mercredi 25 avril 2012

Faut-il vraiment s'étonner de ce que les fêtes et soirées étudiantes dégénèrent de plus en plus souvent en soûleries dangereuses pour leur santé ?







 N'est-ce pas, tout simplement, l'expression d'un malaise de plus en plus perceptible chez les jeunes, même (ou surtout ?) parmi ceux des milieux les plus favorisés ? Depuis que leur capacité de jugement s'est éveillée, ils entendent parler de crise économique, de chômage, de désastres écologiques, de réchauffement climatique, de négligences scandaleuses vis-à-vis de la nocivité de pesticides et autres substances dangereuses pour la santé, et de bien d'autres horreurs !

Où sont les motifs d'optimisme et d'espoir en un avenir meilleur ? Dans plus de mondialisation et de concurrence pour obtenir plus de croissance économique et consommer davantage ? Les étudiants des filières les plus prisées et les plus porteuses sont-ils enchantés à l'idée de devenir les meilleurs soldats d'une économie si peu soucieuse du respect de la dignité humaine, constamment en crise, et dans laquelle il faut toujours produire plus d'on ne sait trop quoi ? Pourtant, un pays comme la France fait partie des plus riches du monde. S'il y a des pauvres, ce n'est pas parce que le niveau de la production est insuffisant, mais parce que les richesses produites sont très mal réparties à cause du chômage, du travail à temps partiel subi, de la précarité de l'emploi et de la faiblesse de nombreux salaires. D'ailleurs, le volume du produit intérieur brut par habitant a plus que doublé depuis le début des années 1970 ! On peut également s'interroger sur la pertinence d'un système économique qui exige le renouvellement rapide des automobiles, appareils électroménagers, ordinateurs, ou téléphones portables, alors que le stress au travail s'amplifie, que les pollutions se multiplient, que de nombreuses ressources naturelles s'épuisent, que la banquise est en train de fondre, ou que la fréquence des tempêtes, inondations et cyclones est clairement imputable à l'activité humaine.

Les jeunes les plus instruits - ou les moins victimes d'une télévision qui, selon la fameuse et lamentable expression de Patrick Le Lay (ancien président de TF1), se donne pour objectif de vendre à Coca-Cola, par exemple, des cases de cerveau humain disponible - ressentent bien, au fond d'eux-mêmes, qu'ils vivent dans un monde tyrannisé par la concurrence ; un monde qui tend à faire de l'économie une fin en soi, alors qu'elle n'est qu'un moyen au service d'un bien-être humain qui ne réside pas seulement dans une consommation effrénée. Ils savent bien que la raison économique est loin d'être toujours la meilleure, surtout lorsqu'elle n'est pas en harmonie avec d'autres raisons comme la raison sociale, la raison du développement durable, ou la raison des droits de l'homme.

Les étudiants ne seraient-ils pas moins enclins à rechercher l'ivresse au cours de leurs soirées et nuits de fêtes s'ils vivaient dans une société plus soucieuse de cette recommandation, formulée en 1931 par le grand économiste J. M. Keynes dans un article intitulé "Perspectives économiques pour nos petits enfants" : "Mais surtout n'attachons pas une importance excessive au problème économique, et ne sacrifions pas à des nécessités présumées des valeurs d'une signification plus profonde et plus durable."

Alain Euzéby, professeur émérite à l'Institut d'études politiques de Grenoble

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

CRISE DU SENS!

Notre société occidentale est atteinte de plein fouet par la pire des crises qui puisse s'imaginer: une crise du sens!

Alain Euzeby ne se trompe pas, nos étudiants se bourrent la gueule-ils ne sont pas les seuls- parce qu'ils ne savent plus ou on en est. Et que celui qui par hasard saurait où va l'Occident en déclin, leur jette la première pierre.

Le succès de l'extrême-droite ne saurait s'expliquer autrement, ni celui d'ailleurs de l'islamisme qui tous feignent d'offrir des alternatives à notre consumérisme débridé et suicidaire!

L'Occident est sinon à bout de souffle, à tout le moins à bout de projets, de visions, d'idées.

Suite à la panne terminale de mon frigo (un modèle relativement récent) je me suis retrouvé  dans l'immense hall de vente de Krëfel bien chauffé, à Dinant. Un show room immaculé de milliers de m2 d'appareils ménagers de toutes sortes impeccablement alignés, éclairés étiquetés: frigos, fours, laves linge-vaisselle, ordis, téléviseurs, cafetières, rasoirs électriques, appareils photos numériques,  bouilloires chauffantes, tondeuses à barbe, percolateurs, etc.  Un vrai palais de saint Nicolas des années soixante! Et pour le gérer: deux jeunes gens compétents à peine stressés. Saturation d'offre pour une demande qui s'assèche. Gare à la déflation!

Ce showroom est situé dans un site commercial de plusieurs hectares, entre un Aldi et un Lidl, sur les hauteurs de la ville, uniquement accessible en automobile. Dans la rue Grande, les petits commercent périclitent les uns après les autres. Gare au chômage, à la désespérance!

Changement d'ère? Assurément. En Flandre le populisme fait rage, en France, Sarko dé-diabolise le front national pour lui pomper des voix et se survivre, pense-t-il, à lui-même. En vérité il trace un boulevard aux forces antidémocratiques.  Tristes spectacles pour les jeunes, étudiants ou non. On comprend qu'ils aient besoin de boire un coup pour supporter tout ça.

Mais quels ingrats! diront certains, quand on n'a jamais bénéficié d'un tel confort matériel. N'avons-nous pas tout pour être heureux?

Ce ne sont pas les questions disait Wilde qui sont indiscrètes mais les réponses.

MG

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