mardi 10 avril 2012

Günter Grass, "persona non grata" en Israël



Les autorités israéliennes ont déclaré "persona non grata" dimanche l'écrivain allemand Günter Grass. Cette décision fait suite à la publication de son poème controversé présentant l'Etat hébreu comme une menace pour la paix mondiale.

Les autorités israéliennes ont déclaré "persona non grata" dimanche l'écrivain allemand Günter Grass, prix Nobel de littérature 1999, à la suite de son poème controversé présentant l'Etat hébreu comme une menace pour la paix mondiale.

L'auteur du "Tambour", réputé pour son franc-parler, ne pourra plus se rendre en Israël en raison de sa "tentative d'incitation à la haine contre l'Etat et le peuple d'Israël", a annoncé le ministre de l'Intérieur, Eli Yishaï.

Dans ce poème, publié la semaine dernière dans un journal allemand, Günter Grass, qui avait fait sensation en 2006 en révélant qu'il s'était engagé fin 1944 à l'âge de 17 ans dans les Waffen SS, condamnait les ventes d'armes de son pays à Israël. Il écrit aussi que l'on ne doit pas laisser l'Etat hébreu attaquer l'Iran, dont les dirigeants prônent ouvertement la destruction de l'Etat d'Israël.

Agé de 84 ans et social-démocrate assumé, Günter Grass a longtemps été le porte-parole d'une gauche anti-impérialiste, très critique envers les interventions militaires occidentales, notamment contre l'Irak en 2003.

"CE QUI DOIT ETRE DIT"

Dans un poème intitulé "Ce qui doit être dit" - publié mercredi par le Süddeutsche Zeitung, il écrivait notamment: "Pourquoi me suis-je tu jusqu'ici ? Pourquoi dis-je seulement aujourd'hui (...) que la puissance nucléaire d'Israël met en danger la paix du monde, déjà si fragile ? (...) Cela doit être dit, parce que si on ne le dit que demain, ce sera peut-être trop tard."

Dénonçant "l'hypocrisie" de l'Occident, il ajoute que le passé nazi de l'Allemagne et le sort réservé aux Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale ne peuvent justifier le silence face au danger que représente aujourd'hui l'arsenal nucléaire d'Israël.

Le romancier appelle de ses voeux la création d'une "agence" internationale pour contrôler les armes atomiques israéliennes, tout autant que les activités nucléaires de la République islamique d'Iran.

Ses vers ont fait des vagues considérables, tant en Allemagne qu'en Israël. Dans un entretien accordé ce week-end au journal qui a publié le premier son poème, Grass admet qu'il formulerait aujourd'hui différemment ses propos "pour dire plus clairement qu'ils visaient principalement le gouvernement de Benjamin Netanyahu". "J'ai souvent apporté mon soutien à Israël, je me suis souvent rendu dans ce pays et je souhaite qu'il continue à exister et à parvenir enfin à faire la paix avec ses voisins", explique-t-il face à l'avalanche de critiques.

Dans une réponse publiée par le journal dominical "Bild am Sonntag", le chef de la diplomatie allemande, Guido Westerwelle écrit pour sa part dimanche: "Mettre Israël et l'Iran sur un même pied d'égalité au plan moral n'est pas seulement très malin, mais c'est aussi absurde.".

Eli Yishaï, qui dirige un parti ultra-orthodoxe juif membre du gouvernement de coalition, a de son côté suggéré que Grass aille en Iran "où il trouvera un auditoire complaisant s'il veut continuer à propager son oeuvre pervertie et fallacieuse".


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

"OEUVRE PERVERTIE ET FALLACIEUSE"

"Oeuvre pervertie et fallacieuse", commente Eli Yishaï, qui dirige le parti ultra-orthodoxe juif et est membre du gouvernement de coalition.

Quel imbécile ce Eli Yishaï! A l'entendre, il faudrait peut=être brûler les livres de Grass devant le temple de Jérusalem!

Il est de bon ton désormais de lancer des pierres à Grass qui longtemps, très longtemps, fut adulé en Allemagne comme la voix d'un prophète de Gauche, le chantre de Willy Brandt et de sa politique d'ouverture à l'Est. Eli Yishaï n'a sûrement rien lu de Grass. S'il l'a lu, c'est pire, il n'y a rien entendu. Il n'est jamais bon de critiquer Israël. Aussitôt on risque l'anathème et la mise au ban médiatique. Grass s'en fout, il en a vu d'autres.

Plutôt que de prendre position contre Grass qui fut et reste la meilleur romancier de sa génération, relisons plutôt l'interview du rabbin Guigui que nous avons publiée ici il y a à peine un jour ou deux.

MG

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