dimanche 15 janvier 2012

Le régionalisme wallon agace le PS bruxellois


Mathieu Colleyn

Charles Picqué ne veut envoyer aucun signal “isolationniste”. Il plaide aussi pour une redéfinition de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Est-on en train d’assister aux prémices d’un schisme entre les partis socialistes wallons et bruxellois ? Non. Mais les poussées régionalistes initiées au sud du pays indisposent la fédération bruxelloise du parti. Tout comme les difficultés qu’il a à faire valoir les intérêts de la capitale au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles (ex-Communauté française).
Hier, en bureau politique "bruxellois", le courroux était palpable, suite à l’évocation, dans les colonnes du "Soir" d’un think tank (un groupe de réflexion) centré autour du ministre wallon Jean-Claude Marcourt et associant divers personnalités dites proches du Liégeois. Sont cités Thierry Bodson (FGTB), Bernard Rentier (recteur de l’université de Liège), Jean Pascal Labille (Mutualités socialistes) ou encore Olivier Vanderijst (SRIW). On y préparerait un avenir indépendant de Bruxelles.
Certes il ne faut pas aller trop vite en besogne mais le soupçon existe. au minimum, assiste-t-on tout de même au réveil d’un régionalisme wallon qui dormait depuis quelques années au sein du parti socialiste (lire l’interview de Jean-Claude Marcourt ci-dessous). Au sud, certains estiment en effet que quel que soit l’avenir institutionnel de la Belgique, la Wallonie bénéficiera toujours du pôle économique que constitue Bruxelles. Et qu’elle peut donc sans trop de problème imaginer son avenir indépendamment des francophones de la Région bruxelloise. Cela inquiète visiblement les rouges de la capitale où l’on évoque même l’idée de lancer une consultation des fractions bruxelloises des autres partis politiques, histoire de réfléchir aussi à l’avenir de la Région-capitale. Tout cela découle évidemment de la réforme de l’Etat qui, dans une dizaine d’années, doit sonner le glas des mécanismes de solidarité existant entre les Régions et orchestrée depuis le niveau fédéral. D’ici là, et c’est sans doute le sens des propos de Jean-Claude Marcourt, il faudra que la Wallonie ait trouvé les moyens d’assurer son développement économique.
En attendant, les Bruxellois s’inquiètent d’une "fusion" de fait entre la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Région wallonne, notamment au niveau budgétaire où la membrane qui sépare les deux entités semble de plus en plus poreuse. Une situation qui permet à la Région wallonne de profiter de manière déséquilibrée de la trésorerie communautaire, estime-t-on. En outre, aucun représentant bruxellois n’est présent au "kern", le conseil des ministres restreints de la Fédération, où se prennent nombre de décisions importantes. Rudi Vervoort, président de la fédération bruxelloise du PS, a d’ailleurs appelé à ce que cette situation change rapidement.
Une autre crainte existe au PS : qu’Elio Di Rupo, occupé par ses fonctions de Premier ministre, ne soit plus en mesure de contenir les aises que certains pourraient être tentés de prendre en Wallonie. Et de souligner les liens existant entre les deux Liégeois que sont Jean-Claude Marcourt et Thierry Giet, le président faisant fonction désigné à la suite de l’entrée du Montois au 16 rue de la Loi. Le fait que Thierry Giet habite la Cité ardente est loin d’être étranger à sa désignation. Rappelons qu’à l’époque de la constitution du gouvernement fédéral, soit pas très longtemps auparavant, la fédération liégeoise du PS s’était sentie mal servie.
Interrogé par "La Libre", Charles Picqué (PS), ministre-Président de la Région bruxelloise, minimise. Il annonce d’ailleurs avoir eu un contact plutôt rassurant avec Rudy Demotte, son homologue de la Région wallonne et de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ce dernier l’invitant à être lui-même présent au kern de la Fédération lorsque les intérêts bruxellois sont en jeu. Rudy Demotte n’est manifestement pas partie prenante des mouvements régionalistes wallons, note-t-il. Charles Picqué reste en outre "dubitatif" par rapport aux réunions de ce fameux think tank wallon qui constitue selon lui une erreur. "Je ne veux envoyer aucun signal selon lequel Bruxelles entamerait une démarche similaire, dit-il. Il ne faudrait pas qu’à un moment donné, une alliance objective survienne pour se replier dans nos Régions. Ce mouvement ressemble plus à de la résignation. Nous en sommes à chercher une définition plus précise de la Fédération et il est hors de question que Bruxelles envoie vers les Wallons des signaux isolationnistes."
De tels signaux ne feraient que renforcer ceux qui seraient tentés par une distanciation vis-à-vis de Bruxelles. Au PS on relativise aussi le régionalisme wallon d’aujourd’hui, en évoquant le début des années 90 où les relations entre Bruxellois et Wallons étaient beaucoup plus tendues chez les socialistes.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
TSUNAMI POLITIQUE ?
Attention Bruxellois. On est en train à Namur et à Liège de vous faire un enfant dans le dos.
Est-ce à dire que le PS wallon a cessé de croire en la Belgique que feint d’incarner une dernière fois Elio Di Rupo ?
Est-ce à dire que le mouvement régional va balayer la réalité fédérale?
Est-ce à dire que nos édiles wallonnes s’apprêtent à lâcher Bruxelles pour mieux affronter en 2014 une Flandre aux mains du bloc N-VA et Vlaams Belang avec un VLD, un CD&V rachitique et un SPa moribond, hypothèse du professeur Maddens ?
Un lecteur du Soir écrit :« La fuite des "indigènes" bruxellois ira en s'accélérant tout comme celle des entreprises. »
Un autre dénonce une manoeuvre de diversion :« Vite, vite, distrayons les contribuables francophones avec des querelles de clochers, afin qu'il oublient ce qui les attend en nouvelles taxes et autres recettes, après que le grattage des fonds de tiroirs ne donnera qu'un fifrelin au budget révisé. «Afin qu'ils ne réfléchissent pas trop aux moyens de limiter, voire supprimer le clientélisme. »

« Le futur de Bruxelles ce n'est pas le lien Bruxelles-Wallonie mais le lien Bruxelles-Flandre. Les Bruxellois le comprendront avec beaucoup de retard en 2030. »

« Il doit se sentir bien seul et impuissant C. Picqué à Bruxelles avec le renouveau PS. Les "jeunesses" Picque -Moureaux - Clerfayt- Decourty font office, pour quelque temps encore de paravent.

« Ce pays est devenu une aberration. Tous les autre pays mettent en en avant leur capitale afin qu'elle soit l'image d'un pays, ici elle est vouée à la bruxellisation (terme péjoratif mondialement connu) et à l'appauvrissement. »

« J'observe la trajectoire wallonne

1° abandon des francophones de Flandre ( années 70)

2° Lâchage de BHV ( comme en 70- des "bourgeois")

3° Solidarité annoncée RW-VL contre les brûsselèèèèr. »

Bref les Bruxellois se font beaucoup de mouron.

Il est vrai qu’on a l’impression que l’homme qui se cache derrière son nœud pap, privé de la présidence du PS, est soudain en roue libre pour ne pas dire en apnée.

Il souffre d’une espèce de syndrome d’Obama, cet autre homme providentiel qui se mit à décevoir ses partisans dès le moment où il s’empara des manettes à la maison blanche.

L'arrivée à Uccle de Didier Reynders annonce la fin de règne de président Piqué.

MARCOURT: "DECONSTRUISONS LA FEDERATION WALLONIE-BRUXELLES"
Jean-Claude Marcourt s’explique sur les réflexions quant à l’avenir de la Wallonie.
Jean-Claude Marcourt (PS), ministre wallon à double casquette, souhaite que 2012 soit mise à profit pour initier une réflexion autonome sur l’avenir de la Wallonie. Pas de révolution mais une évolution, explique-t-il.
ON ENTEND PARLER DE REFLEXIONS SUR L’AVENIR DE LA WALLONIE. POUVEZ-VOUS EXPLIQUER DE QUOI IL S’AGIT ?
Y a-t-il aujourd’hui une réflexion collective qui se penche sur la question de savoir comment gérer l’avenir de la Wallonie ? La réponse est oui. Cela se fait dans plusieurs cercles, cela ne se fait pas en catimini dans les arrière-salles de cafés. Deux : cette réflexion ne se fonde pas sur un concept institutionnel. L’évolution institutionnelle vient d’ailleurs du pays. La question est de savoir comment améliorer le développement économique de la Wallonie et d’en tirer les conséquences. Cette réflexion traverse tous les milieux socio-économiques dans des groupes informels. Cette dynamique a notamment été initiée par le Contrat d’avenir, le plan Marshall et la commission Zénobe. Il s’agit de réfléchir sur l’avenir de la Wallonie indépendamment des autres, ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas de relations avec les autres.
CETTE REFLEXION EST-ELLE INTENSE, EN PARTICULIER AU PS, ON PARLE D’UN THINK TANK ?
Ça n’est pas une réflexion strictement socialiste. J’ai un cercle auquel des noms sont associés.
ON PARLE D’ANNE POUTRAIN, LA DIRECTRICE DE L’IEV, LA PLUS PROCHE COLLABORATRICE D’ELIO DI RUPO DANS CE CERCLE.
Anne Poutrain a une vraie réflexion sur la Belgique et joue un rôle prépondérant mais elle n’a pas été associée personnellement.
ET ELIO DI RUPO ?
J’ai mon autonomie, ma responsabilité, on connaît mon histoire. Je ne veux pas le mettre en difficulté.
CETTE REFLEXION EXCLUT-ELLE LA REGION BRUXELLOISE ?
Je suis ravi que les Bruxellois réfléchissent eux aussi à leur avenir. Je rappelle que la Région bruxelloise n’aurait jamais existé sans le soutien des régionalistes wallons. Sans les régionalistes wallons, il n’y aurait pas eu de refinancement de Bruxelles. A chaque mouvement de l’émergence d’une Région bruxelloise, les Wallons ont été un élément essentiel. Maintenant la Wallonie mérite aussi qu’on s’intéresse à elle. C’est une démarche profondément wallonne. Mais je ne parle pas d’antagonisme. Il faut que chacun réfléchisse de son côté et puis qu’on voit ce qu’on peut articuler ensemble.
VOTRE MODELE EST DONC ULTRAREGIONALISTE. QUE DEVIENT LA FEDERATION WALLONIE-BRUXELLES DANS TOUT CELA ?
Il n’y aura que trois grandes Régions. Mais certes, on peut réfléchir à quatre entités. La fédération Wallonie-Bruxelles doit être déconstruite puis reconstruite. Déconstruite dans le sens où elle ne correspond plus à rien. L’émergence des Régions est patente, le mouvement bruxellois en est d’ailleurs la plus forte expression. Et il faut la reconstruire, dans une démarche que nous voulons, c’est un mouvement, une évolution.
LES AUTRES PARTIS DOIVENT ETRE ASSOCIES A CETTE REFLEXION, SELON VOUS ?
Je le souhaite mais les rythmes sont différents d’un parti à l’autre. Cependant, la société wallonne ne se résume pas aux partis. Le moteur premier de cette réflexion, c’est le renforcement de l’assise socio-économique de la Wallonie.
TRES CONCRETEMENT, OU EN EST CETTE REFLEXION ?
Nous construisons un agenda. Nous avons peu de temps, il faut construire un modèle. Il faut profiter de 2012 pour lancer ces opérations.
UN MODELE ?
Un modèle autonome qui soit un principe de bien-être pour permettre un développement collectif.

REPLI WALLON ? « OUI, CERTAINS Y REFLECHISSENT », CONFIRME JAVAUX
Jean-Michel Javaux, le futur ex-président d'Ecolo, confirme que des acteurs wallons réfléchissent à une forme d'autonomie plus forte de la Wallonie, comme Le Soir le révélait. Par Béatrice

A l'occasion de notre grand entretien du week-end, nous avons demandé à Jean-Michel Javaux, futur ex-président d'Ecolo, s'il fait partie de ces acteurs wallons qui travaillent à une forme d'autonomie plus forte de la Wallonie, comme révélé par « Le Soir », ce qui n'est pas sans créer un certain émoi en Flandre ? « Suite à cette crise, pas mal d'acteurs wallons ont laissé tomber des tabous, des frontières intellectuelles. Cela a obligé à réfléchir, à penser un cadre plus autonome. Des acteurs wallons réfléchissent à cela. »

QUELS TABOUS SONT TOMBES ?
Les Flamands ne voient plus tous les Wallons comme des paresseux, les francophones ne voient plus tous les Flamands comme des séparatistes nationalistes. Quel que soit le scénario du futur belge, on doit travailler pour assurer le bien-être socioéconomique et financier des citoyens. Quel est le meilleur cadre institutionnel, quel est le meilleur outil, à quel endroit ? Il faut résoudre l'éparpillement des compétences en Wallonie. C'est à cela que ces acteurs travaillent.

AU POINT DE REVENDIQUER UNE IDENTITE WALLONNE ?
Certains veulent faire de l'incantation wallonne, identitaire. Mais pour moi, la réflexion qui est en cours est plus fondamentale et ne se limite pas aux socialistes wallons. Il y a des acteurs patronaux, syndicaux, des PME. qui se retrouvent sur des décisions à prendre, présentant des enjeux écologiques, comme les dossiers du tram, du stade du Standard, des voiries. Cela permet de rassembler différentes forces. La Wallonie a tellement d'atouts non utilisés : il y a donc une volonté d'hommes et femmes de les valoriser.

C'EST UN GROUPE SECRET ?
Ce sont des gens qui ont des affinités. Ce n'est pas un groupe constitué comme tel. Mais il est sain que dans différents cénacles, des personnes puissent réfléchir à des scénarios, en utilisant les ressources en place dans les partis, les universités. Ce qui a souvent miné la Wallonie ce sont les guerres de bassin, comme récemment le pitoyable marchandage sur les centres de haut niveau. Le moment est venu pour tous d'être au-dessus de la mêlée. En travaillant avec la Flandre : je me rends plus souvent au Limbourg qu'à Bruxelles pour les intérêts de ma région. Nous avons accepté dans la loi de financement la fin des transferts dans dix ans. La Wallonie doit donc prouver d'ici là qu'elle peut performer.

ET BRUXELLES DANS TOUT ÇA, ON OUBLIE ?
La Belgique, ce n'est pas que des Wallons et des Flamands. Bruxelles est très important pour le pays, pour la vie sociale et économique. Mais les Bruxellois ont eu cette mobilisation avant. Suite à l'accord institutionnel, Bruxelles a l'autonomie constitutive et est reconnu comme Région à part entière. C'est crucial pour Bruxelles mais aussi pour les Wallons.

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