vendredi 15 juillet 2011

« L’idole De Wever nous inquiète »

Entretien Luc Van der Kelen, au nom de « Het Laatste Nieuws », tire à boulets rouges sur le phénomène qu’est devenu le leader de la N-VA. Par Olivier Mouton

Luc Van der Kelen, éditorialiste de Het Laatste Nieuws, a frappé fort deux fois en ce début de semaine. Lundi, il dénonçait l’idolâtrie autour de Bart De Wever à l’occasion de la fête flamande et fustigeait le nationalisme, un « anachronisme à notre époque ». Mardi, il affirmait que la finalité du leader de la N-VA est d’ériger les gens les uns contre les autres, « Flamands contre Wallons, gauche contre droite ». Le tout dans un quotidien qui touche un million de Flamands.

Ce sont deux éditoriaux forts à un moment crucial de la crise belge. Ces positions ne devaient pas être faciles à prendre…

Je reçois une multitude de mails de haine, naturellement. C’est toujours comme cela. Mais c’étaient des points de vue concertés et exprimés au nom de toute la rédaction.

Pourquoi s’exprimer aujourd’hui de façon si virulente contre la N-VA ?

Nous sommes inquiets de voir tous ces gens courir derrière un seul homme. Le temps des dictatures, où cela arrivait aussi, n’est pas révolu depuis si longtemps. Ils courent littéralement après une idole. Ce n’est pas sain.

Est-ce lié au fait que « Het Laatste Nieuws » a toujours défendu la liberté de pensée individuelle ?

En effet. Nous sommes donc assez inquiets de voir cette concentration de pouvoir entre les mains d’une seule personne qui peut décider du sort de tout le pays. Dans une certaine mesure, c’est vraiment angoissant. Lors de la fête flamande, on a vu des gens qui considéraient pratiquement Bart De Wever comme un saint. On lui demandait des signatures comme à une pop star.

C’est un tournant, selon vous ?

Oui. Nous avons écrit cela parce que nous sommes convaincus que les événements prennent une mauvaise tournure. Sur le fond, nous pensons aussi qu’il faut arrêter de négocier sur les négociations, qu’il est grand temps de négocier sur le contenu. Oui, nous sommes vraiment inquiets de ce phénomène. La plupart des autres partis n’osent même plus faire part de leur avis. Cette fois, le VLD a enfin repris ses distances. Heureusement, parce que le paysage politique flamand devenait vraiment unidimensionnel et nous trouvons cela dangereux.

« Het Laatste Nieuws » est le journal le plus populaire du pays. Ce point de vue n’est pas anecdotique.

Nous savons que c’est un risque que nous prenons à l’égard de notre public. Nous savons que parmi notre million de lecteurs, nous avons sans doute plus de 200.000 fans de De Wever. Mais c’est un point de vue exprimé en sachant le caractère sensible de cette sortie. Non, un homme politique ne doit pas devenir une pop star entouré de ses groupies. Deuxièmement, nous voulions dire que cela a duré suffisamment longtemps, que notre patience a des limites. Nous avions été assez indulgents jusqu’ici à l’égard de De Wever.

Vous estimez aussi qu’il monte les gens les uns contre les autres.

Oui, cette société commence à devenir beaucoup trop conflictuelle. La concertation nécessaire pour faire avancer les choses sur le plan tant politique que socio-économique est en train de disparaître. Nous ne voulons pas évoluer vers une société comme la française qui est bien plus dure, nous pensons que cette concertation a été à la base du bien-être que nous connaissons et qui est aujourd’hui menacé par de nouvelles confrontations qui pourraient rappeler les guerres scolaires ou la question royale. Ce n’est pas dans l’intérêt des gens et cela n’apporte aucune solution aux vrais problèmes urgents que nous connaissons.

Y a-t-il eu une réaction de Bart De Wever lui-même ?

J’ai appris tout à l’heure qu’il trouvait cela un peu excessif. Si c’est excessif, je ne fais pourtant qu’utiliser les techniques que De Wever lui-même utilise.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
TROP IS TE VEEL
Il est étonnant et rassurant de voir un journal populaire et pas particulièrement progressiste donner l’alarme face au culte de la “personnalité” la plus médiatisée de Flandre, à la concentration de pouvoir qui lui est concédé et au manque de diversité que l’on essaye d’imprimer au paysage politique flamand.

N’oublions pas que dans les sept partis politiques qui se disent prêts à essayer de négocier il y en à trois flamands!
VDB

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