vendredi 9 septembre 2011

Oui, une guerre a été déclarée le 11 septembre 2001


Ben Laden a inspiré une stratégie de la terreur pour lancer une guerre de civilisation. Mais rien dans la réaction de l'Occident ne l'a empêché de parvenir à sa fin.

Est-ce que nous avons subi le 11 septembre 2001, avec les attentats de Manhattan, une déclaration de guerre de civilisation dans la conception formulée par Samuel Huntington ? Je ne suis pas d'accord avec les réponses données à cette question par mes confrères de l'International Herald Tribune.

D'autant qu'ils ne sont pas eux-mêmes d'accord entre eux. Les uns disent que cette guerre était déclarée, d'autres disent qu'elle n'est pas terminée, et d'autres encore disent qu'elle n'a jamais eu lieu. Je maintiens pour ma part la thèse que j'ai défendu dans mon dernier éditorial, et qui est à mes yeux indispensable pour comprendre notre siècle.

UNE LOGIQUE DE GUERRE DE CIVILISATION
Il est pour moi évident que les penseurs comme Oussama Ben Laden et ses disciples, qui ont inspiré une stratégie de la terreur pour prononcer un appel aux armes au nom de l'Islam, étaient dans une logique de guerre de civilisation. L'ennemi c'est l'Occident, il faut tout faire pour que les musulmans se séparent de ce monstre, et pour cela, il faut que les musulmans deviennent tous suspects de terrorisme dans tous les pays occidentaux.

Cet appel aux armes est en même temps un appel à la Guerre Sainte contre tous les collaborateurs de l'Occident, et en particulier contre tous les gouvernements arabes et musulmans qui sont les meilleurs alliés des Etats-Unis. Il faut donc frapper à la tête la superpuissance américaine qui incarne le Mal occidental.

Cette logique, cette stratégie a une cohérence parfaite et une pertinence pleine d'efficacité. En tout cas, dans la préparation des attentats de Manhattan, elle a été impressionnante et elle a atteint son but.

La première étape de la guerre de civilisation a été franchie avec panache, dans la mesure où des dizaines et des dizaines de millions de musulmans chantaient les louanges de Ben Laden, tandis que les Occidentaux proclamaient une solidarité affirmée, une solidarité pathétique et quasi inconditionnelle avec le peuple américain.

Les uns pleuraient de joie et les autres de douleur. C'était la séparation calculée dans la stratégie de Ben Laden.

LA REPONSE DESASTREUSE DE L'OCCIDENT
Les réactions qui ont suivi et qui ont été principalement décidées par Georges Bush fils, c'est-à-dire un des plus mauvais présidents dans l'histoire des Etats-Unis, n'ont fait que conforter et alimenter cette stratégie. La guerre punitive contre l'Afghanistan s'est transformée en guerre d'occupation et de domination.

Elle était juste au départ, elle est devenue désastreuse au bout de trois mois. Et le peuple afghan, qui avait victorieusement résisté à l'occupation soviétique, n'a pas cédé devant l'offensive américaine.

Ensuite la guerre en Irak était une erreur idéologique, catastrophique, dans la mesure où elle servait les intérêts des ambitions iraniennes et où elle augmentait le nombre des musulmans anti-américains. Ben Laden n'a cessé de gagner à tous les coups.

L'ERREUR DES STRATEGES DE LA TERREUR
Alors qu'est-ce qui empêchait les stratèges de la terreur de franchir la seconde étape ? Et bien ce n'est pas du tout la réaction américaine ou occidentale, au contraire. Nous avons tout fait pour que les seigneurs du terrorisme parviennent à leur fin. En revanche, ce sont eux, les stratèges, qui n'ont pas maîtrisé leurs moyens et qui ont oublié l'histoire de leur civilisation.

Cette Histoire est faite de grandeurs et de servitudes. Parmi ces dernières, il y a le fait que l'Islam n'a jamais cessé d'être divisé et que les guerres civiles entre frères ennemis ont été cent fois plus importantes que la guerre contre les infidèles.

Les musulmans ont fait bien plus de victimes parmi les autres musulmans que parmi les occidentaux. C'est particulièrement spectaculaire lorsqu'il s'agit du conflit entre Israël et la Palestine. Les pertes des Israéliens sont minimes par rapport à celles que les musulmans se sont infligées à eux-mêmes. Pendant la guerre de huit longues années entre l'Irak et l'Iran à la fin du siècle dernier, il y a eu près d'un million de morts et il n'y a pas eu d'appel à la Guerre Sainte contre la guerre tout court.

Pour résumer, c'est l'Islamisme radical qui divise les musulmans plus qu'il ne les rassemble et c'est grâce à cette division que la guerre de civilisation a été perdue.
(Jean Daniel)

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
MARE NOSTRUM
«Cette logique, cette stratégie a une cohérence parfaite et une pertinence pleine d'efficacité. »
Les extrémistes de bords opposés sont en fait des alliés objectifs.
Deux visions hégémoniques du monde se sont affrontées. L'une civilisationnelle (les gouvernants occidentaux considérant que le reste du monde n'est que leur marchepied ) l'autre religieuse (Ben Laden considérant que seul l'Islam libèrera le monde de l'occident ).
Mais les peuples ne sont pas dupes : la confrontation à outrance ne peut induire que haine et violence, une nouvelle guerre civile à l’échelle mondiale.
Il existe une autre voie celle de la coexistence pacifique : entente, détente et coopération. C’est la voie de la reconnaissance et du respect de l’autre, du renoncement à l’emploi de la force; voie empruntée par la Ostpolitik de Willy Brandt. On se souvient de son agenouillement symbolique devant le monument aux victimes du ghetto de Varsovie.
Elle a débouché sur la réunification de l’Allemagne et de l’Europe.
C’est aussi la voie du dialogue interculturel ou dialogue des civilisations, celle que l’Europe se doit d’emprunter pour répondre aux aspirations du printemps arabe face à l’effondrement des dictatures fantoches. Un vrai défi !
L’union méditerranéenne est trente ans après la Ostpolitik , le grand dessein européen : ici, dans nos mégapoles et leurs banlieues; là bas dans l’ensemble du pourtour méditerranéen : mare nostrum disaient les Romains.
MG

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