Chômage et criminalité des immigrés sont deux fois plus élevés que la moyenne. Les autorités entendent mener une politique plus volontariste à l’avenir.Correspondant en Allemagne
Le chômage et la criminalité des immigrés sont deux fois plus élevés que pour les Allemands de souche. Un écolier immigré sur cinq ne sait pas bien lire l’allemand et un quart des immigrés sont menacés de pauvreté. C’est ce qui ressort du deuxième rapport sur l’intégration publié par le gouvernement Merkel.
"Nous somme sur la bonne voie, mais dans de nombreux domaines de la société, la pleine participation des immigrés n’est pas atteinte", a admis Maria Böhmer, secrétaire d’Etat CDU à l’Intégration. Selon elle, la criminalité élevée des étrangers, souvent occultée, est "une réalité que nous ne pouvons pas ignorer". Elle a plaidé pour une politique préventive incluant police, offices communaux des jeunes et tribunaux.
En 2010, le taux de criminalité de la population en général a atteint 2,6 % et celui des étrangers 5,3 %, soit le double. Parmi les jeunes adultes de 18 à 21 ans, il faut opposer un taux de criminalité général de 7,5 % à 11,8 % pour les étrangers. Concernant les actes de violence (coups et blessures, homicides), le taux atteint 2,5 % pour les étrangers et 1,1 % pour les autochtones de moins de 18 ans.
En Allemagne, près d’un habitant sur cinq - exactement 16 millions sur 82 millions - est un immigré. L’intégration commence en bas âge : l’étude déplore qu’en 2010, seulement 12 % des enfants immigrés de moins de trois ans soient allés à la crèche, contre 28 % pour les petits autochtones. La part des jeunes n’ayant pas terminé leur scolarité atteint 4,4 % pour les immigrés, près du triple du score de 1,6 % des Allemands de souche.
Par rapport à 2005, où 5,1 % des immigrés avaient abandonné l’école, l’évolution est insatisfaisante : le gouvernement avait espéré que le taux chuterait de moitié jusqu’à l’an prochain.
Beaucoup de jeunes immigrés sont des chômeurs potentiels : 21 % de ceux qui sont âgés de 18 à 25 ans sont sans formation professionnelle (10 % parmi les non-immigrés). D’un autre côté, beaucoup d’immigrés ont des diplômes universitaires; parmi ceux qui sont âgés de 25 à 35 ans, 17 % ont le diplôme, à peine moins que les autochtones (20 %).
Mme Böhmer espère que la nouvelle loi, encourageant la reconnaissance de diplômes étrangers, facilitera le sort de ces personnes. Le taux de chômage général est tombé de 12 % en 2005 à 7,7 % en 2010, celui des étrangers est passé parallèlement de 25 % à 16 %, mais la différence reste importante. Un immigré sur quatre et seulement un autochtone sur huit sont menacés de pauvreté. De ce fait, 20 % des étrangers et uniquement 8 % des Allemands sont secourus par l’assistance sociale.
Dans les villes de plus de 500000 habitants, seulement un immigré sur huit est propriétaire de son logement (contre 23 % pour les autochtones). Au lieu d’augmenter comme promis, la part d’immigrés dans les services publics a diminué d’un dixième depuis 2005; elle atteint moins de 10 %. Et dans la presse écrite, seul un journaliste sur 100 est un immigré.
COMMENTAIRE DE DIVERCITY
FAILLITE DE L’ENSEIGNEMENT ?
Il est de bon ton de pointer un doigt accusateur en direction de l’enseignement que volontiers on rend responsable de ces maux.
On n’a pas tout à fait tort, l’enseignement, en Allemagne, en Europe mais surtout en Communauté française pourrait mieux, beaucoup mieux faire. On n’a pas vraiment raison car, on le sait, la majorité des parents sont très indifférents au sort de leurs enfants. Et nombreuses sont les mosquées qui drainent des messages qui ne vont pas exactement dans le sens de l’intégration.
L’angélisme n’est pas de mise, pas plus que la diabolisation.
Que n’envisage-t-on une approche plus interculturelle de l’enseignement et de l’éducation qui accorderait une place aux langues et aux cultures d’origine des enfants et petit enfants d’immigrés. En Wallonie, comme à Bruxelles, pendant des décennies on a voulu assimiler des centaines de milliers de petits immigrés d’origine flamande. On y est relativement bien parvenu mais au prix d’une rancœur qui aujourd’hui persiste et se venge.
Ne faudrait-il pas en tirer les leçons qui s’imposent.
La majorité des enfants israélites sont parfaitement intégrés sans pour autant renoncer à leur identité culturelle. Il en va de même pour beaucoup d’Arméniens.
De plus, il existe des écoles européennes qui drainent les élites. On y enseigne dans deux, trois langues européennes et leurs cultures. Elles attirent les enfants des classes supérieures.
Que ne crée-ton pas un enseignement calqué sur ce modèle, qui enseigne une culture, une histoire, une géographie, des valeurs européennes ? Il s’agirait de s’inspirer de ce modèle pour enseigner à la place de l’italien ou de l’espagnol langues secondes, le turc ou l’arabe, le cas échéant en synergie avec les pays d’origine et financé par eux. Est-ce complètement utopique ?
Des expériences sont tentées dans ce sens avec de bons résultats.
L’enseignement franchement interculturel est de toute évidence une voie à prendre sérieusement en considération.
MG
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