lundi 19 mars 2012

Prison à vie pour un "crime d'honneur"


AFP

Un Jordanien de 26 ans a été condamné dimanche à la prison à vie pour avoir tué sa soeur que son mari avait accusée d'adultère, selon une source judiciaire.

"Le tribunal correctionnel a condamné initialement l'homme à la peine capitale pour avoir poignardé à mort sa soeur de 28 ans, mais la peine a été immédiatement commuée en prison à vie, la famille ayant réclamé la clémence", a déclaré un responsable du tribunal à l'AFP.

"Le frère du condamné, âgé de 17 ans, avait participé au crime, mais il n'a pas été jugé car il souffre de troubles du comportement", a précisé cette source. Le responsable a expliqué que le meurtre avait eu lieu en 2010 à Sahab, au sud d'Amman.

"En 2008, le mari de la victime a déposé une plainte contre son épouse, l'accusant

d'adultère. Cela a provoqué la colère de sa famille, qui a menacé de la tuer," a-t-il dit.

"En juillet 2010, l'homme a renvoyé son épouse dans sa famille après une dispute. Son frère l'a immédiatement tuée", a-t-il ajouté.

Les meurtriers dans ce genre d'affaires risquent la peine de mort en Jordanie, mais les tribunaux font souvent preuve de clémence.

En Jordanie, 15 à 20 femmes sont assassinées chaque année sous le motif du crime dit d'honneur.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE GRAND ÉCART

Avez-vous vu « die Fremde » au cinéma, ou en DVD ? « Die Fremde », « l’étrangère » raconte le drame d’une jeune femme d’origine turque née en Allemagne où elle se sent chez elle mais qui se désintègre depuis qu’elle a quitté Istanbul où elle vivait mariée, plus de force que de gré à un stambouliote traditionaliste et brutal. Elle a pris la fuite pour aller rejoindre, avec son jeune fils, sa famille berlinoise qui les repoussera rudement. On imagine le drame, la blessure

d’honneur, le crime qui en résultera…Umay, c’est son nom fait littéralement le grand écart entre sa culture familiale traditionnelle et la culture du pays d’accueil. Elle parle parfaitement l’allemand, entend faire des études, travaille pour ça et est libre dans sa tête, dans son corps comme dans son vêtement. Ceux qui ont vu le film en connaissent la fin. Chacun dans ce scénario est profondément enfermé dans son identité. Umay comprend, mais à quel prix que seules les identités plurielles sont la solution à ce problème insoluble.

Burka blabla ? Non, c’est beaucoup plus complexe que cela.

Ni le communautarisme, ni l’assimilation pure et simple ne sauraient être regardés comme solution. La dynamique interculturelle qui respecte l’être de l’autre et exige de lui le respect de ma personne et de mes convictions est la seule issue. Le reste n’est qu’intégrisme qu’il soit islamiste, traditionnaliste ou nationaliste populiste.

Il s’agit de réorganiser les espaces publics : écoles, maisons communales, maisons des cultures, en des espaces de coexistence pacifique ou organiser comme à la fin de la guerre froide un climat de détente, d’entente et de coopération, en évitant le recours à la violence comme moyen de résoudre les différents.

MG

DIE FREMDE

Avec L’étrangère, l’actrice autrichienne Feo Aladag passe pour la première fois derrière la caméra. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle a un véritable don pour diriger les acteurs de cette fable cruelle sur le crime d’honneur. Prenant pour substrat d’étude, l’immigration turque en Allemagne, elle dépeint avec sensibilité la destinée brisée d’Umay (Sibel Kekilli), une jeune femme battue par son mari qui pense trouver refuge dans sa famille et fuit Istanbul en compagnie de son fils avant de regagner Berlin. Malheureusement pour elle, les membres de sa famille, son père et son frère aîné en tête, sont prisonniers des coutumes de leur communauté. Une femme mariée appartient à son mari et comme le dit timidement le père d’Umay, la main qui frappe est aussi celle qui apaise. Si elle veut rester fidèle à ses convictions et rester en vie, Umay sera donc contrainte de fuir à nouveau pour ne pas jeter davantage le voile de la honte sur sa famille.

Bien qu’elle s’en défende quelque peu, la réalisatrice Feo Aladag, également scénariste et productrice du film, pointe tout de même sa caméra sur les difficultés d’une communauté et de l'existence de ses coutumes dans un pays qui s’en est émancipé. Elle évoque la tolérance universelle, mais c’est surtout de choc des cultures qu’il s’agit. Ne serait-ce que parce que le film a choisi pour héroïne la bouleversante Sibel Kekilli, mais pas uniquement, L’étrangère rappelle évidemment l’incroyable Head-on (Gegen die Wand) de Fatih Akin qui pointait déjà et sans retenue le désir d’émancipation d’une jeune femme turque allemande. L’actrice Sibel Kekilli qui portait le film à bout de bras avec l’acteur Birol Unel, avait transcendé le propos initial pour le transformer en une ode à la liberté. On se souvient encore de cette scène

ahurissante où elle est laissée pour morte dans une ruelle, défigurée, un couteau planté dans le ventre après avoir provoqué des hommes par un crachat nourri d’insultes. C’est cette même actrice fabuleuse (certainement une des plus grandes actrices contemporaines) qui élève le film de Feo Aladag vers des sommets d’émotions. Son énergie suicidaire est ici muée en silencieux souffle de survie. On la suit inlassablement quémander une aide qu’on ne cesse de lui refuser, toujours accompagnée de son ange de fils, petite figurine au visage triste ballottée comme monnaie d'échange entre les mains égoïstes des hommes. Lui, la vraie victime de la sclérose des valeurs, ces piliers archaïques qu’on invoque pour refuser la remise en question.

Certes, on pourra toujours reprocher au film sa redondance, justifiée par la réalisatrice par son souci de montrer qu’il existait des échappatoires au drame ; on pourra également estimer l’amourette de Sibel avec un jeune cuistot allemand un peu inutile et certaines astuces de narration un peu naïves… tous ces bémols voleront cependant en éclats dans un magnifique final où l’émotion nous saisira la gorge, nouée sous la violence d’un drame dont on aura du mal à se relever.

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