dimanche 15 avril 2012

Faut-il avoir peur de l'islam ?




« Questions à la une » a confié à Frédéric Deborsu (déjà derrière le sujet sur le prince Laurent) une enquête sur l'islam en Belgique. Il partage l'affiche avec Caroline Fourest (celle qui s'est fait huer à l'ULB), qui signe l'autre reportage de la soirée, sur le Front national.

Après l’attentat de la mosquée à Anderlecht, en mars, des musulmans ont organisé une marche blanche Comme pour conjurer leur « mauvaise image » © Belga

Le 7 mars, une mosquée était incendiée à Anderlecht. Un attentat anti-chiite, perpétré par un sunnite. La communauté musulmane, déjà régulièrement pointée du doigt, organisait alors une marche blanche pour demander justice et prôner la tolérance. Question à la une a enquêté sur l'islam en Belgique. En se demandant, au final, s'il fallait en avoir peur. Tandis qu'il mettait la dernière main à son reportage, Frédéric Deborsu a résumé son propos.
LORSQU'ON DIT « MUSULMANS DE BELGIQUE », SAIT-ON DE COMBIEN DE PERSONNES ON PARLE ?

Beaucoup de chiffres ne sont pas cohérents. Les estimations vont de 650.000 à 800.000 personnes. La difficulté ? En Allemagne, par exemple, il existe un impôt sur le culte et chacun déclare donc sa religion, ce qui donne lieu à un recensement assez précis. Un tel système n'existe pas en Belgique, où les subsides sont versés de façon approximative. Ce dont on est sûr, c'est que l'islam est en augmentation. Et que le port du voile est plus fréquent, mais là aussi sans aucune donnée – de façon empirique, on a juste pu constater que, sur le marché de Molenbeek, 70 à 75 % des femmes le portent.

VOUS AVEZ NOTE DES DIFFERENCES ENTRE LES DIFFERENTES GENERATIONS DE MUSULMANS ?

Paradoxalement, c'est au sein de la première génération qu'on trouve le plus de gens bien intégrés. Alors que les musulmans de la troisième génération, qui sont pourtant nés ici, marquent un retour vers un discours plus traditionnel, où la place de la femme est à la maison… La raison ? La crise engendre une discrimination accrue. On a par exemple rencontré une jeune femme, diplômée en philologie germanique, brillante, qui a été refusée partout dans l'enseignement alors même qu'il y a pénurie de profs de langues – elle a fini par trouver à l'école de la Providence, à Anderlecht, sorte d'établissement de la dernière chance, tant pour les élèves que pour les profs voilées. D'où un repli identitaire. Le retour à la mosquée peut être une solution, à condition qu'elle véhicule un discours positif. Sinon…

CE N'EST MANIFESTEMENT PAS TOUJOURS LE CAS.

Jeudi dernier, était inaugurée en grande pompe la mosquée Al-Amal, à Anderlecht. Les autorités communales étaient là, des ambassadeurs étrangers… Il faut dire que l'infrastructure – financée à hauteur de 2 millions d'euros par les fidèles depuis deux ans – est superbe et pourrait accueillir la première école secondaire musulmane de Bruxelles. Le 9 mars, lendemain de la Journée de la femme, nous y sommes allés avec une caméra cachée. Le prêche, entièrement en arabe, dénonçait cette création juive (!) et ordonnait sur un ton virulent, surtout aux femmes, de ne pas écouter les mécréants. Quand on a montré ça au bourgmestre d'Anderlecht, il était effondré, il s'est senti trahi. Si une mosquée supposée modérée va dans ce sens-là…

IL FAUT AVOIR PEUR, ALORS ?

Peur, non – toutes les mosquées et tous les musulmans ne sont pas comme ça. Mais être vigilants, oui. La Sûreté de l'Etat doit surveiller les discours des imams. Et le monde politique doit prendre l'intégration à bras-le-corps, pas juste chercher à récupérer le vote des musulmans en mettant sur leurs listes des gens parfois limite issus de cette communauté.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

EXCELLENTE EMISSION MAIS...

Excellente émission mais pourquoi n'éclairer que la face sombre de l'islam des rues, des marchés et des moquées douteuses.

Pourquoi ne pas ne pas tenter également de braquer un projecteur sur sa face lumineuse?

On aime aujourd'hui jouer à se faire peur et les médias sont friands de ce genre d'émotions.

On crie volontiers au loup salafiste et on parle peu ou prou, par exemple, de cet imam chiite d'Anderlecht décédé dans l'incendie de sa mosquée dont le Rabbin Guigui vante l'ouverture et le sens du dialogue. Tout se passe comme si on voulait jouer à se faire peur.

Oui, le fondamentalisme, l'intégrisme, le salafisme progressent, surtout dans la zone du canal parmi les jeunes exclus, et il faut s'en inquiéter. Mais le meilleur contre-feu contre la dérive islamiste n'est-ce pas précisément un islam régénéré en terre d'Europe, laïcisé, modernisé "désarchaïsé"? L'émission montre un élu schaerbeekois musulman dévoré d'ambition qui affirme que son parti compte 11 musulmans sur 13 conseillers. On aimerait savoir sur quels critères ils ont été choisis et quel rapport ils entretiennent avec les mosquées et quelles mosquées.

Certains partis qui misent tout sur le vote communautariste, le clientélisme de proximité jouent avec le feu. La stratégie du CDH et du PS est dangereuse car elle se fonde sur un populisme clientéliste de pur opportunisme. De même que la chrétienté se régénéra à partir du 16ème siècle avec la réforme, l'islam a besoin de se réformer en terre d'Europe. Il semble que les politiques refusent d'entendre ce type de raisonnement. Les musulmans qui entendent incarner ce type d'idées sont qualifiés par l'establishment en place de "peu représentatifs! ". Ceci sous-entend que les élus qui font leurs voix dans les mosquées douteuses sont regardés eux et elles comme représentatifs. Comme cette jeune élue turque enfoulardée qui tient un double langage: une version turque pour la télé d'Ankara, une version française pour la RTBF. C'est ce qu'a tenté de dire l'élue socialiste Sfia Bouafra interviewée dans l'émission. Mais rien de tout cela n'apparaît sur son blog que nous avons consulté pour y trouver confirmation.

Mais de qui se moque-t-on?

MG

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