mercredi 29 février 2012

L'Allemagne va former des imams dans ses universités

Favoriser un islam "made in Germany" plutôt qu'importé de l'étranger.
L'Allemagne, où l'islam est devenu la troisième religion, va pour la première fois former cette année des imams dans ses universités, notamment à Osnabrück où des prédicateurs suivent déjà une formation continue.

Dès la prochaine rentrée dans cette université du nord-ouest de l'Allemagne, un master en cinq ans permettra à 25 jeunes musulmans de devenir imams dans une mosquée, professeur de religion ou chercheur en théologie islamiques. Une première dans un pays qui compte plus de 4 millions de musulmans, dont 45% ont la nationalité allemande, et où l'intégration des immigrés, en majorité turque, demeure difficile.

La chancelière Angela Merkel veut ainsi favoriser un islam "made in Germany" plutôt qu'importé de l'étranger. "Ma génération a grandi ici, l'Allemagne c'est notre patrie", explique le responsable de ce nouveau cycle d'études, Bülent Ucar, un Allemand musulman d'origine turque de 35 ans. "Si notre religion n'appartient pas à ce pays cela signifie que nous sommes aussi des étrangers". "Mais dans 95% des mosquées en Allemagne, les prêches sont encore en turc, en bosniaque ou en arabe", explique le professeur.

Quelque 8.000 imams officiant de Hambourg à Munich sont des fonctionnaires de l'Etat turc envoyés dans les 896 mosquées ou communautés gérées par l'organisation Ditib, directement dépendante du ministère turc du Culte. La plupart parlent à peine allemand et ne restent que quelques années en Allemagne. Dans le cycle d'études théologiques dispensé à Osnabrück, toutes les matières, de la philosophie à l'histoire de l'islam en passant par les arts, seront enseignées en allemand.

Des cours spécifiques "liés aux problématiques européennes", selon M. Ucar, sur l'immigration, le christianisme ou le judaïsme, seront en outre dispensés. Et à l'issue de leur formation théorique, les étudiants feront "comme pour les études de théologie catholique ou protestante" un stage pratique dans une mosquée, détaille Bülent Ucar.

A Osnabrück, les imams ou les travailleurs sociaux employés dans des communautés musulmanes peuvent déjà suivre une formation continue. "Depuis le mois d'août dernier, nous nous retrouvons une fois par mois pour deux journées de séminaire", explique Ibrahim Petek, iman depuis huit ans d'une mosquée de Bielefeld (ouest). Au programme "l'étude du système scolaire, le droit, la Constitution ou les questions de société", poursuit-il, afin d'améliorer les connaissances du pays. "Un imam est avant tout un transmetteur de la foi mais il est aussi un enseignant et accompagne ses fidèles dans des situations difficiles personnelles ou familiales", résume Bülent Ucar.

Durant un cours, l'enseignant autrichien, Moussal Al-Hassan Diaw, explique à une trentaine d'adultes les différences entre les modèles d'assimilation des étrangers de la France et du Royaume-Uni "où vous pouvez voir un policier en uniforme porter le turban sikh".

La classe comprend 90% d'hommes. Mais une dizaine de femmes --toutes voilées-- se sont inscrites à la formation. "Mon objectif, c'est d'obtenir une qualification professionnelle pour le travail social que je fais dans ma mosquée depuis dix ans", souligne l'une d'elles, Rua Khwairah. Micros éteints, on ne cache pas que certains musulmans conservateurs se montrent très méfiants à l'égard de ces formations. "Ce qui est important", rétorque M. Ucar, "c'est de montrer via ces études que l'islam et la démocratie, l'islam et la liberté ne sont pas contradictoires".

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"MONTRER VIA CES ETUDES QUE L'ISLAM ET LA DEMOCRATIE, L'ISLAM ET LA LIBERTE NE SONT PAS CONTRADICTOIRES"
En bonne logique cartésienne, il n’y a pas d’autre chemin. Mais qui seront les professeurs. Comment auront-ils été formés ? Quels seront les critères de sélection ? Seront-ils en nombre suffisant pour satisfaire l’immense demande ? Quelle sera leur légitimité ?

« Islam, démocratie, et liberté sont-ils contradictoires ?"

C’est la question essentielle. La réponse est oui quand on s’entretient avec des intellectuels musulmans à l’esprit ouvert. La réponse est non quand on est confronté à des esprits simples pour qui tout ce qui n’est pas hallal émane du malin. Et qui leur a mis cela dans le crâne ? Précisément des imams d’importation.

La question de la formation des imams est donc tout à fait fondamentale pour l’avenir du vivre ensemble et de notre démocratie.

Mais l’énergie, l’intelligence et la créativité de nos politiques est mobilisée par d’autres dilemmes qui pourrissent le vivre ensemble. Un exemple ? faut-il à Krainem et Linkebek envoyer les convocations électorales en français ou en néerlandais ?

Les dirigeants de Constantinople discutaient du sexe des anges tandis que les assiégeants campaient sous les murs de la ville qui tomberait bientôt.

Voilà pourquoi, « il est tellement nécessaire de créer des lieux où musulmans, personnes issues des diverses immigrations et Belges plus ou moins « de souche » et de toutes convictions philosophiques puissent élaborer ensemble leur cadre de vie commun, bien arrimés à la boussole de l’égalité des droits » (tayush)
MG

ISLAM ET LAÏCITE : UN BINOME COMPATIBLE ?
Un débat positif autour de l’islam et la laïcité doit être possible à l’ULB… Il aura lieu vendredi prochain à l’initiative de l’association Tayush.
Lorsqu’en Belgique francophone, on débat de la diversité religieuse et de la laïcité de l’Etat, plus précisément à propos de l’islam, il y a souvent un fort fumet "bleu blanc rouge", constate l’association Tayush. Il faut pourtant faire la part des choses car nos deux sociétés ne sont pas interchangeables. Puis la "laïcité à la française" est souvent portée au pinacle comme s’il n’y avait pas ailleurs en Europe, des expériences méritant d’être examinées.

En ces temps où le libre-examen est mis à mal jusqu’en son sanctuaire de l’ULB, il est intéressant d’entendre des voix atypiques. En France, l’une d’elles est Cécile Laborde qui, avec Jean Baubérot et quelques autres, a pris quelque distance avec la conception dominante du modèle républicain. Ce professeur de théorie politique à l’University College of London, auteur de "Critical republicanism : the Hijab Controversy and Political Philosophy" et de "Français, encore un effort pour être républicains" sera précisément à l’ULB, ce 2 mars, pour se demander si le modèle français d’intégration est exportable.

Cette politologue nullement adepte du multiculturalisme anglo-saxon a élaboré une théorie du "républicanisme critique" qui revisite la tradition républicaine. Elle se demandera, interpellée par le sociologue Marc Jacquemain et la politologue Fatima Zibouh (ULg), si cette tradition est exportable dans la société belge, marquée comme nulle autre par le compromis philosophique et le poids des réseaux dans le service public.

L’initiative s’inscrit dans les objectifs de l’association Tayush, de l’arabe classique "Ta’ayush" qui signifie "coexistence" ou "vivre ensemble" (c’est aussi le nom d’un mouvement pacifiste judéo-arabe en Israël-Palestine). Il s’agit d’un "groupe de réflexion pour un pluralisme actif" né en octobre 2010 de l’initiative d’un groupe de femmes et d’hommes vivant en Belgique et issus de l’immigration ou de la "société d’accueil". "Tout est parti d’une réflexion sur le malaise identitaire des sociétés européennes, expliquent ses responsables. L’ouverture à la mondialisation des échanges et aux migrations a définitivement brisé un ‘entre-soi’ confortable. Nos sociétés multiculturelles ont du mal à intégrer ce phénomène. Il y a la précarité persistante des populations issues de l’immigration maghrébine, turque et subsaharienne mais aussi une attitude crispée autour de caractéristiques culturelles de la société d’accueil. Et celle-ci se cristallise en hostilité face au développement d’un islam visible auprès de populations immigrées qui aspirent légitimement à l’égalité en droit et en dignité. Puis, les personnes d’origine immigrée restent largement confrontées à la discrimination, en particulier dans l’emploi, ce qui peut nourrir en retour des tendances au repli communautaire."

C’est contre ces replis que se mobilise Tayush, qui "porte le projet d’une société inclusive pratiquant le pluralisme actif, qui reconnaît l’apport des différences culturelles, accepte et valorise leur inscription dans l’espace public et travaille à leur intégration réciproque". Mais "pareil projet, qui vise égalité sociale et l’accès à la citoyenneté, ne va pas de soi. Il faut dès lors une stricte égalité des droits, civils et politiques mais aussi sociaux, économiques et culturels". Des droits qui doivent pouvoir être exercés sans la moindre pression.

Tayush est aussi pour une stricte égalité entre les femmes et les hommes. "Elle n’est acquise ni ici ni ailleurs mais les femmes doivent pouvoir déterminer librement leur émancipation." Autre pierre angulaire du groupe : "C’est la laïcité politique et la neutralité qui vise à garantir la séparation des Eglises et de l’Etat et les libertés fondamentales de personnes et de groupes de personnes partageant des conceptions philosophiques ou religieuses différentes. La laïcité politique doit constituer un cadre commun de protection, de régulation et d’arbitrage entre toutes les convictions compatibles avec les droits humains." Si on n’adhère pas à ces principes, on ne peut rejoindre Tayush qui se présente toutefois "d’abord comme un think-tank, un lieu de réflexion collective et d’échange qui nourrit ses participants. Et qui ambitionne de peser sur les débats de société en s’affirmant publiquement aussi souvent que nécessaire."

La vie de Tayush est rythmée par des rencontres mensuelles qui "ont pour objet d’approfondir, avec l’aide d’experts, de scientifiques, de personnalités politiques ou de militants, les questions liées à son objet". Ces derniers mois, le groupe a ainsi dialogué avec Sarah Demart (émeutes à Matongé), Sophie Heine ("Se voiler ou se dévoiler") ou encore Felice Dassetto ("L’Iris et le croissant"). Et Tayush a pris position sur les Assises de l’interculturalité, sur le licenciement d’une employée portant le foulard chez Hema et sur des discriminations sur bases religieuses dans l’enseignement supérieur. Christian Laporte , la Libre
(Rens. : www.wix.com/tayush.)

TAYUSH : UN CONTRE-FEU NECESSAIRE.
Sur le front de l’interculturalité, la société hésite. La moindre initiative, comme par exemple les Assises, qui ne serait pas conforme à la nouvelle vulgate républicaine-française se fait immédiatement mitrailler au bazooka. Manifestement, le vent ne souffle pas dans le sens de l’ouverture. Une nouvelle extrême droite cherche à en profiter pour retrouver de la légitimité, tandis que d’incontestables démocrates n’hésitent pas à pêcher dans cette eau trouble en s’alimentant aux pires clichés. Les temps sont durs pour les musulmans européens qui sont aujourd’hui en première ligne dans le collimateur de la nouvelle parano. La plupart font le gros dos en attendant que ça passe. Mais ça ne passera pas forcément. Voilà pourquoi il est tellement nécessaire de créer des lieux où musulmans, personnes issues des diverses immigrations et Belges plus ou moins « de souche » et de toutes convictions philosophiques puissent élaborer ensemble leur cadre de vie commun, bien arrimés à la boussole de l’égalité des droits. Tayush peut être utile dans ce sens.
Pour tout contact : groupe.tayush@gmail.com

Aucun commentaire: