jeudi 22 septembre 2011

Louis Michel: "Les libéraux ne seront pas revanchards"

Pour Louis Michel, Olivier Maingain, le président des FDF dont le divorce avec les libéraux n'est plus qu'une question de jours, "a basculé, lui, dans le populisme" et dans "l'insulte". La perspective d'une scission du MR est "d'autant plus regrettable que l'accord (ndlr: sur BHV) est équilibré et bétonne les droits des francophones dans la périphérie".
Louis Michel a par ailleurs reproché à Olivier Maingain d'essayer de diviser les libéraux et de "vivre de son côté depuis deux trois ans". "On a le sentiment que M. Maingain ne nous respecte plus. Ce n'est pas le cas de M. Gosuin", a-t-il ajouté. Par ailleurs, disant croire encore en la Belgique, Louis Michel a estimé que la communauté urbaine étendue aux limites de l'ancien Brabant unifié pouvait "préfigurer le fait d'enlever le corset sur Bruxelles".
Pour lui, les six communes à facilités de la périphérie bruxelloise seront "tôt ou tard ancrées dans Bruxelles à partir du moment où les facilités sont ancrées dans la Constitution" via l'accord intervenu la semaine dernière.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ENLEVER LE CORSET SUR BRUXELLES ?
D’abord un mot sur la forme : Un internaute commente : « Pourquoi le père Michel intervient-il en lieu et place de son président de fils ?
Le petit Charles n'a donc plus à être surnommé "Papa m'a dit" mais plutôt "Papa vous le dira, lui-même »"
Ensuite sur le fond : « Louis Michel a estimé que la communauté urbaine étendue aux limites de l'ancien Brabant unifié pouvait "préfigurer le fait d'enlever le corset sur Bruxelles. Pour lui, les six communes à facilités de la périphérie bruxelloise seront "tôt ou tard ancrées dans Bruxelles à partir du moment où les facilités sont ancrées dans la Constitution" via l'accord intervenu la semaine dernière. »
De quoi faire passer sa gaufre de travers à Bart De Wever et à donner le hoquet à la N-VA tout entière. On se demande ce qui permet à Louis Michel d’affirmer une chose pareille. Certes la communauté urbaine métropolitaine, l’hinterland naturel de Bruxelles s’étend pratiquement jusqu’aux limites du Brabant ; en revanche dans l’hypothèse d’une Belgique à trois régions, la région de Bruxelles capitale est enfermée dans son carcan de 19 communes. Autre chose est d’imaginer une gestion de la capitale européenne par les deux Communautés : communauté flamande et communauté française. Est-ce à cela qu’il songe ?
Pour mieux comprendre les délires de Olivier Maingain, Nous renvoyons nos lecteurs à l’analyse implacable Marc Uyttendaele dans le Soir de ce jour et au brillant exposé sur les thèses du FDF par Chantal Kesteloot- docteur en histoire et auteur de” Au nom de la Wallonie” et de “Bruxelles français. Les origines du FDF”, Brussel, Complexe, 2004- dans De Morgen, toujours lui.
MG

TRICHEUR? C’EST CELUI QUI LE DIT QUI L’EST
Marc Uyttendaele
Marc Uyttendaele Professeur de droit constitutionnel à l’ULB revient sur les dernières déclarations d’Olivier Maingain. Pour lui, ce n’est pas la première fois qu’il témoigne d’une incapacité de brider ses mots et ses émotions

«Tricheur.» Le mot claque comme une gifle. Olivier Maingain, et ce n’est pas la première fois, témoigne d’une agressivité irrépressible, d’une incapacité de brider ses mots et ses émotions. En 2010, déjà, il faisait, de manière indigne, un lien entre la position choquante du gouvernement flamand à propos des bourgmestres non nommés de la périphérie bruxelloise et l’occupant nazi pendant la seconde guerre mondiale.

L’homme, manifestement, ne supporte pas qu’un accord sur BHV ait pu être conclu. Il ne digère pas que des concessions réciproques aient pu être réalisées. Il lui est insoutenable que son président de parti ait osé s’émanciper de ses diktats et se comporter, à l’instar des responsables du CD&V, le 21 juillet dernier, comme un homme d’État, soucieux de sortir le pays de l’ornière profonde dans laquelle il s’enlisait inexorablement.

En quelques semaines, les masques sont tombés. Il existe, dans ce pays, des responsables politiques « responsables » et d’autres qui font de la crise leur fonds de commerce électoral. Dans leurs outrances, les leaders de la N-VA et du FDF sont des frères siamois. Comme des orfèvres, ils cisèlent leurs revendications à la seule fin de les rendre inacceptables par les négociateurs d’en face. Ils peuvent ainsi adopter la posture de l’intégrité et se rengorgent de respecter leur parole, là où précisément les autres – ceux qui s’évertuent à rapprocher les points de vue – sont présentés comme des mous, des collaborateurs, des « tricheurs ».

Cette démarche d’apparente intégrité relève de l’imposture la plus flagrante car le vrai tricheur est ailleurs. Le vrai tricheur est celui qui triche avec les électeurs. Tricher avec les électeurs, c’est leur promettre la lune. Tricher avec les électeurs, c’est affirmer qu’il existait encore un lien territorial entre Bruxelles et la périphérie bruxelloise alors même que la frontière linguistique, étanche, est définitivement tracée depuis 1970. Tricher avec les électeurs, c’est leur faire croire qu’il est possible de revoir le tracé de cette frontière alors qu’il s’agit pour le monde politique flamand d’un tabou absolu et que sa modification n’est possible que moyennant le soutien d’une majorité de députés et de sénateurs flamands. Tricher avec les électeurs, c’est leur faire croire que tous les partis francophones se seraient engagés à obtenir l’élargissement de Bruxelles contre la scission de BHV. La réalité est, en effet, infiniment plus subtile.

La revendication de cet élargissement était l’épouvantail agité par les Francophones en cas de scission « pure et simple » de l’arrondissement, soit une scission sans régime particulier pour les six communes à facilités. Tout observateur moyennement intelligent avait alors compris que si accord il y avait, celui-ci impliquerait une scission, un régime particulier pour les électeurs de ces six communes et le maintien tel quel de la frontière linguistique. Olivier Maingain, comme tout un chacun, en était parfaitement conscient. Faire mine aujourd’hui de l’ignorer relève aussi de la tricherie. Tricher avec les électeurs, c’est célébrer en 2005 un accord qui donne aux électeurs des six communes à facilités le choix de voter à Bruxelles ou en Brabant flamand et trouver en 2011 que la même formule relève d’une déchirure intolérable, impliquant de devoir choisir entre le lien avec Bruxelles et la solidarité avec les autres francophones du Brabant flamand.

Bref, tricher avec les électeurs, c’est leur faire croire qu’en Belgique, il est possible de faire l’économie de vraies concessions réciproques et rester obstinément sourd aux revendications de l’autre communauté.

Le courage politique du CD&V en juillet et des libéraux en septembre a été de rompre le cercle faussement vertueux consistant à rester cramponné à des promesses électorales qui ne sont jamais qu’un point de départ, qu’un étiage permettant de fixer les positions de départ avant d’engager un processus de rapprochement. Car ce serait tricher avec les électeurs de croire qu’ils attendent de leurs élus de demeurer à ce point intransigeants qu’ils n’aient plus qu’à offrir le chaos au peuple.

Alors, pour en revenir à la sémantique du président du FDF, en retournant dans la cour de récréation, usant du langage inapproprié qui est le sien, il est délicieux de lui retourner : « C’est celui qui le dit qui l’est ».

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