mardi 13 septembre 2011

Qu’on nous donne plus d’autonomie !

Xavier BOSSU, ancien prof, ancien directeur et président de PO
La Wallonie qui gagne, la Fédération Wallonie Bruxelles ont un trou dans leur pantalon : leur enseignement...
Certes, il y a ce professeur se demandant que décider d’un 49,5/100 en deuxième session
Certes, il y a ce professeur mi-temps renâclant à participer à un conseil de classe, un jour où elle ne donne pas cours, s’estimant en congé. Certes, il y a ce professeur plein de certitudes annonçant en délibération des 4, 7, 3 sur 100 en Histoire littéraire et refusant de se remettre en question.
Certes, il y a ce professeur, le même, imposant des pompages aux élèves en échec.
Certes, il y a cette enseignante qui, participant à un jeu télévisé, et ne sachant pas situer Strasbourg, s’en sort en concédant que "bien sûr, elle est professeur, mais pas de géographie" !
Certes, il y a ce professeur en T-shirt et savates demandant qu’on le respecte dans sa fonction
Certes, il y a ce professeur commençant son année scolaire en adressant à ses élèves un fameux "que voulez-vous faire ?"
Certes, il y a ce professeur de français abordant le roman policier en étudiant exclusivement des auteurs anglo-saxons.
Certes, on connaît des pouvoirs organisateurs laissant partir un directeur sans un mot de remerciement.
Tout cela est rigoureusement authentique. Mais "c’est un peu court, jeune homme ! On pouvait dire - Oh ! Dieu ! bien des choses en somme". Comme, par exemple, cette présentation dynamique d’un projet d’éducateurs refusant d’endosser un rôle de "surveillants" ou de "pions" pour privilégier un rapport complice et responsable avec les élèves qu’ils encadrent se définissant comme l’interface entre le "dehors" et le "dedans" de l’école; apprenant aux filles qu’un piercing dans un nombril peut être séduisant ou vulgaire selon la manière dont on l’exhibe et aux garçons que si "putain" est devenu aujourd’hui une onomatopée vide de sens, c’est encore un mot grossier. Comme, par exemple encore, ce rapport rédigé par des professeurs de "technique et professionnel" chargées d’adopter et d’adapter le nouveau "décret qualifiant" et qui n’ont pas compté leurs heures pour réussir en un an ce qu’elles auraient pu réaliser en deux. Ces exemples sont nombreux et dans de nombreux établissements scolaires. Cet enseignement volontariste, ces enseignements engagés, régulièrement, on les met à mal. Par des mesures dogmatiques, idéologiques et théoriques. Ainsi, le décret "Inscriptions" et son ambition de "mixité sociale". Y a-t-il vraiment quelqu’un pour croire qu’on puisse "imposer d’en haut" une mixité quelle qu’elle soit ? Faire se rencontrer des enfants d’origines sociale, raciale, géographique diverses est souvent un projet d’établissement qui inscrit comme priorités l’égalité de traitement, la fraternité du partage, l’ouverture à l’autre. Récompensez donc ceux qui en font leur pain quotidien et qui œuvrent, avec, souvent, beaucoup de difficultés à la réalisation de cet ambitieux challenge - "Le décret Robin des Bois" et "ses écoles riches" qui pourraient donner aux "écoles pauvres". Croit-on réellement que parce que les chiffres économiques de l’arrondissement d’Arlon sont favorables toutes les familles qui y résident et tous les enfants qui en fréquentent les écoles connaissent une vie facile, une jeunesse dorée et des lendemains sans soucis ? Faut-il alors sanctionner ces écoles en leur prenant des heures et de l’argent pour les distribuer à d’autres ? Peut-on ignorer que les institutions scolaires vivent sur un projet souvent à moyen et long terme, qui nécessite de pouvoir prévoir moyens financiers et humains.
La Wallonie qui gagne, la Fédération Wallonie Bruxelles ont un trou dans leur pantalon : leur enseignement... Et si on veut vraiment que le plan Marshall ne marche pas mal, il faut en faire la priorité des priorités. Permettez-moi de suggérer quelques pistes 1. Les finances : "Celui qui ouvre une porte d’école ferme une prison." J’ai parfois l’impression qu’en Wallonie, on fermera bientôt des écoles pour construire des prisons. La vague destructrice qui ravage notre enseignement depuis plusieurs années est un véritable séisme, un tsunami qui nécessite dans l’urgence un investissement financier colossal à la hauteur des justes efforts déployés lors des grandes catastrophes naturelles, et bien plus encore. Sans modernisation des infrastructures, des structures, des conditions de travail, point de salut.
2. Les programmes : considérant que le savoir être est du ressort familial, qu’on ose imposer les savoirs avant le savoir-faire. Peut-on apprécier Raymond Devos si l’on ne maîtrise pas la langue française ? Faites en sorte de garantir qu’au sortir du secondaire, un adolescent maîtrise la géographie et l’Histoire de son pays et de l’Europe, la compréhension et l’écriture de sa langue maternelle, des bases solides en mathématiques et en sciences. Au moins une langue étrangère. Qu’on lutte contre l’échec scolaire en rappelant et en faisant en sorte que l’on comprenne que l’enseignement secondaire n’est pas seulement la préparation à l’enseignement supérieur, mais une "construction" de femmes et d’hommes appelés à être des citoyens cultivés et critiques.
3. La formation initiale. Point n’est besoin nécessairement d’une formation universitaire, mais assurément, d’une formation longue et exigeante pour un métier aux caractéristiques financière et professionnelle attrayantes. Et surtout, qu’on nous donne plus de liberté d’entreprendre et plus d’autonomie. Savoir Plus
Xavier BOSSU

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA RENTREE DES CLASSES DE QUENTIN
Encore un directeur à la retraite qui, n’ayant plus rien à perdre, se fend d’une carte blanche qui se veut incendiaire mais se garde bien d’aller à la racine du mal : la pléthore des réseaux scolaires, comme vient de le dénoncer avec pertinence Guy Spitaels. Fatigant.
Un internaute de sa génération commente : « Il faut abandonner les projets idéologiques de la gauche, qui se moque complètement de l'éducation au-delà du fait qu'elle peut s'en servir comme un outil de propagande. » Le ton est donné.
Quant à nous, qui avons tout dit ou presque sur le sujet, évoquons plutôt la rentrée scolaire de Quentin, un gamin de quinze ans qui vient de changer d’école et découvre ses nouveaux profs et ses nouveaux camarades de classe dans un athénée qui n’est ni en discrimination scolaire ni dans le top cinq des athénées bruxellois.
Accueil chaleureux, hormis au secrétariat (nobody is perfect) : élèves vifs, charmants et profs motivés qui annoncent la couleur en début d’année, en toute transparence. On croit rêver et on se plaît à imaginer que le rêve va durer.
En somme, il suffit de bien choisir les enseignants, ensuite de leur faire confiance, en leur donnant carte blanche sans trop les brimer. Le reste fonctionnera de surcroît. Heureux les chefs d’école, il y en a qui savourent ce privilège -je fus de ceux-là- ; car la réussite est au bout du chemin. « Surtout, qu’on nous donne plus de liberté d’entreprendre et plus d’autonomie. » Rien de tel, en effet, qu’une équipe autonome dirigée par un(e) chef d’équipe déterminé qui sait à peu près où, il/elle va.
Tout le reste n’est que blabla.
MG

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