jeudi 22 septembre 2011

DSK : encore lui ! Par Jean Daniel

La prestation télévisée de l'ex-directeur général du FMI vue par le fondateur du "Nouvel Observateur".

J'espérais résister à l'engouement général et m'abstenir de réagir sur DSK. Eh bien non ! Une prestation que près de 15 millions de Français ont éprouvé le besoin d'écouter et de contempler constitue un phénomène qui ne peut pas laisser indifférent un citoyen de ce pays, surtout un observateur, et encore plus un éditorialiste. Pourtant tout semble avoir été dit, sur les audaces tranquilles et la désinvolture imprudente comme sur la stature de l'ancien directeur du Fonds monétaire international. Les foules auront voulu assister à la façon dont le trapéziste financier le plus célèbre de l'histoire aura amorti sa chute.

Je me félicite que ce soit l'un des nôtres qui à la télévision ait fait, à mes yeux, le commentaire le plus juste. Renaud Dély a soutenu la thèse selon laquelle toute la prestation de DSK, aidé par Claire Chazal, avait été conçue, calculée, étudiée et mise en scène pour mieux préparer le retour de l'ex-candidat à la présidence dans les affaires politiques de la France. Il a commencé par une contrition mesurée pour arriver à une triomphante affirmation de compétence. La crise, elle est alarmante! Et lui seul peut apparemment nous en tirer.

"J'ai payé, vous m'admirez, tout est bien"

J'écris ici pour ajouter une note complémentaire à cette thèse. Je crois en effet que DSK a été violemment blessé non par son erreur, mais par ce qu'il estime être le destin. Il a de ses ambitions un souvenir si éclatant qu'il trouve révoltant qu'on ait pu les faire avorter de cette manière. Alors il s'adresse à nous et il nous dit : "Regardez comment j'ai été puni, quel sort injuste on m'a fait, de quelle agression j'ai été la victime. N'est-ce pas assez ? N'ai-je pas expié ! Veut-on en plus des excuses ? Légèreté si on veut, bien sûr je regrette, mais n'est-ce pas trop cher payé ? Alors puisque j'ai payé ma dette, puisqu'on ne peut pas aller plus loin dans l'humiliation et dans l'injustice, j'ai le droit de vous offrir ce qui vous manque : le seul homme qui a la stature présidentielle dans cette crise mondiale. C'est à vous de m'aider à prendre une revanche sur le destin. Je ne vais pas jusqu’à désirer une 'réparation', mais simplement je veux vous dire qu'il n'y a pas pour vous le moindre déshonneur à revenir vers moi. J'ai payé, vous m'admirez, tout est bien".

C'est cela ma thèse. Je ne suis pas sûr que les Français la partagent. Dans ce pari de DSK, la seule grosse faute aura été d'être très mal conseillé et d'affecter d'utiliser un rapport qui ne met en avant non pas son innocence mais le doute sur sa culpabilité. Et même cela, il se peut qu'on l'oublie.
(Jean Daniel - Le Nouvel Observateur)

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE SILENCE EST D’OR
Une fois de plus, me voilà en phase avec le vieux sage du Nouvel Obs, enfin presque. M’étais juré de garder le silence sur le sujet. C’est raté !

Habile com ? sans doute ! L’homme est un pro. Il ne laisse rien au hasard hormis sa libido rebelle. On a tout dit sur la prestation télévisée de DSK sauf peut-être que c’était une vraie interview de Chef d’Etat avec une audience record : 15 millions de français qui attendaient, outre une confession clintonienne aux accents cornéliens, (ils l’ont eue) une analyse fine de l’Etat de l’Euro et du monde. Et là aussi ils en ont eu pour leur peine. Ils ont bénéficié, en effet, d’une leçon d’économie politique mondiale digne des meilleurs pédagogues : un combiné de Giscard, Rocard voire Stiglitz .

D.S.K. sauveur de la France, de l’ Europe, du monde pour cette grave crise ? Chacun jugera et comparera avec les challengers Hollande, Aubry, Sarko, Ségolène, Marine ... A notre humble estime, la somme de leurs cervelets et de leur expérience combinés n’équivaut pas au poids du cortex strauss-kahnien.

Un internaute commente« Si 15 millions de Français ont suivi cette intervention, c'est que beaucoup sont encore sous le choc de cette injustice et des aubaines indécentes qu'elle a offertes à toutes sortes d'associations en sommeil et éternellement frustrées. Pour ma part, après les primaires, et malgré sa faute, qui pour moi fut essentiellement l'imprudence et une négligence difficiles à pardonner (la légèreté n'est pas une faute), je suis comme beaucoup de Français probablement, je veux face à Nicolas Sarkozy un candidat qui fera le poids. Et aucun de ceux qui concourent, hélas, ne représentent pour lui un réel danger. S'il n'y a eu ni piège ni complot, ni petit coup de pouce pour enfoncer et piétiner DSK, il faut bien reconnaître au moins, qui sont les gagnants de l'histoire : Nicolas Sarkozy et le FN. »

On est bien d’accord là-dessus. Et l’éthique ? Dans tous les cas de figure, l’éthique vise à répondre à la question « Comment agir au mieux ?
DSK a plaidé la faute morale. Fallait-il vraiment qu’il mette le genou à terre devant les Françaises et les Français ?

La France serait-elle devenue à l’instar de l’Amérique puritaine le parangon de la tartufferie.

DSK, fils spirituel de Mendès-France, n’a pas dit son dernier mot. Qu’il se retire donc dans son Colombey les deux Eglises, dans un ashram ou son riant riad de Marakech. Il y a fort à parier que les Français ne tarderont pas à l’en arracher demain quand tout ira si mal que le Président ou la Présidente y aura perdu son latin.
MG

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