samedi 20 août 2011

«L’Europe a un problème de fond»

Si l’Europe ne va peut-être pas exploser, «rien n’est résolu» pour Guy Verhofstadt qui pointe « des problèmes de fond».

L’EUROPE EST-ELLE VRAIMENT AU BORD DU GOUFFRE, COMME LE DIT DELORS ?
«En tout cas, il y a un problème de fond : on a une union monétaire, mais pas d’union économique et politique. Et les leaders politiques européens ne sont pas capables de faire le saut. Dans le passé, de telles crises servaient de tremplin pour faire un saut vers une Europe beaucoup plus intégrée. A présent, ils hésitent, ils prennent des demi-mesures, puis encore des demi-mesures, les Français et les Allemands se rencontrent pour la énième fois, mais rien n’est résolu, au contraire : les marchés ont négativement réagi au sommet franco-allemand. »

DELORS MONTRE L’ALLEMAGNE DU DOIGT. LE VRAI PROBLEME POLITIQUE AUJOURD’HUI EST-IL LA RETICENCE ALLEMANDE ?
«Oui et non. Oui, dans la mesure où l’Allemagne a toujours été très pro-européenne et communautaire, mais que depuis la réunification, ça a changé. Cela dit, il y a aussi un problème français. Merkel et Sarkozy annoncent un gouvernement économique, mais c’est quoi ? Un conseil intergouvernemental qui va se réunir deux fois par an ! On nous prend pour des idiots ? Un gouvernement économique, ça travaille tous les jours et ça se réunit deux fois par semaine ! Ce n’est pas sérieux ! Le saut en avant, ce serait un Pacte de stabilité avec des sanctions automatiques, donc pas décidées par les Etats eux-mêmes. Deuxièmement, ce serait une Commission européenne qui mettrait en place en son sein un « kern » avec tous les portefeuilles qui concernent l’euro, et qui aurait le pouvoir et les instruments pour obliger les Etats à faire les réformes nécessaires à une réduction des clivages entre les économies de la zone euro. Et troisièmement, ce serait le marché obligataire unique, qui augmenterait la discipline et la solidarité. C’est cela que les marchés demandent. »

MAIS QUI, DANS L’UNION EUROPEENNE, PEUT TENIR TETE A MERKEL ET SARKOZY ?

« Les marchés financiers le font ! Et le Parlement européen aussi, qui livre actuellement bataille sur la question de la gouvernance économique – parce que les Etats ne vont jamais se sanctionner eux-mêmes. Schuman et Monnet ont voulu créer la Commission européenne, les institutions européennes, le Parlement européen, pour échapper à la logique égoïste des Etats. Et maintenant les dirigeants européens réinventent cette logique. Ça s’appelle la « méthode de l’Union ». Mais en réalité, c’est un système où les Etats peuvent échapper aux règles ! »

QUE PEUT FAIRE LA COMMISSION EUROPEENNE CONTRE CETTE LOGIQUE ?

Elle peut faire des choses ! Elle doit être active, et utiliser son droit d’initiative. Tout ce que Merkel et Sarkozy font : leurs sommets, leurs trucs, leurs conseils, ça ne veut rien dire si la Commission utilise son droit d’initiative. Qu’elle dépose une proposition de marché obligataire ! Qu’elle dépose une proposition de gouvernement économique ! Mais si elle n’utilise son droit d’initiative que lorsque tous les Etats sont d’accord, c’est la fin du droit d’initiative – ou en tout cas c’est céder ce droit à d’autres.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
VOX CLAMANS IN DESERTO
Guy Verhofstadt est une des grandes voix d’Europe, une voix qui clame dans le désert de l’indifférence populiste qui n’a de souci que pour les cercles étroits de l’égoïsme façon Tea Party.

Le ballet pathétique Sarko-Angela ne convainc personne, pas même les protagonistes.

Un texte à méditer à chaud, à froid. Depuis des mois, le Gantois toscan ne dit pas autre chose. Personne n’écoute. Dommage.
MG

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