mardi 20 septembre 2011

Allemagne. Les pirates entrent au Parlement de Berlin

Les membres du Parti Pirate allemand fête leur victoire, dimanche 18 septembre (Adam Berry/AP/SIPA)

Le Parti Pirate allemand a créé la sensation en obtenant 8,9% des suffrages aux élections de Berlin, leur garantissant 15 sièges au Parlement.


Le Parti Pirate, jeune mouvement qui prône la démocratie directe sur internet, a créé la sensation dimanche 18 septembre en obtenant 8,9% des suffrages aux élections de Berlin, ce qui leur garantit d'entrer pour la première fois dans un Parlement régional en Allemagne.

Le parti remporte ainsi 15 sièges au Parlement de Berlin.
Une victoire "au moment où le Parti Pirate allemand ne dispose d'aucun salariés", souligne Sébastien Nerz , président du parti, à Torrent Freak. "Nous allons démontrer qu'il est possible d'informer ouvertement et honnêtement les citoyens sur ce qui se passe, quelles sont les alternatives possibles et pourquoi un certain chemin a été choisi. Nous allons démontrer que les citoyens peuvent être intégrés dans les choix", ajoute-t-il.

Le président du Parti Pirate français, Maxime Roquet, "félicite les pirates allemands pour cette belle victoire qui récompense leur travail au terme d'une campagne avec un très petit budget - 40.000 euros".

"L'Allemagne est l'un des pays les plus en avance vis-à-vis du Parti Pirate, à l'exception de la Suède qui dispose de deux eurodéputés", note-t-il. "En Allemagne, le Parti Pirate est la sixième force du pays et compte plus de 10.000 adhérents." Fondée en Septembre 2006, le Parti Pirate allemand compte plus de 50 élus dans des bureaux à travers toute l'Allemagne.

Maxime Rouquet rappelle les "trois axes majeurs du Parti Pirate" : "la défense des libertés et des droits du citoyens, le libre accès au savoir et à la culture (en promouvant le partage), et la lutte contre le système des monopoles (notamment en remettant en cause les brevets). Le tout dans une démarche citoyenne, une véritable démocratie participative", conclut-il.

A l'issue de cette "super année électorale" marquée par sept scrutins régionaux, le bilan des chrétiens-démocrates de la chancelière s'avère calamiteux, à mi-mandat. La CDU n'aura enregistré qu'un seul succès : en Saxe-Anhalt, l'une des régions les plus pauvres d'ex-RDA.
(Boris Manenti avec AFP - Le Nouvel Observateur)

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LES ANGES DE L’IMPRÉVISIBLE ET LE DOUBLE VISAGE D’INTERNET
Le parti des pirates a fait un tabac à Berlin. C’est un parti de jeunes citoyens brillants et en colère (les « nerds ») qui progresse de manière spectaculaire en Suède et en Allemagne.
Il lutte pour "la défense des libertés et des droits du citoyens, le libre accès au savoir et à la culture (en promouvant le partage), et la lutte contre le système des monopoles (notamment en remettant en cause les brevets). Le tout dans une démarche citoyenne qui plaide pour une véritable démocratie participative".

«INTERNET,REVOLUTION CULTURELLE »
Qu’on le veuille ou non, Internet est en train de provoquer un changement de société radical, secouant les monopoles en place et affectant la vie privée de manière radicale et redoutable. Ce grand bouleversement ébranle les industries de la presse, du disque et du livre. Il grignote subrepticement et surtout « subvertissement » l’autonomie et les libertés du citoyen.
Certes, Internet a entrainé la libération de la parole, le développement des réseaux sociaux, la blogossphère et le travail à domicile. Certes la naissance de « médias de masse individuels » permet d’envisager la création de nouvelles formes politiques au moment où la démocratie représentative est clairement en crise . Mais, attention, Big Brother is Watching Us : Facebook se révèle être un laboratoire idéal pour tester les limites entre tolérance et surveillance.
Le phénomène Pirate qui surgit des limbes d’Internet n’est ni de gauche, ni de droite, ni vert ni populiste mais ils est jeune, nouveau et radicalement différent. Et c’est bien, selon la FAZ, ce qui le rend tellement intéressant.
Les „pirates“ se sont jusqu’ici souciés avant tout des droits digitaux des citoyens (digitale Bürgerrechte). „Jetzt wird es ernst“: désormais, avec le score spectaculaire aux scrutin berlinois, les choses deviennent sérieuses. Ils militent en effet pour une démocratie s’arqueboutant sur le paradigme internet
LA REVOLUTION DES PIRATES


On les appelle le parti des « nerds ». Les nerds sont des fous de technologie qui jusqu’ici demeuraient invisibles et isolés.
Désormais, ils sortent de l’anonymat et donnent de la voix en se regroupant dans un parti déterminé à faire entendre sa voix en politique.
« Nerd » désignait à l’origine un loup solitaire obnubilé par les sciences et les techniques. Fou d'ordinateurs, il passe volontiers ses journées sur Internet. Nerd vient de l’anglais et peut se traduire par « intello » désignant dans le jargon des potaches le bigleux binoclard qui a réponse à tout, indispose les filles et agace ses petits camarades. Hyperindividualistes, les nerds sont des espèces de mutants branchés en permanence sur la toile.
Regroupés sous la bannière des « Pirates » ils ont choisi de former un parti qui fait un tabac à Berlin, la ville la plus branchée d’Europe. C’est un signe qui ne devrait pas tromper. Assurément, quelque chose est en train de gangrener notre monde politique tétanisé par la sphère financière et complètement pris de court par une crise plus dévastatrice et plus déstabilisante que celle de 1929.
Difficile d’imaginer aujourd’hui ce que le phénomène « pirate » va engendrer sur la scène politique en Europe.
Ce qui est certain c’est que les « pirates » considèrent les technologies modernes comme un outil d’émancipation et un vecteur de démocratie participative .Le monde politique en général et le citoyen lambda sont à peine conscients de l’impact que les technologies de l’information sont en train d’exercer sur nos comportements sociaux et individuels. Nous nous servons tous de ces technologies qui à priori semblent neutres et sans danger apparent. Le problème c’est que les données que nous confions en toute candeur au Léviathan électronique sont ineffaçables et accessibles à qui de droit et surtout à qui de non-droit. Léviathan voit tout, entend tout et n’oublie rien, ni nos déplacements, nos achats par carte de crédit, nos appels gsm, nos mails, nos opérations bancaires, ni les diagnostics électroniques de notre médecin généraliste, ni nos dossiers d’assurance, ni nos confidences amoureuses, ni nos recherches d’âme sœur, ni nos déboires avec la police ou la justice. Chacun de nous vit désormais avec son double électronique, un Horla qui l’accompagne pour le meilleur et pour le pire et de qui il ne saurait divorcer. Ce Horla lui survivra dans tous les cas de figure. Voilà qui pose en des termes radicalement nouveaux le problème de notre liberté.
C’est une illusion perverse que d’imaginer que la toile (le net) soit le royaume de la gratuité et de la liberté. Au contraire, c’est le lieu le plus contrôlé qui ait jamais existé. Les pirates l’ont compris. C’est pourquoi, ces chevaliers de la nouvelle éthique sont déterminés à conquérir non pas le cœur politique de notre société postmoderne mais son hypercerveau électronique exerçant un contrôle absolu sur nos mouvements, nos échanges, nos dits, nos pensées quand nous les exprimons. Voilà pourquoi ils se font et se veulent pirates et non corsaires.

Les Pirates qui ont remporté une belle victoire électorale à Berlin sont des mutants et les pionniers du monde qui vient.

Ils sont le noyau dur du premier mouvement politique de caractère digital.

Leurs racines s’enfoncent profondément dans la toile, leurs ailes les aideront demain à s’envoler vers d’autres chambres des représentants surtout vers le parlement européen.

Et s’ils étaient ces anges de l’imprévisible capables de freiner la course nous entraînant au chaos. "Nous allons démontrer qu'il est possible d'informer ouvertement et honnêtement les citoyens sur ce qui se passe, quelles sont les alternatives possibles et pourquoi un certain chemin a été choisi. Nous allons démontrer que les citoyens peuvent être intégrés dans les choix", (Sébastien Nerz)
MG

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