mercredi 7 mars 2012

«La crise désintègre l'Europe»

Par William Bourton

POUR PAUL DE GRAUWE, en cette période de crise, la construction inachevée de l'Union laisse un « boulevard » à la riche Allemagne. Il faut donc aller de l'avant dans l'intégration.

«VA-T-ON VERS UNE EUROPE ALLEMANDE ?»…
BERLIN A-T-ELLE VRAIMENT MIS L'UNION EN COUPEE REGLEE ?
Il est clair que l'Allemagne est en train d'imposer une certaine vision de ce que doit être une Union monétaire. Étant donné que l'Allemagne est le créditeur, le pays qui aide à financer le système, elle a une position de force, qu'elle exploite – comme un banquier a une position de force par rapport au débiteur. Mais à plus long terme, c'est une position insoutenable. D'abord parce que les autres pays ne continueront pas à l'accepter. Et deuxièmement, parce que ce modèle d'Union monétaire ne peut tout simplement pas fonctionner sur le long terme. Il faut bien entendu une certaine discipline monétaire, c'est indéniable, mais il faut également un système de solidarité financière, une union budgétaire et toute une série d'autres conditions dont les Allemands ne veulent pas.

CETTE SITUATION EST-ELLE VRAIMENT NEUVE ? DU TEMPS DE LA RFA, IL Y AVAIT «L'AXE PARIS-BONN» (KOHL-MITTERRAND), QUI SURPLOMBAIT LES AUTRES…
Au moment où on a instauré l'Union monétaire, la Zone euro, il existait quand même un certain équilibre politique entre l'Allemagne et la France. Il y avait aussi de très fortes convergences dans les objectifs. Bien sûr, les motivations étaient différentes. Helmut Kohl voulait aller de l'avant en raison de son expérience de la Deuxième Guerre mondiale : il voulait attacher l'Allemagne au reste de l'Europe. Tandis que pour François Mitterrand, l'Union monétaire était une façon de réduire le pouvoir de l'Allemagne – car durant les années 80, c'est la Bundesbank qui dictait les conditions monétaires en Europe à tous ceux qui étaient liés par le Système monétaire européen.

DONC L'ALLEMAGNE FAISAIT DEJA LA PLUIE ET LE BEAU TEMPS !
Ça, c'est vrai. Mais Mitterrand a réussi à diminuer ce pouvoir monétaire de l'Allemagne.

ET AUJOURD'HUI, EXISTE-T-IL UN TEL « CONTRE-POUVOIR » ?
Comme je l'ai dit, le financement du système vient en grande partie de l'Allemagne. Et peut protester tant qu'on veut, mais c'est celui qui a l'argent qui a le pouvoir !

Le jour où les déséquilibres qui existent aujourd'hui seront plus ou moins éliminés, naturellement, la position de force de l'Allemagne diminuera. Et ce jour viendra. En plus, la force de l'Allemagne provient aussi du fait que son économie a très bien résisté à la crise. Sa stratégie a été basée sur une politique de discipline salariale – et les autres pays sont obligés de faire la même chose. Mais quand les pays du sud auront diminué leurs salaires, la compétitivité allemande diminuera – sauf si on continue dans ce cercle vicieux consistant à réduire les salaires à tout bout de champ, mais à un certain moment, on se rendra compte que ça n'a pas de sens. Donc, la position de force de l'Allemagne diminuera. Il y a un élément cyclique dans tout cela. Il ne faut pas oublier qu'il y a moins de dix ans, l'Allemagne était en fait le pays malade de l'Europe : c'était le pays où la croissance était très faible et où le chômage avait augmenté très fortement.

ET SI LES SOCIAUX-DEMOCRATES DEVIENNENT MAJORITAIRES AU BUNDESTAG APRES LES PROCHAINES LEGISLATIVES ?
Je suis assez marxiste pour croire dans ce cas-ci, la politique suit l'économie. Tant que l'Allemagne maintiendra sa position de force, les politiques ne changeront pas beaucoup.

LE COUPLE SARKOZY-MERKEL A TOTALEMENT MIS SOUS L'ETEIGNOIR LE COUPLE BAROSO-VAN ROMPUY…
Oui. Parce que la construction européenne n'est pas achevée. La gestion de la crise est par nécessité organisée par les États, parce que c'est là que le pouvoir économique et financier est toujours investi. Par exemple, quand une banque fait faillite, ce ne sont pas les instances européennes qui peuvent intervenir, ce n'est pas la Commission, elle n'a pas les moyens le faire : c'est toujours l'État national. Toute cette construction européenne se désintègre pendant la crise, puisqu'il n'y a pas de pouvoir budgétaire au niveau européen. La seule instance européenne qui a pris une certaine importance, c'est la Banque centrale européenne, car elle a le pouvoir de créer des liquidités et donc d'éviter le pire dans le système bancaire. Il faut donc aller de l'avant dans l'intégration européenne. (Le Soir)

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LES FOURMIS FLANDRIA ET GERMANIA
L’Allemagne est à la Grèce ce que la Flandre est à la Wallonie.

Cela fait des mois que nous le répétons. Flandria et Wallonia se conduisent en suzeraines de Belgica et Europa qu’elles regardent comme des marchés, des vassales à mettre au pas.

Les fourmis ne sont guère prêteuses et encore moins partageuses !

Et c’est le Flamand De Groeve qui le dit !

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