lundi 16 avril 2012

Encore Mélenchon ?




Cela faisait longtemps qu'on n'avait plus pris la Bastille.
Depuis 1980 peut-être, lorsque Marianne, au bras de François Mitterrand, était allée voir si la rose – « qui ce jour-là avait éclose » – allait durer davantage que l'espace d'un matin.

Toujours est-il que Jean-Luc Mélenchon se devait de réintroniser la Bastille en marqueur de cette ivresse républicaine qu'il vaporise autour de lui.

La Bastille de Marianne, mais aussi celle de Nini Peau d'Chien qui, souvenons-nous en, avait « la peau douce, aux taches de son, Et l'odeur de rousse qui donne le frisson ».

Même pour ceux, dont je suis, qui ne sont nullement séduits par M. Mélenchon, ses mauvaises manières, ses sautes d'humeur et, à la moindre contradiction, ses invectives de butor goguenard mêlées à des rodomontades de commedia dell'arte, j'avoue avoir été touché par l'émotion vraie qui se dégageait de cet homme, face à la marée rouge qu'il avait convoquée.

Réduisant autant que faire se pouvait – moins d'une demi-heure – une harangue hachée et même parfois un peu bredouillante, le tribunicien patenté ne tarda pas à s'éclipser. Légitimement commotionné, sans doute, par l'indéniable ferveur populaire qu'il avait fait naître.

C'est égal. Le temps d'un après-midi, sous le gracieux Génie de la Bastille, on s'était souvenu que ce Mélenchon-là pouvait aussi, dans un bon jour, prétendre que « l'utopie est le réalisme de notre temps ». Ou encore, comme le disait ces jours-ci mon ami François Weyergans, que « le seul sujet qui importe est : à quoi riment nos vies ? »

Mais trêve de complaisances, car l'enjeu dépasse, assurément, quelques menus accommodements avec quelqu'un qui d'ailleurs serait le premier à s'en gausser.
Pour lui donner la réplique, faisons plutôt appel à un contradicteur qu'il n'impressionne guère et qui n'a pas froid aux yeux. A un bretteur émérite, aussi gouailleur mais moins coincé. A un gaillard qu'il serait présomptueux de la part du candidat du Front de Gauche de vouloir « prendre aux cheveux » comme il en menace si facilement tout un chacun.

Dans une interview au Monde, « Dany » va à l'essentiel en haussant à peine le ton : « La vie, ce n'est pas aussi simple qu'un discours de Jean-Luc Mélenchon », constate-t-il avec bonhomie. Et d'accuser le leader du Front de Gauche de décrire une gauche « jacobine, centralisatrice et caricaturale (…), pain bénit pour Nicolas Sarkozy ».

Dans le programme du Front de Gauche, insiste-t-il, il y a bien d'autres « sottises ». Par exemple le goût d'une « relation privilégiée avec la Chine », « une haine à peine voilée de l'Amérique », « une fascination pour Fidel Castro et Hugo Chavez ». Sans compter, bien évidemment, l'absurde déni à l'égard d'une Europe qu'il insulte et éreinte quotidiennement pour mieux lui reprocher, sans doute, une impuissance que lui et ses semblables ont tant contribué à conforter par leur animosité paralysante.

Tout en niant une évidence toute simple : ce qui sera demain bénéfique pour l'Union européenne le sera pour chaque pays membre pris individuellement. Et, a contrario, ce qui sera néfaste pour l'Union européenne dans un monde où s'affirmeront les grands pays émergents, le sera pour chacun de ses Etats membres.

« Cela lui permet, conclut-il, de désigner à l'opinion une gauche littéralement gangrenée par la question nationale, bloquée idéologiquement sur la question européenne et fondamentalement anti-occidentale. La montée en puissance de Jean-Luc Mélenchon fait bien l'affaire du président sortant. »

La réplique de J.-L. M. ? « Cohn-Bendit est un type spécialisé à tirer dans le dos (sic). Il tire dans le dos d'Eva Joly, il tire dans le mien. »

Vous êtes orfèvre, Monsieur Mélenchon ! Ceux qui en douteraient peuvent en appeler à M. Hollande. Vos coups de poignard dans le dos il sait ce que c'est !

C'est Lacan, je crois, qui avait remarqué que les libertaires, comme d'ailleurs les dévots d'autres religions partisanes, étaient assez souvent à la recherche d'un maître ou d'un guide. Et que les extrêmes gauches de toutes obédiences, à l'instar de leurs collègues d'extrême droite, n'étaient pas les dernières à sacrifier au culte de la personnalité.
Le Front de Gauche n'échappe pas à cette tentation, même quand ses membres s'époumonent à chanter l'Internationale qui prêche pourtant qu'Il n'est pas de sauveur suprême/Ni Dieu, ni César, ni tribun ! »

La preuve en est que M. Mélenchon ne cesse de dénoncer âprement cette tentation lorsqu'il la décèle chez ses militants, c'est-à-dire presque quotidiennement.

A propos de ces militants, il est juste de constater que le Front de Gauche peut s'enorgueillir d'une stimulante diversité dans son recrutement.

« Mi-Cocos, mi-Bobos », avait remarqué quelqu'un. Et le fait est que l'éloquence gaillarde du plus doué des tribuns républicains de l'heure semble avoir donné des vapeurs à quelques « bourgeois-bohèmes ». Tout émoustillés, ils en frissonnent encore dans les meetings où l'on hésite de moins en moins à porter les célébrissimes chaussures de Christian Liboutin. Celles aux semelles écarlates et aux talons rouges. Au « rouge chinois », pour être précis.

En tout cas, ceux qui seraient friands d'informations concernant M. Mélenchon doivent surmonter leur légère répugnance et s'abonner au Figaro.

Sans avoir tout à fait les yeux de Chimène pour le leader du Front de Gauche, le journal de Serge Dassault n'épargne rien à ses lecteurs de ses initiatives, faits et gestes, bons mots et facéties de toutes sortes. A chaque fois que s'accuse son irrésistible ascension dans les sondages ou qu'il déboule dans le jeu de quilles des socialistes, il fait l'objet d'une brassée d'éditos, de brèves, d'indiscrétions rapportées con amore.

Ah les braves gens ! On croirait entendre M. Charles Michel, les yeux humides, féliciter sincèrement M. Elio Di Rupo qui, à son estime, dirige courageusement son gouvernement de centre-droite !

Encore combien de fois dormir ? Encore combien de jours à suçoter des sondages qui ne bougent plus que faiblement à l'intérieur des bienvenues marges d'erreur grâce auxquelles il leur est beaucoup pardonné ?
Ce n'est pas que je méprise le moins du monde les sondages. J'ai même un ami sondeur, c'est dire…

Mais tout de même. Je me souviens d'un Alexandre Sanguinetti, ancien ministre français, soudard, grognard, grande gueule et « gaulliste » jusqu'à la moelle, qui se tapait sur les cuisses en tonitruant : « Les sondages, c'est comme les minijupes. Ça fait rêver, mais ça cache l'essentiel ! »

C'est le même, d'ailleurs, qui évoquait irréfutablement la difficulté de pratiquer la délicate profession d'analyste politique, en confiant : « Je me souviens que le 17 juin 1940, personne ne savait qu'un certain Charles de Gaulle parlerait le 18 ! »

Yvon Toussaint, journaliste et écrivain, ancien directeur et rédacteur en chef du « Soir ».


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

PLUS BOBOS QUE COCOS

Puisque chacun en parle tellement, cédons un instant à la mélenchomania.

Il y eut jadis à gauche un phénomène Chevènement succédant au phénomène Mendès. Il y eut aussi un très éphémère effet DSK avant les tribulations bronxiennes du presque candidat- président.


Désormais l'homme à la mode chez les bobos loftés c'est cette grande gueule de Mélenchon. Dans les dîners bobos en ville, ici comme à Paris tout le monde est Mélenchon. Et si la béarnaise Bayrou a du mal à prendre en revanche la mayonnaise Mélenchon durcit et rosit comme une sauce cocktail bien corsée au point de dicter demain sa loi à Flamby Hollande aussi mou qu'un scampi décortiqué.

Autrement dit, la gauche rose et molle risque de durcir en passant au cramoisi. Voilà qui devrait faire peur aux bobos friqués, pas vraiment cocos, non pas vraiment. De quoi les inciter à voter Sarko dans l'anonymat de l'isoloir. Les bobos, combien de divisions, pardon de circonscriptions?

"Le fait est que l'éloquence gaillarde du plus doué des tribuns républicains de l'heure semble avoir donné des vapeurs à quelques « bourgeois-bohèmes ».


« Les sondages, c'est comme les minijupes. Ça fait rêver, mais ça cache l'essentiel ! »

Il se pourrait aussi que les partisans de Marine soient plus nombreux que ceux qui, sondés par téléphone, lui font voeu ou aveu d'allégeance Tout cela devrait mettre du beurre dans les épinards d'un Sarko plus animal politique que jamais. La France est droitière et ce n'est pas là son moindre défaut. L'homme de Neuilly et du Fouquet's le sait mieux que personne et il n'est jamais meilleur que dans l'adversité!

MG

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