mercredi 4 avril 2012

Anonymous : un contre-pouvoir intéressant" pour un film

L'affiche du film "Aux yeux de tous" (DR)

Le film "Aux yeux de tous" met en scène un hacker qui traque les auteurs d'un attentat.

Interview de Cédric Jimenez, réalisateur de "Aux yeux de tous", par Boris Manenti (Nouvel Obs)

Les Anonymous ont enfin droit à leur film. Et un film français. "Aux yeux de tous" (en salles ce mercredi 4 avril) met en scène un hacker appartenant au mouvement de cyber-militants qui traque, grâce au piratage des caméras de vidéosurveillance de Paris, les auteurs d'un attentat.




Rencontre avec Cédric Jimenez, scénariste, réalisateur et producteur du film, lors de son passage à l'Apple Store Opéra.
"Aux yeux de tous" est-il un film sur un hacker ou une histoire de vidéosurveillance ?
- C'est avant tout l'histoire d'un hacker, un Anonymous, la vidéosurveillance n'est qu'un contexte politique et un parti pris visuel. Le personnage est anonyme quasiment tout le film, on ne voit son visage qu'à la fin. Ce hacker, c'est tout le monde et personne, une représentation du peuple qui agit, qui se mobilise. Au final, c'est plus une idée qu'une personne. J'aime ce concept contestataire que l'"on peut arrêter des gens mais on ne peut pas arrêter une idée". Dans le film, cet Anonymous est dans une quête de vérité absolue, parfois presque naïve. Si tout n'est pas blanc ou noir, il y a une volonté positive, une envie que les choses bougent. C'est ce que j'ai voulu retranscrire dans un cinéma qui ne reste pas inoffensif.

Le film surfe-t-il sur la mobilisation grandissante autour des Anonymous, amplifiée par l'échéance présidentielle ?
- Non, ce n'est pas une récupération mercantile du phénomène. J'ai écrit le scénario il y a déjà deux ans. Réalisé un tel film ne se fait pas en quinze jours... A l'époque, les Anonymous étaient encore inconnus du grand public. Après, ce n'est pas un film là-dessus. Simplement, un personnage qui fait partie du collectif.

Pourquoi s'être penché sur les Anonymous ?
- J'ai découvert le mouvement avec leur lutte contre la Scientologie. J'étais impressionné de voir quelques mecs s'attaquer à une organisation aussi puissante. Déjà à l'époque, il était évident que les Anonymous allaient devenir un contre-pouvoir intéressant. Ils éveillent les esprits. Ils permettent de croire qu'il ne faut pas tout accepter des puissants, qu'à plusieurs ont peut agir et être emmerdant.

Vous reconnaissez-vous dans leurs idées ?
- Je ne souscris pas à toutes leurs positions, mais je me reconnais dans une volonté de faire bouger les choses. Je me bats pour raconter des choses qui valent le coup. Je ne suis pas Che Guevara, mais le cinéma peut faire passer certains messages. A mon petit niveau, j'ai envie de bousculer les consciences, de dire aux gens réveillez-vous. Nous vivons dans une société anesthésiée où on accepte tout. Tout le monde a tellement peur de perdre, qu'on n'essaye pas de gagner.



"Aux yeux de tous" repose sur les caméras de vidéosurveillance de Paris. Quel est le message ?
Interview de Cédric Jimenez, réalisateur de "Aux yeux de tous", par Boris Manenti (Nouvel Obs)

- Simplement que, oui, les caméras existent et sont partout. Ce n'est pas de la parano, juste une réalité : on est tous surveillés, tout le temps. [Plus de 13.000 caméras maillent Paris, NDLR] Dans ma démarche, il n'y a pas de jugement radical, le débat est ouvert. La caméra -devenue de "vidéo-protection"- n'est qu'un outil qui peut faire le bien comme le mal. Mais je m'interroge : ne ferais-t-on pas mieux de construire des logements sociaux plutôt que de surveiller quelques milliers de personnes à Levallois-Perret ?

Image issue du film "Aux yeux de tous" (DR)

La multiplication des caméras est-elle l'avènement de Big Brother ?
- Nous sommes clairement dans Big Brother ! La traçabilité est permanente : caméra, téléphone, puce de la carte de transport... C'est flippant. Le pire est notre auto-acclimatation. Quand on ne répond pas au téléphone, on se voit interrogé "pourquoi tu ne réponds pas ?". On s'est auto-habitué à être vu tout le temps, joignable tout le temps. La société met beaucoup de pression. Notre espace de liberté, de manière illusoire, s'agrandit avec la technologie, mais en fait il se rétrécit. On devient dépendant de son téléphone, de ses outils technologiques, comme pris au piège de notre propre système.

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