dimanche 26 juin 2011

Le Gamin au Vélo


Les frères Dardenne ont vaguement songé, à un moment donné, à appeler leur film "Conte de notre temps" avant de revenir à un titre plus prosaïque et direct.

"C'est un conte, c'est vrai", a expliqué Jean-Pierre Dardenne. "Il y a le bois, qui est, allez, le lieu de la tentation avec le méchant, si on veut. Cyril qui est, je ne sais pas, Pinocchio, le (petit) Chaperon rouge, qui traversera des épreuves et qui lui feront perdre ses illusions, l'illusion que son père veut le reprendre (...) Samantha c'est une fée dans le film"

La mise en scène épurée et la simplicité du scénario des frères Dardenne permettent aux acteurs de donner corps au récit, de devenir les uniques vecteurs émotionnels du film. Un choix qui n’est pas sans risque, la moindre erreur de casting pouvant s’avérer fatale, mais Le Gamin au Vélo est porté par les bons acteurs, ou plutôt, le jeune acteur idéal ; tout repose sur les frêles épaules de Thomas Doret, jouant Cyril, le héros de ce drame socio-familial. Son urgence est saisissante, ses réactions, vivaces, parfois inattendues, frappent par leur naturel, leur intensité. On s’attache sans mal à ce gamin au vélo ; un vélo d’une importance primordiale, unique lien matériel (et affectif) avec son père, un homme incapable d’assumer ses responsabilités, et qui servira de rouage aux rencontres et rebondissements.

Si la bonté de Samantha (Cécile de France, grande dans sa spontanéité), la coiffeuse venant en aide à Cyril, prête à sourire par son caractère aussi absolu qu’immédiat, l’alchimie se produit dès leurs premiers échanges. En terme de psychologie, il reste difficile à comprendre pourquoi cette mère de substitution ne parvient pas à raisonner Cyril qui, dans sa fougue, va emprunter les sentiers de la délinquance, amadoué par une petite frappe à la gentillesse initiale douteuse. Mais malgré quelques faiblesses d’écriture, l’empathie ne faiblit jamais. La beauté de ce Gamin au Vélo, qui maintient sa vive allure jusqu’au bout, est aussi de réussir à évoquer un destin enclin au tragique sans jamais approcher les frontières du mélodrame. Un film léger et poignant.

Ce n'est pas la première fois que Jean-Pierre et Luc Dardenne explorent les rapports, plutôt conflictuels, père-fils. "Le Fils" valut en 2002 à son interprète Olivier Gourmet, qui jouait un rôle de père, le Prix d'interprétation masculine.
Trois ans plus tard, les cinéastes récoltent leur deuxième Palme d'or -la première fut attribuée à "Rosetta" en 1999- avec "L'Enfant", où Jérémie Rénier, comme dans le long métrage montré dimanche à Cannes, campait déjà un père relativement indigne.

Thomas Doret, un gamin de 13 ans dans la vraie vie et dont c'est la première apparition à l'écran, fait une composition simplement époustouflante.
Présent dans la quasi-totalité des scènes, il porte le film à bout de bras, servi il est vrai par la direction d'acteurs impeccable et la mise en scène irréprochable du duo Dardenne.

C'EST UNE FÉE
Il n'y a pas que la pellicule que Thomas Doret semble avoir impressionnée, sa présence ayant, paradoxalement peut-être puisqu'il n'était pas un acteur professionnel, apporté une certaine sérénité sur le plateau.
Contrairement à leurs habitudes, les cinéastes belges ont choisi une actrice reconnue, Cécile de France, pour donner la réplique à Cyril. "On voulait travailler avec elle parce qu'il nous semblait qu'elle avait une présence lumineuse évidente. (Wilfrid Exbrayat)

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UN CONTE POUR NOTRE TEMPS
Un conte certes mais un conte philosophique, voltairien : une métaphore de cette Wallonie que De Wever vilipende, victime de son passé capitaliste autant que de son présent socialo. C’est l’histoire d’un petit garçon qui annonce un avenir plus serein peut être, que tout condamne mais qui se rebelle contre un destin qui paraît écrit dans ses gènes : une maman invisible, un papa absent qui le renie quand bien même ce fils le recherche désespérément. Dans sa quête du père, Cyrille (cyrille veut dire le « seigneur » en grec ancien, celui qui est maître de soi) tombera littéralement sur une figure maternelle de substitution : une coiffeuse ravissante avec des manières de bonne fée. Elle s’appelle Samantha comme la délicieuse héroïne de « ma femme est une sorcière », comme Samantha Fox l’icône de la pop anglo-saxonne et l'un des plus grands « top models » de ces trois dernières décennies ; Samantha Fox, complètement déroutée et vivant un véritable enfer en traînant son père qui l’a ruinée devant les tribunaux : toujours le problème du géniteur fourbe !

Samantha ruisselle d’empathie, de tolérance et simplement d’amour pour ce gamin égaré mais point perdu tout à fait, qui zigzague sur son vélo et retrouve enfin la voie droite. Victime, il se fait bourreau et sa proie involontaire, un ado qu’il a frappé à la tête et qui refuse de lui pardonner lui lancera la première pierre, celle qui le fera choir de l’arbre. On le tient un instant pour mort mais il se redresse, titube un instant et remonte à vélo à la rencontre de sa destinée. Qui s’égare ne saurait nuire à qui bien se guide dit le coran dans un moment de grâce. C’est un peu le fil rouge de ce film humain, très humain.

Personne n’est vraiment innocent dans cette histoire, ni coupable mais chacun est un peu victime et un rien bourreau. Le film pourrait s’appeler «Seraing» la ville mosane maudite, siège des aciéries fantômes de Cockeril Sambre ou « serein » comme l’âme de Samantha fille de cette bonne terre mosane où grandirent les frère Dardenne, l’aîné philosophe et le cadet cinéaste.
MG

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