jeudi 29 septembre 2011

Mark Eyskens : «Des démagogues intolérants exploitent nos divergences communautaires»

Au risque d’une génération sans mémoire historique…
Dans le remarquable discours qu’il a prononcé à la Caserne Dossin * et dont nous publions un extrait, le ministre d’Etat Mark Eyskens dénonce la passivité des autorités durant la guerre et s’inquiète de l’indifférence actuelle vis-à-vis de l’intolérance de certains partis.

Nous vivons dans une société de paradoxes. La société de la connaissance produit aussi beaucoup d'ignorance. Et la surinformation à travers les médias conduit à la désinformation. Le public est souvent exposé à des nouvelles ambiguës et des opinions contradictoires, de sorte qu'il se trouve dans l'impossibilité de faire la distinction entre l'essentiel et l'accessoire.

C'est particulièrement la connaissance du passé qui semble se réduire de plus en plus suite à des réformes de l'enseignement successives qui traitent les cours d'histoire de par-dessus la jambe. Une génération sans mémoire historique et donc amnésique risque d'émerger.

Le manque de connaissance de la Deuxième Guerre mondiale, des atrocités du régime nazi et des méfaits de la Collaboration en Belgique est de plus en plus prononcée. Des mouvements d'extrême droite, usant et abusant habilement de nouveaux moyens de communication électronique induisent les jeunes en erreur.

Dans certains milieux, la lecture de Mein Kampf est à nouveau à la mode, le révisionnisme et l'antisémitisme sont à nouveau propagées. Des incidents en paroles et en actes sont de plus en plus signalés dans les pays européens. La lutte contre la xénophobie sous toutes ses formes doit être renforcée.

Elle commence par la diffusion entre autres au sein de notre enseignement d'une information objective et historiquement motivée en attirant l'attention des jeunes sur les abominables dérives, des lors que les valeurs fondamentales de respect et de tolérance sont bafouées.

Mesdames, Messieurs, nous ne pouvons que nous réjouir qu'en Belgique la création de la Fondation du Judaïsme, avec l’appui du gouvernement a permis d'organiser concrètement le dédommagement des membres de la Communauté juive de Belgique pour les biens dont ils ont été spoliés ou qu'ils ont délaissé durant la guerre 1940-45.

En outre le succès du Musée juif de la Déportation et de la Résistance ici même et le Musée à Bruxelles est également un phénomène encourageant. Soixante-dix ans après les horribles événements, l'objectivité historique nous donne par ailleurs le droit de critiquer, voire de condamner la coupable passivité de certaines autorités politiques et religieuses de l’époque.

« L’INTOLERANCE PROFITE DE NOTRE EGOÏSME COLLECTIF »

Il est établi aujourd'hui qu'en 1942 déjà, les gouvernements Alliés savaient avec certitude que les Juifs d'Europe se faisaient assassiner par l'Allemagne nazie. Des rapports sur les exécutions de masse par des unités mobiles en Union soviétique, et, plus tard, sur l'utilisation des chambres à gaz, avaient été transmis aux capitales alliées..

Finalement, la nouvelle de l'annihilation de millions de Juifs fut publiée dans les journaux britanniques et américains. Mais le désir des Alliés de se concentrer sur les aspects militaires de la guerre a prévalu.

Un même reproche de silence et d'inaction peut être adressé aux autorités vaticanes et il a fallu attendre le pontificat de Jean-Paul II avant que le Vatican condamne sans ambiguïté la shoah, l'antisémitisme et les crimes commis par le régime nazi.

La passivité de hauts responsables d'il y a soixante-dix cinq ans doit nous inciter à une vigilance sans faille aujourd'hui. L'intolérance s'insinue dans les interstices de notre société de bien-être, car hormis ses nombreux bienfaits, elle a tendance à nourrir l'égoïsme individuel et collectif.

Le danger est grand que l'indifférence de l'opinion publique ou les haussements d'épaules des bienpensants paralysent toute action prompte et nécessaire. Pire : que certaines formes d'intolérance soient érigées en programme politique, préconisant des mesures discriminatoires entre citoyens ou annonçant la rupture de la solidarité entre habitants d'un même pays.

Cela vaut aussi pour la Belgique. Et j’ose le dire ouvertement : certains aspects de nos divergences communautaires, exploitées immoralement par des démagogues sont de nature à saper la tolérance et la solidarité les plus élémentaires. Il faut donc réagir.

* Lors du 55e pèlerinage à Malines, le 11 septembre 2011

Mark Eyskens

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
COMME UN GRAND MILLESIME, EYSKENS NE CESSE DE BONIFIER
Mark Eyskens a renoncé depuis longtemps à la langue de bois. Il parle libre, franc et clair.
Le lire est un régal et on aimerait le rencontrer comme Œdipe le sphinx.
MG

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