samedi 28 janvier 2012

Wallonman est arrivé

Jusqu’ici, les Flamands avaient leurs BV et les francophones leur Fédération WB. C’était trop simple. D’où cette nouveauté, sortie d’une nuit d’insomnie de J.-C. Marcourt, le plan W.
Pourquoi l’idée que des BV wallons réfléchissent à l’avenir de leur région provoque-t-elle une telle tempête dans un verre de pékèt ou plutôt de faro ? Ça fait longtemps qu’ils auraient dû y penser ! De là, à mettre les Bruxellois à la porte de leur toute fraîche Fédération, voilà qui ne plaît pas vraiment dans les chaumières de la capitale.

« Si c’est comme ça, je vais devenir flamand ! », a menacé Philippe Moureaux, jamais en retard d’une réflexion politique longuement mûrie. Mais l’ancien boss socialiste bruxellois est tellement tordu que, s’il faut croire certaines rumeurs, cette annonce n’est qu’un prétexte pour changer de sexe linguistique. Atteint par la limite d’âge, il envisagerait de recommencer à zéro une carrière dans le Nord. Nul doute qu’il y sera à l’aise. Son goût du sarcasme grinçant, de préférence méchant et injuste, n’a rien à envier à celui de Bart De Wever. Et, comme tous deux sont historiens, on se réjouit déjà de les voir s’affronter au jeu à la mode à la télé flamande « De Slimste Mens Ter Wereld ».

« Qui a gagné la bataille des éperons d’or ? M. De Wever lève la main ? »

« Et la Seconde Guerre mondiale ? Tiens ? M. De Wever reste muet. M. Moureaux peut-être ? »

Depuis qu’Elio Di Rupo ne s’exprime plus que dans un néerlandais compréhensible seulement à Amsterdam, ça grenouille dans le marigot wallon. Tout le monde se bat pour devenir calife à la place du calife.

Privé de l’ombre de son président de parti qui le rendait tellement plus grand, Rudy Demotte semble avoir fondu comme neige au soleil. Les deux belles casquettes qui trônaient sur sa tête lui tombent sur le nez. Tandis que son cher camarade, J.-C. Marcourt se découvre une vocation de flambeur wallon, lui dont on ne connaissait que les qualités et la prudence de technicien de l’économie. Marcourt en réincarnation d’André Renard ? En clone de Kris Peeters namurois ? Yes ! Wallonman est arrivé !

Comme les hommes politiques n’ont rien à nous offrir, vu l’état des finances publiques, on peut s’attendre à une surenchère dans la gesticulation autour du W vu que ça ne coûte pas cher. Sauf au Scrabble où décrocher cette lettre magique est une véritable mine d’or.

Creuse, Marcourt, creuse !

PS : dans notre série « le bon plan cinoche du week-end », courez voir Miss Mouche, de Bernard Halut, une tragédie qui a les apparences d’une comédie, le film le plus inventif tourné en Fédération WB depuis La Fée !

CPOMMENTAIRE DE DIVERCITY
DU KROLL SANS LE DESSIN
Alain Berenboom se surpasse. C’est du Kroll sans le dessin, mais quelle plume, acérée comme un sabre de hussard ! C’est écrit à l’encre sympathique avec un zest d’ « arse nique ». Quant à Béatrice Delvaux, qu’on a quelquefois encensée ici, elle sort désormais carrément de son rôle en cherchant à créer l’événement ou plus exactement le non événement.

Il n’appartient pas, aux journalistes, si talentueux soient ils/elles, de mettre en scène la pièce qui se joue sous le landerneau politique. Les éditorialistes flamands ont longtemps donné dans ce travers. Béatrice feint de leur emboiter le pas. Visiblement Spitaels hier, Marcourt et Moureaux désormais sont tombés dans le panneau, royalement. En quoi tout ce cirque favorise-t-il le vivre ensemble belgo belge ? En rien, que du contraire et en cela c’est du masochisme éditorial. Pire c’est donner un début d’accomplissement à la prophétie Maddens, laquelle prévoit que ce sont les francophones eux-mêmes qui un jour déclencheront la fin de la Belgique. « La doctrine Maddens est une stratégie politique flamande développée par le politicologue Bart Maddens de la KULeuven, visant à rendre la partie opposée (les francophones de Belgique) demandeurs.»(Wikipedia)
Ajoutons que Maddens est un le maître à penser de Bart De Wever, qui n’est en quelque sorte que la voix de son maître, nous l’avons écrit ici plus d’une fois et persistons en signant : MG.

PLAN W, OUH LA LA !
Petit rappel il y a quinze jours, paraissait une chronique intitulée « Plan W », selon laquelle des hommes et femmes de milieux divers réfléchissaient à un plan pour « booster » la Wallonie, avec ou sans Bruxelles. Le Standaard la place ensuite longuement à a une de son site et voilà le feu ainsi mis au baril francophone !

Depuis quinze jours, cela n'arrête pas, tout le monde éructe, commente, s'insurge, revendique. En premier lieu Jean –Claude Marcourt, ministre de l'économie wallonne et vice présent de la Région Wallonne qui fait exploser la boutique, à répétition. Il y a quinze jours, il déclare à la Libre Belgique que la Fédération Wallonie Bruxelles (ex-Communauté française) doit être déconstruite (et reconstruite). Ce mardi dans Le Soir, il se dit favorable à la régionalisation de l'enseignement, aujourd'hui géré par la Fédération Wallonie-Bruxelles pour tous les francophones qu'ils soient bruxellois ou walllons.

Vous suivez toujours? Voici de quoi (je l'espère) vous retrouver dans ce maquis.

1. LE PLAN W ET LE GROUPE W EXISTENT. Jean Claude Marcourt reconnaissait mardi au Soir, l'existence de groupes de gens qui dialoguent informellement pour le moment « sans chambre secrète » , comprenant des patrons, des syndicalistes et hommes politiques. Ces gens deviendront un groupe officiel d'ici fin juin.

2. IL FAUT UN PLAN W. C'est la seule chose sur laquelle tout le monde est d'accord. La nouvelle loi de financement qui prévoit la dégressivité des transferts vers la Wallonie dans les dix ans, le transfert de nouvelles compétences actuel et à venir (personne ne doute d'une prochaine réforme de l'Etat) et la situation économique créent le besoin urgent d'un nouveau plan d'action wallon. Des idées circulent, des études sont réalisées dans des think tanks de partis, d'universités au sud du pays pour donner une suite aux Plan Marshall initial et au Plan Marshall « 2.vert ». Les Bruxellois eux mêmes dans la foulée, se disent depuis quinze jours qu'eux aussi doivent réfléchir à « booster » - c'est le terme du moment - leur région, qui a reçu l'autonomie constitutive, des moyens financiers supplémentaires et des compétences nouvelles.

3. BRUXELLES ! Ah ça, c'est le gros souci. Car il n'y a pas en Belgique, contrairement à ce qu’on croit souvent, au nord, des Flamands et des Wallons mais il y a des Flamands et des Francophones, et dans les Francophones, il y a des Bruxellois et des Wallons. La fédération Wallonie-Bruxelles sert en gros à organiser les liens entre les deux. Alors imaginez ce qui se produit lorsqu'un ministre wallon et francophone, membre important du PS, parle de les « déconstruire » (et puis de les reconstruire). Il a beau citer une méthode à la Derrida – célèbre psychanalyste français-, on assiste depuis lors à une belle foire d'empoigne entre les communautaristes et les régionalistes francophones, tous partis confondus. Avec cette question qui hante le monde politique depuis toujours: comment organiser l'espace francophone ? Tous sont d'accord, Marcourt compris: il est suicidaire pour la Wallonie de se couper de Bruxelles. Mais ils divergent, c'est peu de le dire, sur la manière d'être « reliés ».

4. PLAN M COMME MARCOURT ? Ca, c'est l'autre gros souci. Cette fois au sein du parti socialiste. Le top du parti s'est réuni secrètement sous la « présidence » de Di Rupo après la première sortie de Marcourt. Ils se re-réunissent (hier soir, aujourd'hui ?) après la deuxième sortie. Siffler la fin de la récréation, vérifier les ambitions de Marcourt (le bien de la Wallonie ? la présidence de la Région wallonne ?, celle de son parti ?) : il faut faire vite car ce jeudi, Thierry Giet, nouveau « président » du PS doit se faire un nom. Sinon…

5. PLAN PTB. Alors là, troisième et big souci. Alors que les gens craignent pour leurs pensions, les candidats acheteurs pour leurs emprunts hypothécaires, alors qu'une grève massive s'annonce pour lundi, les socialistes s'étripent sur la Fédération Wallonie Bruxelles ! Un boulevard dès lors notamment pour ce petit parti, le PTB (Parti des Travailleurs de Belgique), extrême gauche, et son charismatique porte parole, Raoul Hedebouw, ultra présent sur le terrain wallon, qui s'est « banalisé » pour mieux séduire et risque, de l'avis d'un important homme politique wallon, de faire des dégâts dans l'électorat PS de Liège et des alentours notamment. Attirant les votes protestataires et les petites gens. Le plan W est fondamental pour le futur de la région, mais il est urgent de prouver et de trouver les mots pour démontrer qu'il est utile aux citoyens. Et que ce n'est pas juste un machin ou un plan de carrière. Ce qui serait suicidaire.

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