mardi 13 mars 2012

Un mort dans une mosquée anderlechtoise : attentat anti-chiite ?

Un drame pour la communauté chiite : l'imam, Abd Allah, qui devait officier pour la prière, a perdu la vie dans l'incendie criminel qui a ravagé sa mosquée, sise rue du Docteur De Meersman. Plus d'une centaine de fidèles se sont immédiatement rassemblés dans le calme autour du périmètre de sécurité. Leur émotion était plus que palpable : les pleurs ont rythmé les prières. Il faut dire que l'imam était très apprécié dans la communauté.

Le forcené de confession musulmane
Un Nord-Africain se disant de confession musulmane, jusqu'à ce que les secours arrivent, confirme Jean-Marc Meilleur, porte-parole du parquet de Bruxelles.

Couteau, hache et essence
Le forcené de 34 ans est rentré avec un sac à dos et a ensuite sorti un couteau et une hache pour briser des vitres, précise le porte-parole du parquet, avant d'asperger, probablement avec de l'essence, l'intérieur de la mosquée et d'y mettre feu.

Quelques personnes étaient dans la mosquée
Fort heureusement, moins d'une dizaine de fidèles se trouvaient à l'intérieur de la mosquée, la prière ne devant commencer qu'à 19 heures. Ils ont tous pu s'enfuir à temps, sauf l'imam de la mosquée qui a perdu la vie « en tentant d'éteindre le feu avec l'eau bénite pour pas qu'il ne se propage », selon des fidèles présents au moment des faits. Et ces derniers d'ajouter : « L'homme a dit que nous étions l'hérésie du monde islamique avant de mettre feu au tapis de la mosquée. » Il laisse une femme et quatre enfants derrière lui.

L'imam est mort asphyxié
Selon le médecin légiste descendu sur place, l'imam est décédé asphyxié par les fumées, précise Jean-Marc Meilleur. Pour un cousin du défunt, Abdel Salam Laghmi, qui appelle au calme : « C'est Bruxelles et son importante communauté musulmane qu'on a essayé de faire imploser, mais l'on ne se servira pas de la communauté chiite pour y arriver, ça ne marchera pas, nous sommes et avons toujours été pacifiques. »

La vice-présidente de l'Exécutif des musulmans de Belgique, Isabelle Praile, qui est elle-même chiite, se déclare « consternée » par le drame. « Je ne peux que déplorer la propagande anti-chiite que véhiculent en Belgique certains Etats, comme le Bahreïn. Manifestement, cela a poussé quelques extrémistes à commettre l'irréparable. J'appelle la communauté chiite de Belgique au calme : il ne faut pas tomber dans le piège de cette provocation. »

"Le centre islamique Rida, qui est la plus importante mosquée chiite de Bruxelles, avait déjà dû être placée sous la protection de la police, voici quelques années" à la suite de menaces des salafistes, a dit Isabelle Praile.
Un responsable chiite, Azzedine Laghmich, travaillant dans la mosquée, a aussi affirmé que les slogans criés par l'agresseur ayant mis le feu à la mosquée pointaient en direction du mouvement salafiste anti-chiite. "C'est un salafiste, tous les témoignages des gens présents le montrent", a-t-il dit à l'AFP.
Selon lui, l'homme est entré dans l'édifice et y a mis le feu avec de l'essence avant d'essayer d'en sortir en criant des slogans salafistes liés au conflit en Syrie. Mais il a été bloqué par des passants et fidèles qui l'ont enfermé à l'intérieur de la mosquée qui prenait feu, avant qu'il ne soit arrêté par la police.
"L'imam décédé a lui essayé d'éteindre le feu dans un premier temps avec un autre responsable de la mosquée, une personne âgée, mais il n'y est pas parvenu. Tous deux ont ensuite essayé de sortir par l'étage mais seulement l'un d'entre eux a pu y parvenir", a souligné ce responsable.

ÉDITO: LE CHOC
L’annonce d’un attentat hier soir à la mosquée d’Anderlecht et qui a couté la vie au cheik - vu l’affluence dans les lieux à l’heure des faits, le bilan aurait pu être beaucoup plus lourd - a provoqué un sentiment de grande stupeur et une vague d’indignation. Un suspect ayant été interpellé peu après les faits, l’enquête policière et judiciaire tentera dans les prochains jours de comprendre l’inexplicable, les motivations de ce geste fou et de cette violence aveugle. Certains évoquaient déjà hier soir l’oeuvre d’une mouvance salafiste qui avait déjà, par le passé, proféré des menaces à l’encontre de cette mosquée chiite. En attendant d’y voir plus clair, la condamnation la plus ferme de tels actes lâches et odieux est évidemment de mise. Notre pays - qui jusqu’à présent avait été relativement épargné par de tels actes de violence dans un monde où les tensions au sein du monde musulman sont de plus en plus vives et les effets de l’intégrisme de plus en plus dévastateurs - se retrouve sous le choc. Cette attaque, cet attentat - dans sa charge symbolique - résonne comme un défi adressé à notre société dans son ensemble. Une société qui doit envoyer un signal très clair à ces messagers de l’intolérance: ils trouveront en face d’eux un Etat de droit qui fera respecter la loi et la capacité de chacun à vivre sa foi. En toute liberté. Édito de Vincent Slits (La Libre)

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CONFUSION MUSULMANE ?
« La cible est une mosquée chiite. Comme par hasard le terrorisme islamique est quasi toujours sunnite. » commente un lecteur. « L'homme est entré dans l'édifice et y a mis le feu avec de l'essence avant d'essayer d'en sortir en criant des slogans salafistes liés au conflit en Syrie »

«Les tensions au sein du monde musulman sont de plus en plus vives et les effets de l’intégrisme de plus en plus dévastateurs.»

Le vrai problème est effectivement celui du progrès de l’intégrisme qui partout gagne des adeptes. « Cette attaque, cet attentat - dans sa charge symbolique - résonne comme un défi adressé à notre société dans son ensemble. Une société qui doit envoyer un signal très clair à ces messagers de l’intolérance: ils trouveront en face d’eux un Etat de droit qui fera respecter la loi et la capacité de chacun à vivre sa foi. En toute liberté. »

“The extremists are afraid that if Dutch society becomes a safe haven for an intellectual discussion of political Islam, it will be very dangerous for them" Afshin Ellian (born 27 February 1966 in Tehran, Iran is a Dutch professor of law, philosopher, poet, and critic of Islam.)

Et voici que, amplifié par la caisse de résonnance des medias, le salafisme, après avoir fait une entrée fracassante au parlement égyptien se fait connaître médiatiquement à Anderlecht c'est-à-dire au cœur de la capitale européenne. Une enquête du Morgen de ce week-end inaccessible sur la toile révèle que le salafisme est plus présent à Bruxelles qu’on ne se l’imaginerait. C’est que les métastases du « printemps de sang », avatar du printemps arabe commencent à contaminer l’Europe. Le rêve libertaire qui accompagna le renversement des tyrans tunisien, égyptien, lybien et bientôt syrien est en train de tourner au cauchemar islamiste. De toute évidence l’attentat salafiste de Anderlecht annonce d’autres actions et une radicalisation de la mouvance musulmane. Et si on veut bien garder à l’esprit que plusieurs partis et non des moindres recrutent leur électorat au sein des courants communautaristes, on peut imaginer les tensions qui en résulteront demain sur la scène politique belge. Cela aussi alimente de contentieux Elio-Bart !
MG

LE SALAFISME EN DIX QUESTIONS
AU MOMENT OU L'ON PARLE DU VOILE INTEGRAL, DU SALAFISME, DES RELIGIONS ET DE L'IDENTITE NATIONALE, FAUT-IL S'INQUIETER DE LA PRESENCE EN EUROPE D'UN MOUVEMENT FONDAMENTALISTE MUSULMAN QUE BEAUCOUP QUALIFIENT D'EXTREMISTE ?

1. QUI SONT LES SALAFISTES ?
Le salafisme puise sa racine dans le mot arabe salaf, qui veut littéralement dire « les prédécesseurs ». On parle d'essalaf essalah, ou des « pieux prédécesseurs », pour désigner les premiers compagnons du prophète Mahomet. Aujourd'hui, les salafistes les prennent pour exemple et appellent à un retour à « l'islam des origines », expurgé de la bidaa ou des « innovations blâmables » qui, de leur point de vue, pervertissent la religion. Ainsi, toutes les influences occidentales, toutes les idées humanistes et les principes philosophiques, comme la démocratie ou la laïcité, sont-ils rejetés. C'est l'école de pensée hanbalite, fondée par l'imam Ahmed ibn Hanbal (780-855) au IXe siècle, qui a forgé les racines de l'idéologie salafiste. Le« salafisme missionnaire » véhiculé de nos jours prône : l’inégalité entre les hommes et les femmes ; un droit pénal reposant sur les châtiments corporels ; un rigorisme dans les rapports sociaux ; rejet des droits de l'homme. Dopé à coups de pétrodollars, ce salafisme s'est progressivement propagé à travers le monde.
Au XXe siècle, cette pensée salafiste se politise également en se « réformant » sous l'impulsion des Frères musulmans, une confrérie intégriste fondée en Egypte, en 1928, par Hasan al-Banna (1906-1949). Les Frères n'hésitent pas à créer des partis et à s'engager dans la vie politique et associative. Les Frères musulmans, qu'on affuble parfois du qualificatif de « salafistes en costard-cravate », sont représentés en France par l'Union des organisations islamiques de France (UOIF). Partisans d'une réislamisation « en douceur », ils sont en apparence plus « ouverts » que les « salafistes en barbe et djellaba ».
D'autres salafistes, dits djihadistes, préfèrent la confrontation. Leur doctrine est suivie aujourd'hui par une nébuleuse comme al-Qaida. Qualifiés également de takfiris (ceux qui pratiquent l'excommunication), ces adeptes de la guerre sainte ont les mêmes références idéologiques que les autres.

2. QUE VEULENT-ILS ?
Bien que minoritaires dans le monde musulman, les salafistes occupent le devant de la scène grâce à l'activisme effréné de leurs militants et autres idéologues. La pensée salafiste contrôle aujourd'hui plusieurs mosquées et une grande partie de la littérature musulmane. S'agissant de l'Occident, ils appellent aussi au communautarisme, espérant réislamiser les membres de la communauté musulmane et convertir autant que faire se peut des personnes séduites par une idéologie politico-religieuse incompatible avec les valeurs universelles. L'objectif principal des salafistes n'est pas l'islamisation de l'Europe, mais la mise en place de conditions qui leur permettraient de pratiquer leur vision de l'islam comme ils l'entendent, même si celle-ci est contradictoire avec l'esprit des Lumières. De leur côté, les Frères musulmans souhaitent ériger un groupe de pression à même de peser sur les débats nationaux et internationaux, et veulent constituer une force lobbyiste susceptible de faire naître un « vote musulman ».

3. COMBIEN SONT-ILS EN FRANCE ?
Il est difficile de connaître avec exactitude le nombre de salafistes présents en France (et en Europe). Il serait possible néanmoins d'avoir une estimation quand on sait que seuls 10 % des 5 millions de musulmans de France sont des pratiquants réguliers qui fréquentent les 1 900 mosquées et salles de prière avec assiduité. Ayant centré leur vie autour du lieu de culte et de la pratique, ils représentent une forte minorité de ces pratiquants. Mais ils donnent l'impression d'être majoritaires grâce à leur activisme, leur excitation militante, leur présence sur le net, leur accoutrement ostensiblement prosélyte, et à travers leur engagement dans l'action sociale au sein des quartiers. Les salafistes ont ainsi montré leur poids réel lors des manifestations contre la loi interdisant les signes religieux à l'école.
Il existerait une cinquantaine de mosquées ou de lieux de prière tenus par les partisans du wahhabisme saoudien et de la pensée salafiste prosélyte.
Les mosquées salafistes wahhabites sont souvent implantées au cœur des cités populaires.

4. QUI FINANCE LA PROPAGATION DU SALAFISME ?
Outre l'Etat saoudien qui, au travers de la Ligue islamique mondiale, a longtemps financé cette idéologie, de nombreux mécènes arabes du golfe Persique accordent des millions d'euros par an pour faire rayonner à travers le monde le « vrai islam », comme ils aiment qualifier le salafisme. En France, plusieurs mosquées ont été construites grâce à des fonds provenant des monarchies arabes et de la Ligue islamique mondiale.
L'Arabie saoudite propage le salafisme en formant dans ses universités de Riyad, de La Mecque et de Médine des milliers d'étudiants saoudiens ou étrangers. Ce salafisme « missionnaire » a été véhiculé aussi par les écoles coraniques pakistanaises, notamment celle de Karachi, qui enseigne la pensée dite deobandie, une version indo-pakistanaise du salafisme ayant donné naissance aux fameux talibans. Les Frères musulmans ont, quant à eux, longtemps bénéficié de l'aide des Saoudiens, qui ont permis l'ouverture en Europe du Centre islamique de Genève, fondé par Saïd Ramadan (père de Tariq Ramadan et gendre de Hasan al-Banna).

5. QUI SONT LEURS IDEOLOGUES ?
Parmi les contemporains, on peut compter des Egyptiens issus des Frères musulmans comme Sayyid Qutb (1906-1966) ou Youssouf al-Qaradawi, qui ne cesse de justifier les attentats suicides et l'instauration de la charia. Bien qu'il s'en défende, Tariq Ramadan, qui se laisse complaisamment affubler parfois du titre de théologien, est en réalité un idéologue de la pensée salafiste des Frères musulmans. Il n'hésite pas à fustiger le wahhabisme saoudien, mais cela ne fait pas de lui un progressiste ou un libéral ni un réformateur. Ses références idéologiques demeurent les fondateurs de la pensée des Frères et les théoriciens qui l'ont sophistiquée pour en faire un instrument de lutte politico-idéologique, en l'occurrence son propre grand-père Hasan al-Banna, auquel il voue une admiration sans pareille, ou encore le Pakistanais Abu al-Ala al-Mawdoudi (1903-1979). Tariq Ramadan s'est singularisé en utilisant des codes de langage et d'écriture occidentaux pour propager une pensée frériste qui a su adapter son discours aux opinions publiques européennes. Il ne propose qu'une version d'un salafisme en apparence plus « doux ».
D'autres « penseurs », des Saoudiens, ont assuré le rayonnement du salafisme wahhabite à travers le monde. C'est le cas du cheikh Ibn Baz (1909-1999), qui a toujours prêché un islam pur et dur. Salih bin Fawzan al-Fawzan, un Saoudien, est « apprécié » par les salafistes européens : il recommande à ses adeptes de ne pas «ressembler aux mécréants dans ce qui leur est spécifique». Il est de ceux qui incitent les femmes à porter le voile intégral, refusant même le voile classique qui permet de laisser le visage des femmes visible. Autre gourou très écouté par les salafistes : le cheikh Mohamed ibn Saleh al-Otheimine. Il interdit, entre autres, de «féliciter les mécréants [juifs et chrétiens notamment] durant leurs fêtes religieuses». Enfin le cheikh Nacereddine al-Albani (1914-1999), un idéologue albano-syrien, a produit une floraison de fatwas (édits religieux) tout aussi intégristes les unes que les autres et a notamment prohibé l'usage de la télévision et de la radio.

6. QUELS SONT LEURS RELAIS MEDIATIQUES ?
Bien que certains idéologues interdisent la télévision, d'autres appellent à ce que l'utilisation de ce média soit exclusivement réservée à la propagation de l'islam. C'est le cas par exemple de plusieurs chaînes satellitaires arabes, qui accordent une large place à ces salafiste prêchant « la bonne parole » tant en direction des sociétés musulmanes que de l'Occident. Les prêcheurs se succèdent sur des chaînes qui, du Qatar à l'Egypte en passant par les Emirats, font de la surenchère en jouant sur les notions du licite et de l'illicite très chères à Youssouf al-Qaradawi.
Une fois par semaine, celui-ci anime l'émission phare « Al-Sharia oua Al-Hayat » (la charia et la vie) sur les plateaux de la chaîne al-Jezira, au cours de laquelle il traite de toutes les questions d'actualité, parfois avec une violence inouïe. Cela dit, internet est devenu le moyen principal pour véhiculer les idées salafistes, que ce soient celles des Frères musulmans ou celles des wahhabites et même celles des djihadistes. Les sites et les forums se comptent par centaines et, là aussi, tous les sujets sont abordés. Actuellement, plusieurs salafistes tentent de se mobiliser sur le net contre une éventuelle loi sur le voile intégral. Mobilisation qui voit son prolongement sur le web 2.0 et notamment sur des réseaux sociaux tels que Facebook, qui recèle des dizaines de profils se revendiquant clairement de cette idéologie. Enfin, les nombreuses librairies dites musulmanes propagent en réalité l'idéologie salafiste.

7. LE SALAFISME EST-IL COMPATIBLE AVEC LA REPUBLIQUE ?
Les salafistes sont contre la mixité, ils rejettent les minorités religieuses et sexuelles, encouragent le communautarisme, ne reconnaissent pas les valeurs de fraternité en dehors de l'oumma (la nation islamique) et refusent toutes les notions de liberté qui contredisent leur vision de l'islam. Les textes salafistes montrent l'étendue qui sépare cette idéologie totalitaire des principes républicains. Ainsi, le cheikh Otheimine, par exemple, appelle-t-il les femmes musulmanes à ne quitter leur domicile qu'en cas de nécessité et qu'avec «l'autorisation du mari ou du tuteur». Il précise : «La femme est libre chez elle, elle se rend dans toutes les pièces de la maison et travaille en accomplissant les tâches ménagères.» Et d'ajouter à leur intention : «Que ces femmes craignent Allah et délaissent les propagandes occidentales corruptrices!» Un autre cheikh, Salih bin Fawzan al-Fawzan, défenseur du voile intégral, affirmait dans l'une de ses fatwas que «le visage de la femme est une awrah (partie à dissimuler) et qu'il est obligatoire de le couvrir». Pour lui, «c'est la partie la plus forte en tentation». Et il en va de même pour d'autres principes fondamentaux qui forgent l'identité républicaine et laïque de la France. Le salafisme, par exemple, n'accepte pas la liberté de conscience. S'il cherche à endoctriner et à convertir des non-musulmans, il refuse catégoriquement qu'un musulman puisse renier l'islam pour une autre religion. L'auteur d'une telle apostasie doit être, selon eux, condamné à mort. De même que la liberté d'expression et d'opinion, la critique des dogmes et des religions est prohibée.

8. LE SALAFISME EST-IL VIOLENT ?
Les multiples courants salafistes représentent différents niveaux de dangerosité. Les djihadistes ou les takfiris prônent le djihad et donc les actions terroristes. Durant ces dernières années, plusieurs d'entre eux ont été arrêtés et condamnés dans des affaires «d'associations de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste».
(…)Ils représentent un danger pour le vivre ensemble, et leur vision de l'islam est incompatible avec les règles d'une société laïque et démocratique. En effet, tous les salafistes, y compris ceux qui prétendent le contraire, rejettent la laïcité. Il ne peut y avoir, selon leurs idéologues, de séparation entre les Eglises et l'Etat puisque, pour eux, «l'islam est un englobant qui doit régir toute la vie du musulman». Idem pour la démocratie, qu'ils considèrent comme une mécréance dans la mesure où celle-ci consacre le principe de la souveraineté du peuple alors qu'ils estiment que «la souveraineté ne doit revenir qu'à Dieu et à Dieu seul».
Les Frères musulmans prétendent officiellement accepter ces deux valeurs. Le salafisme dit réformiste qu'ils incarnent prend part, en effet, au jeu démocratique lorsqu'il s'agit d'élections. C'est le cas des Frères musulmans égyptiens ou du Hamas palestinien. Cela étant dit, ils instrumentalisent la démocratie dans l'espoir de s'approprier le pouvoir et ne la considèrent certainement pas comme un système consacrant toutes les égalités et toutes les libertés.
9. LE VOILE EST-IL UNE OBLIGATION DE L'ISLAM ?
Au lendemain de la révolution iranienne en 1979, le voile est devenu, dans l'imaginaire collectif, le signe de l'oppression de la femme et notamment du militantisme politique. D'un point de vue théologique, les salafistes en font une véritable obsession, bien qu'il n'existe que deux versets coraniques qui évoquent, de manière peu explicite, le voile sans en déterminer sa forme exacte : «Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles : elles en seront plus vite reconnues et éviteront d'être offensées. Dieu est Pardonneur et Miséricordieux.» (sourate 33, verset 59) ; et «Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu'elles rabattent leur voile sur leurs poitrines; et qu'elles ne montrent leurs atours qu'à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu'elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. Et qu'elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon que l'on sache ce qu'elles cachent de leurs parures. Et repentez-vous tous devant Dieu, ô croyants, afin que vous récoltiez le succès.» (sourate 24, verset 31).
Pour les littéralistes, ces versets seraient « clairs » et exigeraient le port du voile voire du niqab, mais pour beaucoup de penseurs et de rationalistes musulmans, le port du voile n'est pas une obligation. Gamal al-Banna, frère du fondateur des Frères musulmans, pense, lui, que le voile n'est plus valable de nos jours étant donné que ces versets s'adressaient à des femmes qui vivaient à une période précise où, de Médine à Athènes, toutes les femmes étaient voilées. D'ailleurs, nombre de musulmanes, en Tunisie ou en Turquie, y compris de ferventes pratiquantes, ne le mettent que lors de l'accomplissement des prières ; d'autres, plus âgées, le portent par tradition ou par pudeur. Récemment, le cheikh d'al-Azhar, le grand institut de théologie du Caire, a déclaré que le port du voile intégral relevait d'une «tradition et non pas du culte». Le cheikh Khaled Bentounès, guide spirituel du soufisme maghrébin, a affirmé pour sa part qu'«on a fait du voile un instrument idéologique pour avoir un stéréotype de femme modèle», dénonçant ainsi cet uniforme de l'idéologie salafiste. En tout état de cause, le retour du voile, sous ses différents aspects, coïncide avec l'avènement du salafisme contemporain.
10. UNE LOI CONTRE LE VOILE INTEGRAL EST-ELLE APPLICABLE?
Il aurait sans doute été préférable de créer une véritable commission d'enquête pour mieux connaître l'idéologie salafiste et son ancrage dans la société française et européenne. (le Figaro) Mohamed Sifaoui est le coauteur avec Philippe Bercovici de «Ben Laden dévoilé, la BD-attentat contre Al-Qaïda», Editions 12 Bis. Il est aussi l’auteur de «Pourquoi l’islamisme séduit-il ?»

SUNNITES ET CHIITES,
FRÈRES ENNEMIS DE L'ISLAM
Vu d'Occident, on imagine le Moyen-Orient monolithique. On croit les musulmans tous animés des mêmes sentiments. Nous oublions les divergences et les haines entre les différentes composantes de leurs sociétés. Sur ce plan, on n'a jamais, chez nous, prêté beaucoup d'attention à la division entre sunnites et chiites.

Il faut pour comprendre retourner dans l'histoire. En 656, Ali devint le quatrième calife, ou successeur de Mahomet. Un concurrent revendiquant son titre, un conflit éclata et Ali, pour se défendre, regroupa autour de lui ses partisans, " chiat Ali, " ou partisans d'Ali. Déchu, Ali donna néanmoins naissance à une lignée d'imams concurrents des califes. De " chiat Ali ", on fit le mot chiites,. Les autres, ceux dont la loyauté allait aux califes, se prénommèrent sunnites.

Au XIème siècle, puis au XVIème siècle, sous les dynasties des Bouyides puis des Safavides, le chiisme fut proclamé religion officielle de l'Iran.

S'identifiant désormais à cette branche de l'islam, l'ancienne Perse se perçut comme l'autorité chiite légitime et la représentante de l'islam authentique. A ces deux titres, la caste religieuse iranienne s'estime, encore aujourd'hui, des droits imprescriptibles sur les chiites, mais aussi sur tout l'ensemble musulman, en tant qu'héritiers d'Ali dépossédé au VIIème siècle du titre califal.

Or, les chiites, s'ils sont majoritaires en Irak (60%) et à Bahrein (62%), coexistent à l'état de minorités dans de nombreux pays musulmans : au Pakistan (20%), en Afghanistan (20%), au Koweït (30%), au Liban (30%), et même en Arabie-Saoudite (3%).

L'Iran, aujourd'hui en phase d'expansion politique, tente d'instrumentaliser ces minorités au nom de la religion pour servir ses intérêts. On l'a vu avec le Hezbollah, au Liban, ou avec le soutien de Téhéran aux mouvements chiites irakiens.

En Syrie, des familles alaouites, de la secte religieuse au pouvoir, se sont converties au chiisme. Ailleurs, au Yémen, en Égypte et même au Nigeria, les responsables politiques se sont plaints de l'activisme religieux de Téhéran, allant jusqu'à provoquer des débats sur les chaînes de télévision arabes. Dans une interview publiée par " Newsweek " le 29 mars 2007, le ministre saoudien des Affaires étrangères, Saoud el Fayçal, a rappelé la mise en garde du roi. Si l'activisme religieux et politique de l'Iran continue, a-t-il dit, " il finira par menacer les communautés chiites du monde entier ".

Déjà, en Irak, après l'invasion américaine, il est la deuxième cause de la guerre civile entre sunnites et chiites. Au Liban, il engendre la tension entre ces deux communautés. Un Moyen-Orient dans lequel s'affronteraient les deux rameaux de l'islam n'est pas impossible. C'est un élément à intégrer dans notre approche de cette région du monde.

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