dimanche 12 juin 2011

" La N-VA évoque le 21e siècle, le PS parle du 19e"

Francis Van de Woestyne et Martin Buxant

Bart De Wever commente le sondage de “ La Libre ”, et revient sur les négociations politiques qui traînent depuis un an. Il évoque Vic Van Aelst et le futur de la Belgique.
Un après les élections qui ont vu son triomphe en Flandre, Bart De Wever, le président de la N-VA , nous livre son analyse de la situation politique.
SELON LE SONDAGE DE “ LA LIBRE ”, LA N-VA GRIMPE ENCORE EN FLANDRE ET ATTEINT UN SCORE DE 35,1 %. QU’EST CE QUE ÇA SIGNIFIE POUR VOTRE PARTI ET QU’EST CE QUE ÇA IMPLIQUE POUR LA SUITE DES NEGOCIATIONS ?
Les résultats sont un signal clair que les Flamands souhaitent un changement. Ils désirent une réforme essentielle dans le domaine communautaire, socio-économique et dans la politique d’immigration ainsi que pour la justice. Votre sondage montre aussi que les Flamands ne sont pas découragés par le fait que les négociations traînent en longueur. Ils ne veulent d’un accord que s’il modifie réellement les choses. Les francophones doivent donc se rendre compte que ces réformes sont inévitables. Et qu’ils doivent faire des concessions aux volontés flamandes.
MAIS Y A-T-IL ENCORE DES RAISONS D’ESPERER APRES UN AN DE NEGOCIATION ININTERROMPUE ?
La balle est dans le camp d’Elio Di Rupo. On attend sa note sur tous les sujets : on verra si cela constitue une base suffisante pour commencer de vraies négociations. Il est temps d’avoir un vrai candidat Premier ministre et un vrai choix de coalition. Il faut aussi que l’on perçoive une réelle volonté d’avoir de vraies réformes sur le plan institutionnel et socio-économique de même que sur des grands thèmes comme l’immigration.
JUSTE APRES LES ELECTIONS DE 2010, VOUS ETIEZ OPTIMISTE…
Je croyais intelligent et nécessaire de créer un climat d’optimisme. J’espérais qu’on parviendrait, aussi vite que possible, à créer un nouveau grand consensus pour faire évoluer ce pays. Je pensais sincèrement qu’il y avait deux possibilités : ou bien aller très vite et avoir un gouvernement en septembre-octobre, ou au contraire s’enfoncer dans la soupe dans laquelle on est maintenant. Je pense qu’Elio partageait la même conviction. Et on a réellement essayé d’aller très vite. Mais la promesse de faire des choses substantielles dans les chantiers ouverts s’est heurtée aux convictions de chacun : ce que les francophones appelaient des pas de géants n’étaient pour nous que des pas de nains de jardin, et probablement pensent-ils la même chose des pas que nous avons faits.
DONC CHACUN DOIT ENCORE FAIRE DES PAS L’UN VERS L’AUTRE…
Le vrai drame des négociations n’est pas que PS ou N-VA ne sont pas à la recherche d’un compromis. Ce sont les cadres de référence qui sont très différents. Voilà. PS et N-VA ont fait des pas. Moi aussi. Ma note, que tout le monde a rejetée, constituait un véritable effort que les francophones ont sous-estimé. La réaction du mouvement flamand était très négative.
POURQUOI NE PAS LAISSER AU FORMATEUR, LE CHOIX DE LA COALITION ? POUR L’INSTANT, VOUS VOUS PIEGEZ L’UN L’AUTRE. EN DISANT “EJECTONS LE SP.A”, VOUS LAISSEZ AUX FRANCOPHONES LA RESPONSABILITE D ’ASSURER LA MAJORITE DES 2/3. SI LE PS NE PREND QU’ECOLO, VOUS DEVREZ PRENDRE TOUS LES PARTIS FLAMANDS, Y COMPRIS LE SP.A…
Le formateur doit chercher l’aval de tous les partis qu’il propose d’associer. Il n’y a pas un personnage qui décide tout Il est impossible d’imposer une coalition à quelqu’un.
VOUS LE PRESSEZ DE PRENDRE SES RESPONSABILITES, DE DESIGNER UNE COALITION, MAIS DANS LA PHRASE SUIVANTE , VOUS LE LIMITEZ DANS SES CHOIX…
Ce qu’il accomplit, pour l’instant, c’est le travail d’un informateur. Bientôt, il sera formateur, candidat Premier ministre. Il fera alors le choix d’une coalition. Moi, j’ai une idée des partis flamands dont je suis proche sur le terrain institutionnel et socio-économique. Si je veux aller à la guerre, je sais quels partis je choisirais.
DONC, VOUS ECARTEREZ LE SP.A ?
On m’accuse de vouloir former un gouvernement de droite. C’est ridicule. Tant que les choses restent en l’état et tant que le PS est le parti dominant, du côté francophone, on n’aura jamais un gouvernement de droite. Ce n’est pas le petit SP.A qui fera la différence dans une coalition. Je veux donc d’abord qu’on fasse le choix d’une coalition. Il faut ensuite voir les positions de chacun.
QUELS SONT LES DEFIS ?
Assainir le budget, faire des réformes économiques, réformer le marché du travail C’est plutôt le CD&V et l’Open VLD qui sont proches de nous, pas le SP.A.
COMMENT COMPTEZ-VOUS FAIRE EVOLUER LES FRANCOPHONES ?
Les cinq premières réformes ont été possibles parce que chacun avait son agenda, ses demandes. Cela permettait de bricoler des accords. Je pense qu’aujourd’hui, les francophones sont contents avec le statu quo. Ils veulent juste un peu d’argent pour Bruxelles, mais leurs autres positions sont des réponses aux demandes flamandes. Donc tant qu’il n’y aura pas de pression, ils ne bougeront pas. Ils sont dans une position assez forte : on ne peut pas changer la Belgique sans eux et ils ont un gouvernement qui leur plaît. Le seul moyen de faire pression est d’avoir un front ou, si vous n’aimez pas le mot front, une alliance. Si les francophones continuent à refuser, il y aura des élections. Et après les élections, les mêmes partis flamands seront de retour et mettront plus d’exigences encore sur la table.

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