mardi 3 avril 2012

ÉGYPTE | ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE



La carte surprise des Frères musulmans
Vincent Braun


Les Frères musulmans ont finalement désigné un candidat à la présidentielle. Une volte-face “nécessaire” eu égard aux “menaces pesant sur la démocratie”.
Le vent avait commencé à tourner il y a quelques semaines. La girouette s’est finalement arrêtée pour indiquer la direction de l’élection présidentielle. Le scrutin, dont le premier tour aura lieu les 23 et 24 mai prochain, est le nouvel objectif politique des Frères musulmans, après la large victoire du Parti de la Liberté et de la Justice (issu de la confrérie) aux législatives de cet hiver. Les Frères ont officiellement désigné samedi leur numéro deux, Khaïrat al Chater, 61 ans, pour briguer la magistrature suprême lors du premier scrutin présidentiel depuis la révolution qui a déposé Hosni Moubarak.
"Je ne peux qu’accepter la décision des Frères musulmans de me nommer comme leur candidat à l’élection présidentielle" , a sobrement réagi ce professeur en ingénierie ayant fait fortune dans les affaires (textile, ameublement, grande distribution) et considéré comme le grand argentier de la confrérie.
"Cela change complètement la donne" , commente Clément Steuer, spécialiste de l’Egypte, chercheur en sciences politiques au Laboratoire Triangle et membre du Centre d’études et de documentation économiques, juridiques et sociales au Caire. "C’est un candidat sérieux. L’appareil des Frères, sa puissance financière, sa popularité, et son image de musulman pieux père de dix enfants, font qu’il a de fortes chances de se retrouver au second tour" , souligne le chercheur.
La confrérie avait pourtant annoncé initialement qu’elle ne proposerait pas de candidat à la présidentielle. Elle souhaitait ainsi éviter de s’aliéner la partie de l’électorat qui lui est hostile en faisant en sorte de ne pas occuper toutes les strates du pouvoir. "L’Egypte ne reviendra pas au système du parti unique. La confrérie aidera les autres partis à se renforcer. Même si un parti est majoritaire, il ne doit pas monopoliser le pouvoir" , avait déclaré en mars Khaïrat al Chater. Les Frères pensaient d’ailleurs joindre le geste à la parole, proposant de soutenir l’un des candidats en lice qui ferait consensus en son sein.
Mais il y a quinze jours, le secrétaire général de la confrérie Mahmoud Hussein avait confirmé la possibilité que "les Frères musulmans présentent un candidat, s’ils estiment en avoir le devoir". Un scénario qui s’était fait plus crédible encore alors qu’à une bonne semaine de la clôture des candidatures (le 8 avril), les Frères n’avaient déclaré leur soutien à aucun des candidats qui s’étaient avancés. Les Frères craignaient notamment la trop grande proximité entre l’armée et certains candidats. Trois d’entre eux étaient de hauts responsables sous Moubarak : l’ancien secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa fut ministre, Ahmed Chafik Premier ministre, et Omar Souleimane chef des renseignements et vice-président
La confrérie considère ce revirement - qu’elle se refuse de voir tel quel - comme "nécessaire" en raison des menaces qui, selon elle, pèsent sur la transition politique. "La révolution et le processus démocratique sont réellement menacés" , a déclaré le secrétaire général de la confrérie Mahmoud Hussein. Une allusion à peine voilée à la monopolisation du pouvoir par le Conseil suprême des forces armées (CSFA). Les islamistes reprochent à ce conseil de généraux, qui exerce la présidence de fait du pays, de s’accrocher au pouvoir depuis la fin de l’ancien régime. Les tensions se sont encore intensifiées depuis la tentative avortée de la confrérie de faire tomber le gouvernement en place, afin de précipiter la formation d’une nouvelle équipe. Celle-ci devrait logiquement être dominée et dirigée par un représentant du parti islamiste.
"Les Frères musulmans tiennent les deux chambres du Parlement, ils sont majoritaires dans l’assemblée constituante qui vient d’être désignée, mais ils n’ont aucun pouvoir réel jusqu’ici" , ajoute Clément Steuer. Des recours en justice relatifs au mode de désignation des membres de ces assemblées pourraient mener à leur dissolution. "Les Frères craignent donc de voir le pouvoir leur échapper" , affirme encore le chercheur.
En se tournant vers la magistrature suprême, ceux-ci tenteraient de réduire l’incertitude de voir les leviers du pouvoir leur échapper.
La personnalité de Khaïrat al Chater est toutefois loin de faire l’unanimité au sein des Frères musulmans. Le Conseil de la Choura, qui préside aux grandes orientations de la confrérie, aurait validé sa candidature par 56 voix pour et 52 contre Mais ce militant islamiste en a vu d’autres, durant ses années de prison. Son "ardoise" judiciaire a d’ailleurs été effacée, affirmait dimanche son avocat. Ce qui lui permet de se présenter, conformément à la loi égyptienne qui veut qu’une personne préalablement condamnée ne peut occuper un poste officiel. Le CSFA n’a pas confirmé mais, comme le disait une source, il est peu probable que les Frères se soient hasardés à annoncer publiquement sa candidature sans avoir obtenu toutes les garanties nécessaires.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
AFFAIRE A SUIVRE DE PRES

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