jeudi 29 septembre 2011

L'addiction à internet, un mal moderne

Une salle de jeux en ligne en Corée du Sud Crédits photo : Leejin-Man/Associated Press

La dépendance à internet touche de plus en plus de monde. C'est ce que révèle une étude allemande. Mais cette dépendance est-elle, comme certains l'entendent, une maladie mentale ? Et se traite-t-elle comme n'importe quelle addiction?

Une étude commandée par le ministère de la Santé allemand, parue le 26 septembre, révèle que plus d'un demi-million d'Allemands seraient dépendants à internet. Un mal qui se traduit, selon les chercheurs, par une consommation moyenne de quatre heures du média internet chaque jour. «Le temps passé sur internet est un facteur peu fiable, nuance tout de même Elizabeth Rosset, psychologue à l'hôpital Marmottan de Paris. Une personne peut passer peu de temps sur internet mais être obnubilé toute la journée parce qu'elle va y faire».
L'addiction à internet, qui provoque l'isolement et le repli social, n'est pas forcément considérée comme une maladie au sens commun du terme, bien qu'elle se soigne. En France, la guérison passe d'abord par le dialogue avec les psychologues ou addictologues. «La plus grande difficulté consiste à faire venir les gens à nous, explique Elizabeth Rosset. Mais lorsqu'une personne prend conscience de son problème, on peut plus facilement la traiter». Aux États-Unis et en Chine, par exemple, l'addiction à internet se soigne par la manière forte dans des établissements spécialisés, créés sur le même principe que les centres de désintoxication. Le Docteur Karila, de l'hôpital Paul Brousse à Villejuif, parle d'un traitement «cognitif et comportemental» pouvant éventuellement être appuyé par une prise «contrôlée et limitée dans le temps» de médicaments de type antidépresseurs.
ACCRO A INTERNET OU AUX ACTIVITES SUR INTERNET ?
Contrairement à une addiction à la drogue ou à l'alcool, la dépendance à internet est à double tranchant : elle peut concerner le média en lui-même comme les activités que l'on peut y pratiquer (jeux en ligne, jeux d'argent, pornographie, achats etc). Les deux se rejoignent selon le Dr Karila : «Internet est le support de l'addiction. On traite donc la dépendance associée au net». Elizabeth Rosset estime que ce sont les «spécificités» d'internet en particulier son accessibilité qui modifient le rapport à la dépendance.
C'est d'ailleurs l'une des raisons qui fait que la population dépendante à internet ne constitue pas un groupe homogène. «Quand le problème concerne les jeux vidéo, ce sont les jeunes qui sont principalement touchés mais la moyenne d'âge augmente si la dépendance a trait aux jeux d'argent», explique Elizabeth Rosset.
LES RESEAUX SOCIAUX, SIMPLE PHENOMENE DE SOCIETE ?
Les jeunes sont d'ailleurs fortement concernés par la question de la dépendance des réseaux sociaux. L'étude du ministère de la Santé allemand révèle une dépendance aux réseaux sociaux très importante chez les jeunes filles (77%) mais également chez les garçons (65%). La frontière entre l'addiction au sens propre et la simple consommation abusive, relativement classique chez les adolescents et les jeunes en général, est néanmoins très mince.
L'utilisation des réseaux sociaux pourrait en effet s'apparenter à l'utilisation du téléphone ou de la télévision. Des jeunes qui passent beaucoup de temps à téléphoner ou envoyer des messages à leurs amis ne sont pas considérés comme dépendants mais pratiquent pourtant la même activité sur un réseau social comme Facebook. Le site de l'Américain Mark Zuckerberg (sur lequel la France compte la neuvième communauté mondiale avec plus de 23 millions d'utilisateurs) est d'ailleurs le seul réseau social réellement vecteur de «conduite addictive». Une étude SNCD menée en juillet révèle en effet que 68% des utilisateurs de Facebook se rendent sur le site au moins une fois par jour alors que ce chiffre chute à 30% pour Twitter et en-dessous de 15% pour les autres réseaux sociaux. Même constat pour le temps passé sur le site : la communauté Facebook y passe en moyenne 52 minutes par jour alors que les personnes inscrites sur Twitter n'y passent que 25 minutes par jour.
Difficile alors de parler de réelle addiction aux réseaux sociaux. Ici, le terme de phénomène de mode serait bien plus approprié. «Il y a un certain nombre de pratiques qui s'atténuent avec l'âge, confirme Elizabeth Rosset. C'est également le cas pour les jeux vidéo ». Elle considère que cet abus relève bien souvent «d'un manque de limites fixées par les parents» qui, selon le Dr Karila, va surtout poser problème à une «minorité vulnérable qui va s'accrocher à internet».

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
MUTANTS
Est-on bien conscient qu’on est en train de former, plus exactement de déformer, une génération de mutants plus « addicte » au virtuel qu’au réel ?
L’école en plein désarroi ne peut pas grand-chose contre cela. Et pourtant elle pourrait/devrait être le meilleur rempart contre la fascination internet qui aveugle une partie de notre jeunesse.
Bien sûr qu’internet présente des aspects immensément positif mais ses effets négatifs sont redoutablement pervers. Il ne paraît guère concevable de former désormais des enseignants qui n’aient une grande maîtrise de ce nouveau medium de masse. L’excellence des enseignants et la qualité de leur formation est l’ultime atout de l’Occident. Si on continue à les mal payer, à les mal considérer et à les médiocrement former, nos chances de relever le défi que nous lancent les pays émergeants vont fondre comme peau de chagrin.
MG

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