mercredi 15 juin 2011

La double nationalité est une richesse

Le projet de Marine Le Pen – un homme (une femme), une seule nationalité – est absurde et fait violence aux immigrés comme à leurs enfants.
Ce sont eux, le plus souvent, qui ont deux nationalités, la française et celle de leur famille d'origine – algérienne, marocaine, tunisienne, africaine… Leur dénier cette filiation, c'est d'abord les humilier – comme si cette première nationalité était une tache qu'ils devraient nettoyer et se faire propres pour devenir de "vrais" Français –, c'est les mutiler, les étriquer et les priver de toutes les richesses qu'une double culture leur apporte. Voudrait-on fabriquer des aigris et des frustrés, on ne s'y prendrait pas autrement.
Raciste, le projet de Marine Le Pen est également stupide. Il présuppose, en effet, que la double appartenance implique une double allégeance et rend suspect, par là même, tout binational, susceptible, au cas où son pays d'origine et son pays d'adoption s'opposeraient, de privilégier le premier, et par conséquent de trahir le deuxième. Tout binational serait donc un traître en puissance et plus que jamais dangereux en cas de guerre.
Cette conception de la nationalité – qui contraindrait dans tous les cas le citoyen à obéir aux ordres du pouvoir – fait fi de sa liberté, de sa capacité de choix, de sa lucidité. La nationalité n'a en elle-même aucune vertu et n'implique aucune obligation, ce n'est pas une valeur, c'est un fait : "Si je savais une chose utile à ma nation qui fût ruineuse à une autre, je ne la proposerais pas à mon prince, parce que je suis homme avant d'être français, ou bien parce que je suis nécessairement homme et que je ne suis français que par hasard." (Montesquieu).
Etre français n'induit à priori aucune conduite, c'est au citoyen seul de décider s'il obéit aux ordres du pouvoir, ou se rebelle. Ainsi ont fait, pendant la deuxième guerre mondiale, ces Justes qui ont désobéi aux diktats de Vichy, se sont ralliés à la Résistance, ont rejoint le maquis ou sauvé des enfants juifs.
Mauvais Français, pour Marine Le Pen ? Ainsi ont fait, pendant la guerre d'Algérie, ces jeunes gens qui ont refusé de se battre contre un peuple qui luttait pour sa liberté, se sont insoumis, ont déserté, parfois "aidé" les Algériens.
Mauvais Français, pour Marine Le Pen ? Sa réponse ne fait pas de doute, mais elle n'engage que son idéologie : la nationalité de ces réfractaires n'a nullement déterminé leur choix. Ils ont choisi leur camp en fonction de leurs valeurs, qui ne sont pas spécifiquement françaises, mais humaines, ou humanistes – refus de l'oppression, droit de chaque peuple à l'indépendance.
Si la possession d'une nationalité n'induit pas automatiquement tel type de conduite, il va de soi que la possession de deux nationalités n'est pas davantage contraignante et ne place pas le citoyen devant un dilemme cornélien. Elle élargit et enrichit, au contraire, sa perception de la réalité, l'aide à prendre du recul à l'égard des stéréotypes nationalistes que l'école lui a inculqués, lui permet de mieux percevoir les données du problème et, partant, de se déterminer en se fondant davantage sur la raison que sur un patriotisme sectaire et étriqué.
Maurice T. Maschino, journaliste et écrivain (Le Monde)

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
IDENTITES PLURIELLES ET COSMOPOLITISME
« Comment peut-on être persan? » se demandait ironiquement Montesquieu ou pire encore « comment peut-on être belge? s'interrogent Bart De Wever et ses partisans innombrables.
Belge, on ne peut l'être selon nous, que d'une seule manière, en étant asexué linguistiquement, c'est-à-dire en étant un citoyen bruxellois, gantois ou anversois bilingue et aussi germain que latin, de préférence ouvert aux autres cultures européennes et transeuropéennes. Il en reste quelques-uns. Comme les Mohicans de jadis, ils sont en voie d'extinction, même et surtout au sein de la famille royale. En tant que Mohican, espèce non protégée mais coriace et déterminée, je puis confirmer que:
« La double nationalité (belge) élargit et enrichit ma perception de la réalité, m'aide à prendre du recul à l'égard des stéréotypes nationalistes que l'école m' a inculqués, me permet de mieux percevoir les données des problèmes et, partant, de me déterminer en me fondant davantage sur ma raison que sur un patriotisme sectaire et étriqué. »
C'est tout le bien que je souhaite à mes compatriotes d'origine marocaine, turque, espagnole, italienne comme Elio, française, espagnole, grecque etc. C'est de vivre pleinement, sans jamais la renier, leur double appartenance linguistique et culturelle. C'est bien en cela que réside la supériorité indéniable des juifs issus de la diaspora qui ont su assimiler et continuent de le faire, à la fois leur culture d'origine et celle du pays d'accueil. Pauvre et lamentable Marine qui n'est que française et à renié ses origines et sa culture bretonne, qui n'a que mépris pour le rêve européen et qui n'a d'yeux que pour ce qui est français, comme autrefois le Maréchal.
Des Marine, il y en a malheureusement de plus en plus en terre européenne où le nationalisme mono-ethnique et monoculturel se développe comme champignon sous la voûte. Hitler était allergique au cosmopolitisme au moins autant que le camarade Staline.
Kant fut sans doute le premier à rêver d'une Europe enfin cosmopolitique.
On en est encore loin.
"Point n'est besoin d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer."
Guillaume d'Orange
MG

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