mardi 21 février 2012

Les bébés bilingues: ni petits génies ni vraiment en retard pour parler

Les idées répandues sur les difficultés et les capacités des enfants
bilingues sont souvent fausses selon des chercheurs canadiens.
Des idées répandues sur les difficultés et les capacités des enfants
bilingues sont souvent fausses, ont affirmé plusieurs chercheurs,
plaidant pour une nouvelle approche de ces problèmes lors d'une
conférence scientifique tenue ce week-end à Vancouver, dans l'ouest du
Canada.
Les enfants de familles dans lesquelles on utilise deux langues
commencent parfois à parler plus tard que ceux qui n'en entendent
qu'une, et leurs parents inquiets s'interrogent sur les causes de ce
retard.
On considère souvent que de tels enfants sont désorientés et par
conséquent tardent à parler. Ou les parents s'entendent dire que tout
retard apparent n'est qu'illusion parce que les enfants sont de petits
génies qui peuvent apprendre facilement et rapidement n'importe quelle
langue.
"Les deux assertions sont fausses", a dit la psychologue américaine
Erika Hoff devant la conférence annuelle de l'Association américaine
pour l'avancement de la science.
"Il n'est pas vrai qu'entendre deux langues conduit à la confusion
chez l'enfant et réduit sa capacité d'apprendre. Mais il n'est pas
vrai non plus que les enfants peuvent apprendre comme par magie deux
langues aussi vite qu'une seule", a-t-elle ajouté.
Pour le comprendre, les psychologues doivent adopter une approche
différente dans leur recherches et mesurer simultanément le niveau des
deux langues chez l'enfant au lieu d'une seule.
Ils arrivent alors le plus souvent à la conclusion que l'addition des
deux tests aboutit au même résultat qu'un test chez un enfant
monolingue.
"Les enfants exposés aux deux langues (...) entendent moins de chacune
d'entre elles que ceux qui n'en entendent qu'une, donc cela leur prend
plus de temps pour arriver au même niveau d'expérience dans chacune
d'entre elles", a indiqué Mme Hoff dont les recherches ont porté sur
des familles anglo-espagnoles ayant un niveau d'éducation élevé, dans
le sud de la Floride.
Deux types de tests existent depuis des décennies: le LDS (Language
Development Survey) et le Bilan de développement de la communication
de MacArthur Bates. Ils consistent à interroger les parents sur les
mots que leurs enfants connaissent et le nombre de leurs combinaisons
qu'ils utilisent à l'âge d'environ deux ans.
Leslie Rescorla, professeur de psychologie au collège Bryn Mawr en
Pennsylvanie, qui avait créé le LDS dans les années 80, a confirmé que
ces tests, existant en plusieurs langues, permettent d'identifier les
locuteurs tardifs à l'âge de 24 à 30 mois.
Pour ce test, les parents reçoivent une liste de 310 mots et doivent
indiquer ceux que leur enfant prononce déjà. Un enfant moyen en
utilise 150, tandis que les locuteurs tardifs en emploient entre 25 et
50.
L'identification d'un enfant comme locuteur tardif est importante car
elle peut révéler des problèmes d'autisme, d'ouïe ou de développement
mental, a souligné Nan Bernstein Ratner, professeur à l'Université du
Maryland.
Cependant, si des recherches ont révélé que jusqu'à 20% des enfants
sont des locuteurs tardifs, beaucoup d'entre eux rattrapent les autres
à l'âge de cinq ans, a précisé M. Ratner.
"En gros, quatre sur cinq s'en sortiront." Mais "il vaut mieux les
identifier à deux ans et les suivre plutôt qu'attendre de voir"
comment ils évoluent, a dit l'universitaire.
Quant aux bébés bilingues, Mme Hoff suggère aux parents d'utiliser des
tests dans leurs deux langues plutôt que de s'inquiéter de retards
dans l'une d'entre elles.
"Vous verrez que les enfants bilingues ressemblent parfaitement aux
enfants monolingues. Ils acquièrent leurs connaissances linguistiques
exactement au même rythme", assure-t-elle.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA BOSSE DES LANGUES
Il serait temps que l’on se rende compte que les enfants d’origine
immigrée qui parlent à la maison une autre langue que celle qui est
parlée par leur enseignant(e) ne sont pas forcément des handicapés
mentaux. Que du contraire ! Ce sont des bilingues, voire multilingues
en puissance.
Les profs de langues sont, pour la plupart d’entre eux, issus de
milieux bilingues. Ils ont la bosse des langues parce qu’ils ont été
exposés à une autre langue que celle de leur mère (langue maternelle)
avant l’âge de dix-douze ans. Ce texte nous apprend une chose
fondamentale : qui est confronté au défi d’apprendre deux langues a
deux fois plus de « travail » que qui doit s’acquitter d’une seule.
Apprendre deux langues prend du temps mais se révèle un atout à long
terme.
Nous le disons et le répétons : il est primordial de valoriser
davantage la langue maternelle et la culture des enfants issus de
l’immigration.
MG

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Le 'bilinguisme anarchique' est préoccupant. Il mème au 'code switching' (passage d'une langue à/dans l'autre et mélanges fréquents de deux systèmes en un) et à une maîtise très partielle des deux systèmes différents.

le bilinguisme se prépare de façon systématique. Il ne pas être le seul fruit de l'exposition à deux ou trois ... langues. L'enfant doit avoir un input de qualité dans les deux systèmes avec des points de repère précis - papa parle avec moi le français et maman, l'arabe, par exemple. Toujours. Et rien d'autre. Ainsi, l'enfant construit ACTIVEMENT deux systèmes distincts.

C'est cela la situation que vivent mes deux enfants. Quelle ne fut pas ma surprise quand mon petit garçon m'a dit un jour : tu parles aussi l'arabe - la langue qu'utilise toujours sa maman avec lui. Il a cru que la seule langue que je parlais était le français. C'est la méthode que j'ai trouvée la plus simple et la plus aisée à appliquer pour mener à un équilibre linguistique chez mes enfants.

Et la lecture, tout le temps, partout, ... Et ils en redemandent: matin, midi et SURTOUT le soir: trois, quatre, cinq histoires ... Et les mots sont compris, mis en réseaux (synonymie, antonymie, expressions idiomatiques, ...). MERCI L'ECOLE DES LOISIRS! et des plaisirs, et pas que pour les enfants!!!!!!

De fait, ils prennent plus de temps pour commencer à parler. Mais quand la parole est là, elle est facile dans deux langues et raisonnablement sophistiquée dans la langue que l'on pousse le plus.

L'enfant baigne dans plusieurs visions du monde à un âge de grande flexibilité et de facilité d'apprentissage. La tolérance, la diversité, le cosmopolitisme ne se donnent pas, ils se conquièrent. C'est une attitude active, dynamique, construite, raisonnée, volontariste, ...

L'Autre n'est accesible en tant qu'Autre que parce que on peut entrer dan son monde par les portes et les fenêtres laissées ouvertes et à portée de coeur de ceux qui en mettent pour y entrer, avec douceur, respect et fraternité. Et la plus belle porte d'entrée des/dans les cultures est, pour moi, la langue.

Ahmed A.