care", une variante séduisante sur le thème de l’empathie.
Tout ceci est à suivre de près car avec le printemps arabe nous sommes entrés dans l’ère de l’imprévisible.
Il faudra s’interroger sur le caractère et la volonté cosmopolite de ce mouvement de fond. Peut être contient-il en effet l’antidote naturel à l’individualisme égoïste et l’esprit des Tea Parties à l’américaine de la droite et d’une extrême droite résolument populiste et crypto xénophobe.
Sobriété et cosmopolitisme sont les seules alternatives. Mais peut-être est-ce des verts qui ont le vent en poupe en Allemagne que viendra le grand changement.
MG

« HOE DE DROMEN VAN ZIJN GENERATIE AAN DIGGELEN WERDEN GESLAGEN »
Felix De Clerck (27) fils du ministre de la justice et animateur du mouvement Shame qui attira 40.000 manifestants dans les rues de Bruxelles, explique le désaroi de sa génération dans sa carte blanche dans de Morgen.

In België was er de politieke impasse, in Engeland de verhoging van de studiegelden en in Spanje de draconische economische maatregelen die vooral grotendeels werkloze jongeren trof. Verschillende redenen om op straat te komen, maar waarin volgens mij wel een gemeenschappelijk noemer te vinden is. Het betreft een generatie die opgegroeid is in relatieve welvaart. Velen onder ons kregen de mogelijkheid om te gaan studeren, misschien zelfs een jaartje in het buitenland. We mochten kiezen wat we deden, we zijn opgegroeid met de illusie dat the sky the limit was. Het was de vrijgevochten generatie van de babyboomers die ons deze vrijheid schonk, waarvoor dank, maar er is wel een andere kant aan de medaille.

Sinds de economische crisis zijn veel van deze dromen aan diggelen geslagen. We zijn ontwaakt uit een kunstmatige coma. Iedereen zegt dat we langer moeten gaan werken, flexibeler, en aan een lager loon. We moeten niet meer rekenen op een pensioen van de staat en misschien wel van geluk spreken indien het water over twintig jaar niet tot in Kortrijk komt.

Een groot deel van de frustratie komt voort uit het huidige politieke systeem van particratie. Veel jongeren vereenzelvigen zich niet meer met standen en partijen. Ik vind die vaak te rigide. Dus ofwel zullen partijen zichzelf moeten aanpassen ofwel zullen ze steeds minder relevant worden.

JONGEREN VERDEDIGEN GENERATIE Y: ‘MIJNHEER TOBBACK, U LOOPT IN DE WEG'
De jonge generatie lag de voorbije week zwaar onder vuur, en dat op aansturen van de Leuvense burgemeester Louis Tobback (SP.A). ‘Verwend', ‘gebrek aan ambitie' en ‘lamlendig' waren maar enkele van de etiketten die de jongeren opgestempeld kregen. De jongeren reageren massaal op de kritiek. De Standaard pikt er enkele markante meningen uit.
Aurélie Decoene (27) en Jouwe Vanhoutteghem (25)
* Wonen respectievelijk in Brussel en Gent
* Studeerden respectievelijk Politiek/Economie en geschiedenis

* Zijn respectievelijk de voorzitter en de ondervoorzitter van Comac, de jongerenbeweging van de PVDA

* Stemmen PVDA

Engageren zich in de jongerenwerking van de PVDA, voorheen ook in de studentenvertegenwoordiging, de anti-oorlogsbeweging en diverse solidariteitsbewegingen.

Een op de vijf Belgen leeft in armoede en bijna een op de drie jongeren is werkloos. In sommige Brusselse wijken loopt de werkloosheid zelfs op tot meer dan de helft
Neen, de jeugd is niet ‘tegen de politiek', wij zijn tegen politiek die ons in de ellende steekt.

De jeugd weet wat ze wil. In Spanje, in Portugal, in Griekenland, in Frankrijk en ook in België verspreidt zich het gevoel dat deze maatschappij niet werkt.

Toch slagen we erin om positief te blijven denken en niet in een klaagcultuur te vervallen. Hoe dat komt? Wij zijn de eerste generatie in de geschiedenis die alle sociale middelen benut om van samenhorigheid onze kracht te maken. En zo met z'n allen te bouwen aan een betere toekomst. Wij schreeuwen moord en brand via Twitter, Facebook of andere media. En we doen dat collectief.

Onze generatie roept dan ook niet ‘ik, hier, nu!', maar droomt luidop van ‘wij, ergens, ooit'. Dus verwend en individualistisch? Neen, noem ons gerust ‘Generatie WIJ'. Want iedereen kan erbij.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
GUERRE CIVILE EUROPEENNE ?

Nous acheminons-nous doucement mais sûrement vers une nouvelle guerre civile européenne, mondiale ?
Comme en 1848, les jeunes sont partout en Europe sur tous les front révolutionnaires : des barricades virtuelles dont les pavés sont curieusement les touches des claviers sont élevées partout dans le monde. Mouvement superficiel ou profond ?
Toujours les révolutions furent faites par des minorités. Rarement on les a senties venir. Depuis longtemps, en Occident, les jeunes révoltés s’expriment par le graffiti, signature de ceux qui maculent les façades de nos bâtiments publics et privés pour exprimer un raz le bol profond et contagieux. On lira à ce propos la singulière analyse de Theodore Dalrymple l’essayiste anglais, maître à penser de Bart de Wever qui écrit deux fois par semaine dans De standaard. Darlymple compare les graffitis aux tatouages qu’arborent les révoltés et les rebelles de cette société.

LA JEUNESSE LISBOETE , CŒUR DE LA REVOLTE PERMANENTE
Chômage massif, austérité, pression internationale : les diplômés portugais se mobilisent dans la durée, alors que le pays vote dimanche aux législatives.
Par FRANÇOIS MUSSEAU Envoyé spécial à Lisbonne

Lors d'une manifestation place Rossio, à Lisbonne, le 28 mai 2011. (Rafael Marchante / Reuters)
Vers 21 heures, Rua San Antao, des dizaines de jeunes convergent vers le Coliseo, une grande salle de concert lisboète où se produit Sufjan Stevens, musicien américain très tendance. A l’entrée, le cheveu noir coupé court, Paula ne s’est pas déplacée pour la musique, mais pour recueillir des signatures contre la précarité. Depuis un mois, elle et ses amis en ont obtenu 10 000. Il leur en manque 25 000 pour que soit présentée au Parlement une «initiative législative de citoyens». Ce projet de loi obligerait les employeurs à signer des contrats de travail en bonne et due forme et interdirait les abus des agences d’emplois temporaires. «Ici, un actif sur deux est chômeur ou précaire, dit-elle. Que fait-on ? On accepte que la troïka fasse empirer les choses ou on se rebelle ?»
La «troïka», un mot devenu courant au Portugal, fait référence au trio (Fonds monétaire international, Union européenne et Banque centrale européenne) chargé de superviser les mesures drastiques liées au prêt de 78 milliards d’euros accordé au Portugal, «repêché» début mai, après la crise de la dette souveraine en Grèce et en Irlande, en 2010. Malgré son allure menue et son sourire facile, Paula Gil, 27 ans, est entrée en rébellion. Courtisée par les médias, elle anime le «M12M», mouvement né d’une manifestation monstre, le 12 mars, lorsqu’un demi-million de Portugais descendirent dans la rue pour protester contre «la dégradation sociale». Un séisme dans une société décrite comme plutôt passive, qui n’a pas vu une telle marche depuis la révolution des Œillets de 1974.
«Esclave». C’est Paula, avec une poignée de militants, qui en est à l’origine, via Facebook. Elle, aussi, qui a su cristalliser le cri de révolte chanté par le groupe pop Deolinda : «Le monde doit être bien stupide, s’il me faut étudier pour devenir un esclave !» Car cette insurrection pacifique est d’abord celle d’une jeune génération aussi précaire que surdiplômée. «Nous sommes tous des collectionneurs de masters, de doctorats et de postdoctorats, confie Paula. Trois cent mille sont au chômage. Quant aux autres, l’autre moitié, nous en sommes réduits aux reçus verts.» Le recibo verde, ce bout de papier qui ne donne aucun droit au travailleur, réduit à n’être qu’un simple prestataire de service, licenciable à tout moment. Autant de diplômés qui, le plus souvent, émargent à environ 500 euros par mois. Stagiaire dans une ONG pour 750 euros, Paula s‘estime «chanceuse».
Pedro, 31 ans, est lui un haut fonctionnaire passé par la Sorbonne - géographie politique - et les Ponts et Chaussées. Un tel parcours ne lui a pas servi à grand-chose : après un court passage à la mairie de Lisbonne dans la «qualification de l’espace public», il est contraint d’enchaîner les concours. «Historiquement, au Portugal, les élites ont toujours été bien loties, dit-il. Aujourd’hui, un diplômé n’a que trois options : devenir médecin, s’armer de patience avec l’aide de la famille, ou émigrer.» Hors du Portugal, à commencer par l’Irlande, on parle souvent de génération «perdue» ou «sacrifiée», condamnée à l’exil. Ici, on dit geraçao à rasca, une expression intraduisible (comme la saudade). Paula la résume ainsi : «L’idée, c’est que tout est fichu et que seul un miracle peut nous sauver.»
Le remboursement de la dette… Le sujet obsède les militants du M12M. Pour chaque Portugais, l’endettement global du pays représente déjà une charge de 14 000 euros. «Le prêt de la troïka n’arrangera rien, comme en Grèce. Et les réformes exigées vont détruire le tissu économique et social du pays, s’indigne Paula. Tout cela au nom d’une dette qui nous est tombée dessus et dont nous ne connaissons pas la nature. Quelle est la part réelle, et la part spéculative ? Nous exigeons une étude sérieuse. Moi, je refuse de passer ma vie à payer cette chose odieuse…»

1 commentaire:

M a n u a dit…

Vous oubliez de citer l'auteure : Charlotte LUYCKX Maître de conférence #ISP - LaLibre.be: Engagez-vous ! http://bit.ly/jni9D9