mercredi 27 juillet 2011

"L’intégration ou l’éclatement"

Pour Daniel Guéguen, les écarts de compétitivité entre ses Etats membres menacent la zone euro. Hors une vision fédérale, point de salut, prévient-il.

Spécialiste des affaires publiques européennes, PDG de CLAN Public Affairs et président exécutif du European Training Institute, Daniel Guéguen est l’auteur d’un livre paru en 2004, au titre prémonitoire : "L’euro : outil de la construction européenne ou instrument pour sa décision". Le Français, qui se qualifie "de fédéraliste européen", n’est pas convaincu que les décisions prises lors du sommet de la zone euro suffiront à préserver l’union monétaire de nouveaux tourments.
RÉSUMÉ:
Les décisions prises lors du sommet de la zone euro ne suffiront à préserver l’union monétaire de nouveaux tourments.
La Grèce souffre d’un problème de compétitivité.
Les chiffres de l’économie grecque ont été faussés.
L’écart ne fera que se creuser avec les pays les plus compétitifs.
Il faut fortifier l’euro tel qu’il existe et pas l’affaiblir. Le problème grec va s’étendre au Portugal.
Une partie de l’espace euro est extrêmement vulnérable face à un pays dominant comme l’Allemagne, très compétitif, inscrit dans un cercle vertueux, avec un gros volume d’exportation, une réduction des déficits publics, de l’endettement, et qui est en train de recréer une zone mark - dont, la Belgique fait partie. Cette zone va gagner de la compétitivité et tout le reste va décrocher.
La France aussi est menacée pour n’avoir entrepris aucune réforme structurelle depuis trente ans.

Cela équivaut à remettre des dettes sur des dettes, alors qu’il faut faire des investissements pour relancer l’économie réelle.

L’Allemagne et l’ex-zone mark seront, au final, les seuls garants de l’ensemble, ce qui est impensable à long terme.
On ne doit pas avoir peur d’affronter des tabous et manifester une volonté politique de rebâtir la construction européenne à partir d’une logique, sinon fédérale, du moins d’intégration.
Il manque une coordination des politiques économiques,
Si nos économies ne se rapprochent pas, on ira inévitablement vers un éclatement de la zone euro.
Une mutualisation de la dette, est un non-sens tant qu'on n’opte pas pour une logique fédérale.
Le plus gros problème c'est celui de la faiblesse du leadership européen: les Etats membres se sont choisi des dirigeants européens faibles pour qu’ils n’aillent pas à l’encontre des intérêts nationaux.
Herman Van Rompuy agit trop dans les couloirs
Il faut changer de direction et adopter un autre discours européen.
Ces politiques d’austérité sont insoutenables et accroissent les inégalités. On tue la consommation, la prospérité et l’espoir pour la jeune génération. Notre société recule, sociologiquement
Cette situation d’avancée croissante de l’Allemagne porte en germe la destruction du système.
On dit que les Allemands ne sont pas solidaires. Ils l'étaient dans le système précédent des dévaluations-réévalutions
Quand l’Allemagne acceptait de réévaluer, c’est-à-dire de perdre de la compétitivité, elle était solidaire des pays qui réévaluaient pour en regagner. On a cassé ce système. En créant l’euro, on a mis la charrue avant les bœufs : le grand marché est inachevé, on n’a pas de règles fiscales et d’emploi communes et on a créé une union monétaire sans avoir de vision fédérale. C’est irresponsable et nous payons le prix de cette inconséquence.
L’Allemagne a opté pour un modèle d’exportations compétitif, la France a choisi un modèle néokeynésien, contracyclique, intenable, de relance par la dette. A long terme, l’écart entre la France et l’Allemagne va encore augmenter.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY.
HORS UNE VISION FÉDÉRATRICE, POINT DE SALUT
On ne le dira jamais assez: l'Allemagne prospère se comporte par rapport à la Grèce impécunieuse et endettée exactement comme la Flandre par rapport à la Wallonie, la fourmi par rapport à la cigale.
On se souviendra qu'en 1919 le traité de Versailles a si bien mis l'Allemagne sur la paille qu'elle ne put s'en sortir qu'en recourant à la pire des solutions:la dictature totalitaire.
En 1945, l'Europe brisée et ruinée par l'effort de guerre ne put se redresser que grâce au plan Marshall, sorte de New Deal à la Roosevelt nécessaire pour relancer l'économie du vieux continent.
Veut-on affamer la Grèce pour que les colonels grecs ressortent de leurs casernes pour mettre fin à la démocratie réinstaurée depuis 1973?
Veut-on désespérer les peuples au point qu'ils ne voient point de salut hormis un recours au populisme nationaliste, le populisme du pognon, le « centenpopulisme » De Wever et Dedecker.
Le national-populisme qui génère la barbarie (le tueur fondamentaliste norvégien s'en réclame) naît de destruction du « temple intérieur » (Morin). Il participe du culte du « fondamentalisme de l'argent » (Stiglitz) et induit le choc des cultures tandis que l'intégration par le dialogue et la solidarité au contraire résulte de l'empathie.
On appelle barbare les gens d'une autre civilisation. La vision commune à tous les intégrismes barbares renvoie à l'axe du mal. L'axe du mal , ce sont les autres; ce qui nous épargne l'effort de vaincre notre propre barbarie intérieure.
L'éthique de la compréhension (E. Morin) nous demande de comprendre l'incompréhension générée par l'indifférence à autrui, l'incompréhension de culture à culture(...) comme si nous étions entrés dans « une période de guerre de civilisation » (p. 22)
Le pari c'est l' « intégration de la certitude dans l'espoir » (p.31) et la construction européenne participe de ce pari; mais elle est aléatoire sans un recours hardi à la solidarité.
« L'humanité ne pourra réussi à éviter la sortie de route, que pour autant qu'elle sera capable de faire un travail colossal sur elle-même.
L'enjeu est bien de grandir en humanité » (Morin-Viveret, 2010 : « Comment vivre en temps de crise », p. 92)
Il faut que la monnaie, l'euro en l'occurrence, retrouve sa fonction de moyen et non de fin. La fin, c'est la réconciliation des peuples et le sauvetage de l'humanité.
Hors une vision européenne fédératrice, interculturelle et solidaire, point de salut.
MG

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