mardi 5 juillet 2011

CEB - un rituel vice de sens.

par Claude Wachtelaer dans : enseignement, trackback
Le CEB (Certificat d’Enseignement de Base) est un nouveau rituel scolaire et rien d’autre. Il faut donc sortir, par rapport à cette épreuve, d’un certain nombre d’illusions. Le CEB n’est pas une épreuve prédictive de la réussite dans le secondaire ; le CEB ne constitue pas une évaluation objective des acquis en fin de sixième et, enfin, le CEB n’est pas une épreuve d’évaluation standardisée.
En gros donc, le CEB, qui ne donne que l’illusion de l’objectivité, est – très vraisemblablement – une épreuve sans réelle utilité si on la compare aux évaluations que les enseignants organisaient dans leur classe.
Qu’on me comprenne bien, je ne suis pas occupé à dire que les enseignants évaluaient mieux que le CEB. Je me contenterai de dire qu’ils n’évaluaient certainement pas moins bien et que le processus coûtait moins cher et était moins bureaucratique.

Rappelons quelques évidences. Avec un taux de réussite de plus de 95% le CEB ne sert clairement à rien.
Ce chiffre peut avoir deux significations. 95% (et est on bien conscient de la signification de ce pourcentage extraordinaire ?) des enfants ont acquis les compétences de bases que doit leur fournir l’enseignement primaire. Qui – même parmi les optimistes les plus béats – peut croire cette fable ? Oubliés les milieux défavorisés, les primo-arrivants, les enfants à faible potentiel, les paresseux (oui, ça existe). Le système est d’une telle efficacité que tout le monde - ou presque – réussit !?
L’autre interprétation c’est que 95% des enfants ont en main tout ce qu’il faut pour faire un parcours sans faute dans le secondaire général (et rappelons aux distraits qu’un élève qui a réussi son CEB avec 52% NE PEUT PAS – même s’il le veut absolument – s’inscrire en première différenciée !). Cette illusion-là n’est pas seulement risible, elle est scandaleuse. Elle envoie au casse-pipe des élèves qui n’ont pas le niveau pour réussir dans le général et qui ne réussiront donc pas. Accuser le général d’élitisme ne sert à rien. Le reproche peut parfois être fondé, mais les cultures d’établissement ne se modifient pas d’un jour à l’autre. De plus, il faut donner à ces écoles de vrais moyens pour mettre en place de la remédiation.

Le CEB entretient des illusions, mais, en plus, il est inutile puisqu’il s’organise à un mauvais moment dans le parcours des élèves. Les défenseurs du CEB ont, semble-t-il, oublié deux ‘détails’. D’abord, les socles de compétences, qui prévoient la certification de toute une série de celles-ci, non en 6è primaire, mais en fin de deuxième année du secondaire. Ensuite, le Décret Missions qui décrit un ‘continuum pédagogique’ qui se termine, lui aussi, en fin de deuxième année du secondaire. On peut donc légitimement s’interroger sur la pertinence d’un rituel insensé puisque :
- Il n’a pas de valeur prédictive par rapport à la réussite dans les études futures ;
- Il certifie des compétences deux ans avant qu’elles devraient être vraiment acquises ;
- Il n’a pas d’impact – ou alors négatif comme exposé plus haut – sur l’orientation scolaire ;
- Il est tellement basique qu e tout le monde le réussit.

La deuxième grande escroquerie intellectuelle qui accompagne le CEB est celle de la validité ou de l’objectivité.
L’évaluation a toujours été un gros problème dans l’enseignement. La plupart des profs entretiennent la douce illusion de l’objectivité quand il s’agit de cotation. Tous les enseignants devraient connaître par cœur l’incontournable ouvrage d’Henri Piéron sur la docimologie. Pourtant, les défenseurs du CEB essayent encore de faire croire que l’épreuve est au dessus de tout soupçon dans ce domaine.
J’ai dit en 2008 tout le mal que je pensais du CEB de l’époque (http://claudewachtelaer.unblog.fr/2008/06/25/ceb-2008-la-certification-par-labsurde/). Je constate que peu de choses ont changé. Une chose est sûre, le CEB n’est pas une épreuve standardisée au sens classique du terme. Il ne respectent ni les critères de fiabilité (qui éliminent divers biais méthodologiques lies à la rédaction des questions) ni les critères de fidélité (qui garantissent que si l’épreuve était représentée dans deux ou trois ans les résultats ne différeraient pas significativement).
En outre, puisque, dans la plupart des cas, les élèves passent les épreuves sous la supervision de leur titulaire de classe et que les critères de corrections restent sujet à interprétation, la subjectivité est loin d’être éliminée.

On peut des lors s’interroger sur la mobilisation que ce CEB exige et sur la cohérence d’un ensemble de dispositifs (le CEB, les socles, le décret inscription, le décret Missions, etc.).
L’enseignement en CFWB se portera probablement mieux quand le législateur cessera d’empiler réforme sur réforme comme s’il fabriquait une immense lasagne éducative.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
C.E.B. POIL AU NEZ
Belle et salutaire colère de monsieur l’inspecteur Wachtelaer qui toujours est superbe dans son rôle de Jésus chassant les marchands du temple. Il détestera cette comparaison volontiers insolente.

Ici, il se surpasse et dit tout haut avec des arguments de feu ce que tout le monde pense tout bas. Un ami désespéré, son fils venait de passer les épreuves du CEB, m’a fait lire les questions. Je les ai trouvées intelligentes, trop intelligentes et décalées par rapport au préchi précha de la majorité des institutrices et des rares instituteurs qui peuplent nos écoles primaires. Le divorce est total entre les enseignants de terrain et les pédagogues bureaucrates de la Communauté Française.

Mais à quand la réforme copernicienne de notre enseignement de Communauté française qui complètement s’égare quand l’avenir est entre ses seules mains ?
MG

Aucun commentaire: