mercredi 8 février 2012

Belges, comme Matthias, Lubna et Bouli

C'est quoi la Belgique ? Si vous êtes désormais à court d'arguments ou de convictions, montrez le palmarès des Magritte et cette photo qui immortalise les vainqueurs, le Wallon Bouli Lanners, les Flamands Matthias Schoenaerts et Michaël Roskam et la Marocano-Hispano-Belge Lubna Azabal. La Belgique, multiple, multiculturelle, en trois visages. Les films et les acteurs primés se fondent sur la richesse des origines et la force des mélanges. Ils indiquent qu'on peut conserver son identité, ses racines tout en étant universel. Et nous disent – voyez Incendies – que l'on perd son âme en luttant de façon jusqu'au-boutiste, pour son identité, religieuse ou culturelle.

nLes Géants sont, comme tous les films de Bouli Lanners, une ode aux paysages wallons. Y entrer, c'est comme se promener le long des nationales du sud du pays, bordées de maisons rectangulaires en brique rouge. Cet homme aime son chez-lui jusqu'à conserver les clenches de portes du dancing délabré où ses parents allaient danser le samedi soir.

Michaël Roskam, lui, aime cette terre et ces paysans flamands dont il a préservé le rude patois. Entrer dans Rundskop – Tête de bœuf, c'est comme boire une bière dans l'arrière-cuisine d'une ferme carrée du Nord.

Ces deux films enracinés donnent pourtant à voir une détresse humaine identique, de quelque côté que l'on soit d'une frontière, quelle que soit la langue qui dit le désespoir. Les hommes s'y battent contre leurs fêlures, affrontent leur destin autant qu'ils le fuient, cherchant au bout du compte à se reconstruire avec un autre qui les aimerait – famille, amoureux – et les réparerait.

Ces deux films nous parlent d'une même fracture, qui n'a rien de communautaire mais qui est la seule qui compte, car elle est urgente, sociale, intime. Universelle.

Courez voir ces films, aux acteurs, aux producteurs, aux musiciens mélangés Nord-Sud. Le monde artistique belge revendique sa nationalité, non comme un drapeau politique, mais comme le label d'un talent de classe mondiale, d'une originalité, d'une sensibilité et d'une audace. Il y a du Brueghel, du Magritte, du Arno, du Brel et tout notre brol belge dans ces films-là.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ENCORE BEATRICE !
Décidément, Béatrice nous étonne nous enchante, nous fascine. Et voilà qu’en plus, elle plaide l’interculturel. Tiens bon Béatrice on est derrière toi ! Et vous lecteurs éternellement silencieux mais toujours présents (435.000), qu’en pensez-vous ?

Mais attention, point d’euphorie, quand des centaines de jeunes Mehdi, de Hassan, de Mustapha couchent en rue sur le pavé gelé ou dans les recoins obscurs et lugubres de nos gares.
MG

DES DIZAINES D’ADOS LAISSES A LA RUE
Ce sont des jeunes étrangers arrivés seuls du Maroc, de Tunisie, d’Algérie. Fedasil ne les prend pas en charge parce qu’ils ne demandent pas l’asile.
Personne dehors pendant les nuits glaciales ? Faux ! Dimanche, Maggie De Block (Open VLD), la secrétaire d’Etat chargée de l’Asile, de l’Intégration sociale et de la Lutte contre la pauvreté affirmait pourtant que, depuis le déclenchement du plan d’urgence lié à la vague de froid, tous les gens qui avaient demandé un lit en avaient reçu un. Pas un citoyen n’aurait donc passé la nuit en rue contre sa volonté.
"Est-elle consciente de la réalité ?" , interroge Xavier Briké, coordinateur pédagogique du service d’aide en milieu ouvert SOS Jeunes-Quartier Libre à Ixelles. "Sur le terrain, la situation est tout autre. Depuis jeudi dernier, on reçoit plus de quinze jeunes par jour qui demandent un hébergement."
Des jeunes qui ont le statut particulier de mineurs étrangers non accompagnés (Mena). A Quartier Libre, on dispose de quelques places en urgence, mais on ne peut pas faire plus. "On est totalement démunis en termes de réponses , se désole M. Briké : on les nourrit tant que possible mais pour l’hébergement, on est limité par les assurances et les autres autorisations." Ces gamins de 15, 16 ou 17 ans, pour qui rien n’est prévu, retrouvent alors les trottoirs gelés, les encoignures de bâtiments, les gares Combien sont-ils ? "Il est impossible d’en connaître le nombre exact mais, à Bruxelles, ils sont sans doute plusieurs dizaines dans le cas."
Chaque année, on dénombre entre 2 500 et 3 000 jeunes étrangers âgés de moins de 18 ans qui arrivent sans leurs parents en Belgique. Si on y ajoute ceux qui ne sont pas identifiés, il doit y en avoir plus de 4 000, estime Xavier Briké. Soit tout de même 10 à 12 arrivées par jour . Tous ces jeunes ne sont pas logés à la même enseigne. "Les mineurs étrangers qui se retrouvent aujourd’hui à la rue sont principalement des jeunes qui n’ont pas demandé l’asile" , explique Charlotte Van Zeebroeck, coordinatrice du projet Menamo, qui regroupe notamment douze services d’aide en milieu ouvert (AMO).
En principe, la Belgique, signataire de la Convention internationale relative aux droits de l’enfant, est obligée d’héberger tous les mineurs âgés de moins de 18 ans, qu’ils soient ou non demandeurs d’asile. C’est écrit noir sur blanc dans la loi "asile".
Mais, dans les faits, Fedasil (l’agence fédérale en charge de l’accueil des demandeurs d’asile) ne les prend plus en charge depuis trois ans. Depuis 2008, Fedasil, dont le réseau est saturé, ne les accueille plus. Les places disponibles dans les deux centres pour Mena (à Neder-over-Hembeek et à Steenokkerzeel) sont exclusivement réservées aux jeunes qui ont introduit une demande d’asile.
Ces deux structures sont aussi débordées : 180 Mena sont actuellement logés dans 8 hôtels bruxellois, sans accompagnement approprié et sans véritable prise en charge. "Les AMO organisent une tournante de visites dans les hôtels, pour qu’ils ne croupissent pas là, livrés à eux-mêmes, pendant des mois" , précise Fatima Zaitouni, directrice de SOS Jeunes-Quartier Libre.
Pour les autres Mena, qui sont délaissés par Fedasil, le secteur associatif pare au plus pressé. "Hier, on a placé quatre jeunes à la mosquée de Molenbeek, qui accueille déjà 150 personnes. Mais c’est une solution précaire et partielle, ils doivent libérer les lieux pour 7 heures du matin et se retrouvent de nouveau dans la rue pour la journée" , poursuit Mme Zaitouni.
Et ceux pour qui on ne trouve rien ? "Allez voir à la gare du Nord. A la gare du Midi, où ils sont bien cachés. C’est là que beaucoup d’entre eux passent souvent plusieurs nuits. Certains squattent aussi des bâtiments inoccupés." Pas par tout le monde : ces enfants étrangers, au profil très particulier, ne sont pas facilement acceptés par les autres squatters, sans papiers ou sans domicile fixe.
Officiellement, les Mena dépendent du fédéral et pas du secteur de l’Aide à la jeunesse (compétence de la Communauté française). En dehors des AMO, très peu d’associations acceptent de prendre ces jeunes en charge. "Ce sont des jeunes rarement hébergés dans des structures classiques parce qu’ils ont un profil très différent du public confié par les juges de la jeunesse et qu’ils sont difficiles à prendre en charge , explique encore M me Van Zeebroeck. Arrivés en Belgique sans parents, ils n’entrent pas dans le cadre de projets de retour en famille. Ils sont vraiment laissés-pour-compte."
Dans la rue, ils se retrouvent dans une situation de grande précarité; pour se nourrir, ils n’ont souvent pas d’autre solution que de faire la manche ou de commettre des actes délictueux, complète Xavier Briké.
C’est aujourd’hui le cas de plusieurs dizaines de mineurs étrangers, principalement des garçons de 15, 16 ou 17 ans (les filles, considérées comme vulnérables, sont davantage accueillies par Fedasil). Ils sont originaires pour la plupart d’Afrique du Nord (Maroc, Tunisie, Algérie), avec déjà un long parcours d’errance. Et souvent de gros problèmes de santé mentale. Pour oublier leur sort, ces enfants absorbent médicaments, solvants, alcool et autres drogues mêlés. "Certains sont tellement perdus qu’ils en arrivent à s’automutiler pour matérialiser leur souffrance , témoigne Fatima Zaitouni. Plusieurs sont venus se taillader les veines, ici, dans nos locaux. (La Libre)

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