mercredi 10 août 2011

Le Triomphe de la mort

Le Point de vue de Jean Daniel
Tuer les siens pour combattre l'ennemi comme l'a fait le fanatique d'Oslo et le font ailleurs les islamistes radicaux, c'est inaugurer une nouvelle ère de nihilisme apocalyptique
Tous les jours une hécatombe chasse l'autre ? Sans doute. Et ce qui se passe en Syrie est atroce. Mais je ne crois pas que l'on oubliera de si tôt le massacre perpétré à Oslo par un illuminé fanatique. En tout cas, il mérite d'interrompre un silence estival, surtout lorsqu'on se trouve à Pise, au Campo Santo, en train d'admirer les fresques illustrant « le Triomphe de la mort ». La tuerie d'Oslo n'est pas seulement différente des autres par l'horreur qu'inspire sa violence frénétique. Ni par le nombre des victimes (il y en a eu davantage à Oklahoma en 1993 et bien plus encore dans le World Trade Center en septembre 2001). Mais Oslo est depuis toujours une capitale emblématique de la tolérance. Elle faisait partie de nos lieux saints et, en somme, de notre innocence. Ce n'est pas en ce lieu, en tout cas, qu'un fanatique chrétien et nordique était supposé s'en prendre, et avec cette sauvagerie, à d'autre chrétiens nordiques parce qu'ils sont supposés êtres les amis de leurs ennemis : les étrangers musulmans.
Devant un tel carnage, la seule réaction saine était de ne pas céder à la tentation de l'instrumentaliser dans un esprit manichéen. Il fallait surtout distinguer entre la véhémence haineuse, fut-elle la plus odieuse, et sa traduction dans la violence d'une agression monstrueuse. Il fallait oser dire que toutes les idées de l'extrême droite ne conduisent pas nécessairement au massacre. Elles n'intègrent ni la fascination de la mort ni son triomphe. Défendre la nation d'une manière qui frise souvent la xénophobie, critiquer certains aspects de l'islam, comme on peut le faire pour le judaïsme ou le christianisme, mais avec des accents à résonance raciste, tout cela qui reste éminemment condamnable, mais n'a rien à voir avec le fait de préconiser une monstrueuse hécatombe.
Le phénomène essentiel, rappelait Laurent Joffrin réside dans le caractère amplificateur, orchestrateur et dévastateur de la diffusion par internet d'appels à la violence susceptibles de mobiliser et de galvaniser le fanatisme. L'internet, comme la langue selon Esope, est à la fois la meilleure et la pire des choses mais ce qu'elle a de pire depuis quelque temps en arrive à faire oublier ce qu'elle peut avoir de meilleur. Il en est ainsi du printemps arabe qui a pris ses sources dans l'internet mais qui reste toujours compromis par les islamistes grâce à ce même internet.
J'ajouterai deux choses selon moi primordiales. Le temps est venu de juger toutes les attitudes et tous les événements en fonction du degré de violence qu'ils impliquent. Longtemps, les intellectuels engagés et les théoriciens politiques ont vécu avec la conviction (inspirée non par Hegel mais par Marx) que la violence était « accoucheuse de l'Histoire ». Et comme l'histoire paraissait alors à la fois nécessaire et juste, la violence devenait bénéfique. On pensait en avoir fini avec ce dérèglement idéologique. Erreur candide ! Nous gardons trop souvent, en effet, une compréhensive indulgence pour ce que l'on appelle « l'irrépressible violence ». Et ce sont malheureusement les fondements religieux des appels à la violence qui continuent de justifier toutes les barbaries.
La seconde observation concerne une réflexion qui m'a toujours tenu à cœur .Elle peut se résumer ainsi : il ne suffit pas de condamner les violences ou même les sentiments racistes ou xénophobes, encore faut-il étudier les circonstances de leur émergence. Longtemps, et à juste titre à cause de la Shoah , on s'est refusé à penser que certaines circonstances pourraient, sinon devenir « atténuantes », du moins faire comprendre les monstruosités spécifiques de l'histoire. Avec le temps et la découverte que plusieurs autres peuples que celui des Juifs avaient été exterminés dans le passé ou menacés de l'être, on en est venu à se dire que chacun d'entre nous était susceptible de concevoir une action démente et que rien n'était plus humain que l'inhumain. C'était donc en nous-mêmes qu'il fallait chercher les racines de la barbarie pour mieux les combattre.
Alors, quelles sont les circonstances qui ont pu inspirer l'acte dément d'Anders Behring Breivik. Ce n'est pas pour rien qu'il a déclaré avoir pour cible principale les multi-culturalistes, c'est-à- dire les Norvégiens qui ont voulu maintenir dans leur pays les traditions d'accueil et de tolérance qui ont permis cette fatale « diversité ». Autrement dit la plus pacifique et la plus civilisée des nations du monde n'aurait dû jusqu'ici ses mérites qu'a la pureté de sa race et serait aujourd'hui polluée par l'immigration musulmane. L'idée de cette pollution est devenue si insupportable à Anders Breivik que, plutôt que d'organiser un massacre de musulmans, il a voulu punir comme sacrilèges, hérétiques, apostats tous les Nordiques qui trahissent la mission de leur race.
Le crime des crimes, à ses yeux, c'est donc bien la diversité, une notion sur laquelle il faut s'attarder. Nous savons désormais que notre siècle sera celui des immigrés comme le siècle précédent a été celui des personnes déplacées.
Il y a toutes les raisons de penser que les gens qui n'ont rien iront frapper à la porte de ceux qui ont quelque chose. Et il est facile de constater qu'une diversité subie suscite des allergies puis des préventions, enfin des préjugés qui peuvent se transformer en une intolérance radicale. Les musulmans et leurs "alliés" vont ils en être les principales victimes en Occident ? Sans doute. C'est de ce problème que nous ne cesserons de débattre.
J.D.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE TEMPS DES PROPHETES
Paul Briot, notre merveilleux professeur de morale et de latin, fasse le ciel qu’il soit vivant encore, nous invitait à repérer et à écouter les derniers sages. Lui-même en est un. Un sage qui s’ignore.
Cette pensée nous habite depuis trente ans, plus que jamais elle nous inspire.
Sept sages grecs connus pour leur sagesse pratique et leurs proverbes et maximes mémorables se réunissaient à Delphes pour offrir leurs devises au dieu Apollon
Une tradition biblique et coranique veut que Dieu aurait épargné Sodome et Gomorrhe pour autant qu’il y découvre une poignée de sages et de justes. Abraham va négocier avec Dieu pour sauver les deux villes et leurs habitants égarés de la destruction
Dieu a commencé par exiger la présence de cinquante hommes justes et sages puis, sous la pression du patriarche « ami de Dieu » , réduit son exigence à dix justes.
Seuls Loth et sa famille trouveront grâce devant le tout puissant mais ils n’étaient que huit, de sorte que les « villes scélérates » furent détruites par le feu et le soufre.

Il est fascinant de constater, en ces temps troublés que les plus belles vérités, les meilleurs commentaires sortent aujourd’hui de la bouche des derniers sages vivants, pour la plupart nonagénaires et libres, complètement libérés de toute formes d’auto censure. Citons quelques noms : Morin, Hessel, Hans Küng, Helmut Schmidt, François Perin, Jean Daniel, Stiglitz, Krugman, Spitaels, …zut ça n’en fait jamais que neuf mais je gage que vous en connaissez beaucoup d’autres…Attali, Cohn Bendit et Verhofstadt sont sur la bonne voie…
Nous n’aurons pas l’outrecuidance de les commenter. Ayons cependant à cœur de les citer afin qu’ils nous servent de balises pour ne pas imiter ces aveugles guidés par d’autres aveugles qui vont choir dans le gouffre.
Jean Daniel a dit :
« Il ne suffit pas de condamner les violences ou même les sentiments racistes ou xénophobes, encore faut-il étudier les circonstances de leur émergence. »
« C'est en nous-mêmes qu'il fallait chercher les racines de la barbarie pour mieux les combattre. »
« Le crime des crimes, aux yeux d'Anders Behring Breivik , c'est donc la diversité, une notion sur laquelle il faut s'attarder. Nous savons désormais que notre siècle sera celui des immigrés comme le siècle précédent a été celui des personnes déplacées.
Il y a toutes les raisons de penser que les gens qui n'ont rien iront frapper à la porte de ceux qui ont quelque chose. Et il est facile de constater qu'une diversité subie suscite des allergies puis des préventions, enfin des préjugés qui peuvent se transformer en une intolérance radicale. Les musulmans et leurs "alliés" vont ils en être les principales victimes en Occident ? Sans doute. C'est de ce problème que nous ne cesserons de débattre. »
N’est-ce pas, précisément, l’ambition du blog DiverCity?
Débattre du problème, du défi de la diversité et de la nécessité de remplacer le choc des civilisations qui pour beaucoup est une fatalité par le dialogue des cultures qui est son seul antidote mais qui exige la volonté de l’optimisme.
MG

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