mardi 24 avril 2012

Le Pen: vote de rejet ou vote de conviction?





Entretien : M.Bs / T.Bo. (La libre Belgique)

MANUEL ABRAMOWICZ - coordinateur du journal en ligne Résistances.be et enseignant en travail social et communication à la Haute Ecole libre de Bruxelles - et le philosophe Robert REDEKER - qui publiera en 2012 “L’emprise sportive” et “L’illusion antiraciste” opposent leurs deux visions.
A côté des anciens, fidèles au Front National, une population jeune qui proteste contre les inégalités sociales s'est fait piéger par les trompe-l’œil de Marine Lepen. Ces électeurs n'ont pas voté pour le FN, mais contre Sarkozy.

ENVIRON 18 % DE SUFFRAGES POUR MARINE LE PEN LORS DU PREMIER TOUR DES PRESIDENTIELLES EN FRANCE : POURQUOI CE SUCCES SELON VOUS?

Manuel ABRAMOWICZ: Il se résume pour moi en une phrase : c’est l’échec de la copie et la victoire de l’original. Nicolas Sarkozy a repris ses thèmes de campagne de 2007 qui étaient des thèmes du Front national et qui lui avaient assuré le report de voix des électeurs de ce parti. Les thèmes du Front national, c’est "le triple i": immigration, islamisme et insécurité. Et, donc, Sarkozy a investi ces sujets (dans une campagne digne de la propagande électorale de la droite populiste la plus extrême), il a fait des promesses mais lui et son gouvernement n’ont engrangé aucun résultat. Les Français vivent plus mal aujourd’hui qu’en 2007. Cette fois-ci, il a donc perdu. Et c’est l’échec de tous les apprentis sorciers, intellectuels néoconservateurs, qui affirment que, pour battre l’extrême droite, il faut récupérer les territoires qu’elle occupe et répondre aux questions que pose son électorat. Le résultat de Marine Le Pen est basé sur la construction d’une véritable force d’opposition face à l’échec manifeste de la politique du président et de son gouvernement.

FAUT-IL PARLER D’UN VOTE D’OPINION OU D’UN VOTE DE PROTESTATION?

Manuel ABRAMOWICZ: Les deux. Parmi ceux qui votent pour le Front national, il y a d’abord des personnes âgées de plus de 65 ans fidèles au Front national. On les trouve dans les campagnes, dans des lieux désertés par les pouvoirs publics ou dans des zones sinistrées du point de vue économique. Ils sont protestataires et conservateurs. Pour eux, c’était mieux avant. Et puis, il y a les jeunes. Ceux-là ont voté pour protester, non pas contre l’immigration et l’insécurité, mais contre les inégalités sociales. Même s’ils sont tombés dans le piège des trompe-l’oeil de Marine Le Pen et de la séduction de ses slogans, ils n’ont pas vraiment voté pour elle, mais plutôt contre Sarkozy qui représente la France des injustices. S’ils avaient lu les propositions d’un Jean-Luc Mélenchon, on peut considérer qu’ils auraient très bien pu voter pour lui. Autrement dit, on ne peut pas dire que tous les électeurs qui ont voté pour le FN en France se situent forcément du côté droit de l’axe politique droite-gauche.

COMMENT INSCRIRE LES RESULTATS FRANÇAIS DANS LE PAYSAGE EUROPEEN? GLOBALEMENT, UNE NOUVELLE DROITE EST-ELLE EN TRAIN DE NAITRE?

Manuel ABRAMOWICZ:Oui, la droite radicale émerge dans plusieurs pays. Et elle est constituée à la fois de l’extrême droite traditionnelle issue du fascisme et du nazisme, et de la nouvelle droite nationale populaire (PVV en Hollande, Parti du progrès au Danemark ) qui, elle, n’a pas ces racines nazies ou racistes. La montée de cette droite radicale peut s’expliquer par l’échec des politiques ultralibérales de l’Europe appliquées par les différents gouvernements, la politique d’austérité par exemple.

EST-ON EN TRAIN DE CASSER LE CORDON SANITAIRE EN UTILISANT DE MOINS EN MOINS LES MOTS “EXTREME DROITE” POUR RENDRE CE COURANT POLITIQUEMENT PLUS CORRECT?

Manuel ABRAMOWICZ:L’extrême droite elle-même a toujours imposé un nouveau vocabulaire pour éviter d’être stigmatisée et, c’est vrai, pour briser le cordon sanitaire qui l’isole dans le paysage politique. C’est ce qu’on appelle la dédiabolisation du Front national. D’ailleurs il changera certainement de nom dans les semaines qui viennent parce que "Front national" reste synonyme de nazisme, fascisme, racisme, etc, et qu’il veut ratisser plus large. Mais, derrière, il reste autoritariste, dirigiste, pour le contrôle sur les libertés, avec juste un zeste de modernité.

A tort ou à raison, une part des Français s'estime menacé dans son identité, dans son droit de rester maître sur son sol. Dans toute l'Europe, sur le reflux du socialisme et du libéralisme, apparaît le nationalisme, la politique de l'avenir.

POURQUOI 6,4 MILLIONS DE FRANÇAIS ONT-IL VOTE POUR MARINE LE PEN?

Robert REDEKER: Aux résultats finaux, Marine Le Pen a engrangé plus de 6 millions de voix. Cela fait grosso modo 10 % de la population totale du pays, enfants et étrangers compris. Compte tenu de la radicalité et du volontarisme du discours véhiculé par la présidente du Front National, ce chiffre constitue en soi un événement historique. Témoignant d’un mouvement de fond dans la société française, il est le point de départ d’une aventure dont il n’est pas exclu qu’elle conduise un jour ou l’autre Marine Le Pen à l’Elysée. A tort ou à raison, une partie croissante des Français s’estime menacée dans son identité, dans son droit de rester maître sur son propre sol. C’est l’argumentation de Renaud Camus - cet écrivain que la classe culturelle voudrait réduire au silence - qui exprime le mieux ce sentiment en expliquant que nous assistons en France à un "grand remplacement", à la substitution d’un peuple à un autre. C’est ce sentiment, éprouvé confusément par la masse et porté au clair par Renaud Camus, qui rend compte plus que toute autre explication (par exemple la crise économique) du phénomène Le Pen.

ASSISTE-T-ON A UN PASSAGE? D’UN VOTE REJET A UN VOTE DE CONVICTION, DE L'ETYMOLOGIE “EXTREME-DROITE” A “DROITE NATIONALISTE”?

Robert REDEKER: Ce vote est un vote d’affirmation plus qu’un vote de rejet. Les rejets qu’il comporte - de l’immigration, de l’euro - sont des conséquences de l’affirmation de soi. De cette façon ce vote porte un vrai projet : voilà ce que nous sommes, voilà ce que nous voulons continuer à être. Il est important de dire que dans l’espace politique français, Madame Le Pen est la seule avec, dans une moindre mesure Monsieur Mélanchon, à avoir un projet politique d’envergure visant la construction d’un certain type de société. Il est courant de dire que la politique s’est étiolée au profit de la gestion, que le gouvernement s’est dissout dans la gouvernance parce qu’il faut se soumettre aux réalités économiques. Cette description ne vaut pas pour Marine Le Pen. Quand on lui dit, "c’est impossible, du fait des accords internationaux, de la finance, des agences de notation", elle répond "nous le ferons". Ses électeurs croient en la liberté d’agir. Ce vote est donc une double affirmation : du peuple et de la nation français, d’une part, et de la volonté politique d’autre part. L’étiquette "extrême-droite" est trop commode. Le vibrant discours prononcé par Marine Le Pen au soir du 22 avril, avec son appel à la nation, à la patrie, à la souveraineté populaire, aurait pu être tenu aussi bien par des révolutionnaires des années 1793 que par des républicains radicaux-socialistes de la IIIème République, voire par Jules Ferry. Issue de la Révolution, la nation est originellement une valeur de gauche, et le nationalisme a été partagée par la gauche jusqu’aux années 70. Il y a dans la rhétorique de Madame Le Pen un écho de Valmy, une réplique de la colère des sans-culottes. Les réflexes idéologiques font que dès qu’on entend le mot "nation", on classe à l’extrême-droite et l’on pointe un doigt accusateur.

CES VOTES S’INSCRIVENT-ILS DANS LA MONTEE DES DROITES NATIONALISTES EN HONGRIE, ITALIE OU PAYS-BAS? A QUOI ATTRIBUER CETTE TENDANCE?

Robert REDEKER: Tous ces pays ont des histoires différentes. En France, la montée du FN est liée au désintérêt pour le peuple manifesté par les partis de gauche. Ceux-ci ont substitué le sociétal (l’exaltation des valeurs "bobo") au social (les conditions de vie de la grande masse). Ils se sont plus intéressés aux immigrés qu’aux ouvriers et employés de souche européenne. Plus généralement, dans toute l’Europe, sur le reflux du socialisme et du libéralisme, apparaît une couche plus ancienne, populaire, un roc sous le sable des idéologies, le nationalisme. Ces mouvements obligent à établir un constat, qui peut inquiéter: le nationalisme, qui est à la fois un sentiment et une idée, est la politique de l’avenir.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

ON EN FERA SOIT SON MIEL SOIT SON FIEL



ROOSEVELT, GERONTE FRONDEUR

M le magazine du Monde Par Sylvie Santini



"Curtis", un symbole pour le collectif français Roosevelt 2012, qui souhaite peser sur le programme de François Hollande. -

Ils ont trouvé l'homme de la situation pour incarner l'appel de Roosevelt 2012. Curtis Roosevelt, 82 ans - petit-fils par sa mère de Franklin Delano Roosevelt, président des Etats-Unis de 1933 à 1945 -, est le contemporain des gérontes frondeurs Michel Rocard, Stéphane Hessel ou Edgar Morin, ligués dans ce "collectif". L'objectif est de "mordre les mollets" des candidats à la présidentielle et les sensibiliser à l'urgence d'une situation comparable à la Grande Dépression de 1933. Cet Américain bien tranquille, ils l'ont déniché dans un hameau du Gard, entre Nîmes et Avignon, une maison aux volets bleus au pied d'une église fortifiée.

Ce retraité des Nations Unies passe son temps à envoyer des chroniques au Huffington Post américain. Une ou deux fois par mois, le petit-fils aîné du plus révéré des présidents démocrates poste des billets critiques sur Barack Obama. Ce qui lui vaut quelques inimitiés dans son propre camp.

De telles dispositions le prédestinaient évidemment à s'acoquiner avec ces empêcheurs de socialiser en rond que sont les signataires de Roosevelt 2012. Désireux de voir Hollande arriver au pouvoir, oui, mais à condition qu'il applique, dans les trois mois, les quinze mesures qu'ils préconisent dans un petit livre qu'ils viennent de publier au prix désormais fétiche de 3 euros (le même que pour Indignez-vous, de Stéphane Hessel). C'est plus grave que ce qu'on vous dit... mais on peut s'en sortir ! (Ed. Nova) est signé Pierre Larrouturou, l'économiste de la bande, qui plaide pour une relance par des mesures, notamment fiscales, dont certaines s'inspirent directement du New Deal de Franklin D. Roosevelt.




Franklin D. Roosevelt et son chien Fala

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

FRANKLIN DELANO HOLLANDE?

Les traits principaux du caractère de Roosevelt tels qu'ils apparaissent dès l'époque de sa première campagne présidentielle font penser à ceux de Flamby Hollande: son optimisme, son exigence vis-à-vis de lui-même comme de ses collaborateurs. (cf wikipedia) Son optimisme ; Roosevelt était quelqu'un d'intuitif, de chaleureux assez charmeur , toujours souriant et sachant désarmer les critiques par l'humour..

Il se souciait réellement des Américains les plus défavorisés et était sensible aux injustices et à l'oppression sous toutes ses formes. Sur ce plan, il bénéficia de la popularité de sa femme (Valérie Trierweiler  n'est vraiment pas mal non plus ). Mais Roosevelt pouvait être également un homme politique hésitant, un tacticien manipulateur, capable de ne pas s'embarrasser de sentiments pour parvenir à ses fins, souvent secret, égoïste et attaché à son indépendance.




Le président Franklin Roosevelt signant le Social Security Act, le 14 août 1935.

À partir de 1934, la politique de Franklin Roosevelt s’orienta à gauche avec la création de l’État-providence (Welfare State).

Les élections législatives de 1934 donnèrent à Roosevelt une large majorité aux deux chambres du Congrès. Le président put continuer ses réformes afin de relancer la consommation et de faire baisser le chômage quicependant restait à un niveau très élevé (12,5 % en 1938). Le 6 mai 1934, le président crée l'Administration chargée de l'avancement des travaux (Works Progress Administration). Elle employa jusqu'à 3,3 millions de personnes en 1938 sur des chantiers divers : réalisation de routes, de ponts, de bâtiments publics… Les professeurs enseignaient la langue anglaise aux immigrants, les acteurs jouaient des pièces de théâtre jusque dans les petites villes, les peintres comme Jackson Pollock recevaient des commandes. L'Administration nationale de la jeunesse (National Youth Administration) fut fondée en juin 1935 pour faire baisser le chômage des jeunes et les encourager à faire des études. L'Administration pour la réinstallation (Resettlement Administration), créée en avril 1935, fut placée sous la direction de Rexford Tugwell pour réduire la pauvreté des agriculteurs. Elle fut remplacée par l'Administration pour la sécurité agricole (Farm Security Administration) en 1937. Songeons "aux raisins de la colère" (le roman de Steinbeck adapté au cinéma par John Ford)

Le Social Security Act prévoyait pour la première fois à l’échelon fédéral la mise en place d’une sécurité sociale pour les retraités, les pauvres et les malades. La loi sur les retraites fut signée le 14 août 1935. Le financement devait reposer sur les cotisations des employeurs et des salariés pour ne pas accroître les dépenses de l'État fédéra.

Le deuxième New Deal fut attaqué par des démagogues tels que le père Coughlin, Huey Long ou encore Francis Townsend. Mais il suscita également l’opposition des démocrates les plus conservateurs emmenés par Al Smith. Avec l’American Liberty League, ce dernier critiqua Roosevelt et le compara à Karl Marx et Lénine.

Le monde des affaires se montra également hostile au « type de la Maison-Blanche ». Enfin, Roosevelt était critiqué pour avoir creusé le déficit du budget fédéral, qui passa de 2,6 milliards de dollars en 1933 à 4,4 milliards de dollars en 1936.

Roosevelt fut réélu pour un deuxième mandat. Sa victoire écrasante contredisait tous les sondages et les prévisions de la presse. Elle indiquait un fort soutien populaire à sa politique de New Deal et se traduisit par une majorité démocrate dans les deux Chambres du Congrès.

Lorsque l’économie se détériora à nouveau fin de l’année 1937, Roosevelt lança un programme agressif de stimulation de celle-ci en demandant au Congrès 5 milliards de dollars pour lancer des travaux publics dans le but de créer 3,3 millions d’emplois en 1938.



Le deuxième mandat de Roosevelt a été marqué par la montée des oppositions. Les groupuscules et leaders fascistes tels que le Front chrétien du père Coughlin, lancèrent une croisade contre le Jew Deal mais qui trouva peu d'écho.

La politique menée par le président Franklin Roosevelt a changé le pays par des réformes et non par la révolution.

Le New Deal inaugurait en outre une période d'interventionnisme étatique dans de nombreux secteurs de l'économie américaine.

Ainsi, les mesures du New Deal ont posé les bases de la future superpuissance américaine.

Le New Deal a permis une démocratisation de la culture et la réconciliation des artistes avec la société. L'esprit du New Deal a imprégné le pays : le cinéma et la littérature s'intéressaient davantage aux pauvres et aux problèmes sociaux.




Sarkozy ne changera pas la ligne politique européenne actuelle, Hollande oui, radicalement.

L'Europe a besoin d'un New Deal donc d'un Roosevelt européen. Hollande Rozenveld?

A défaut de ce New Deal à l'européenne, les colonels grecs ressortiront des casernes, et les Marine feront des Marinettes partout en Europe.

Depuis hier j'ai donc décidé que, si j'étais français,  je ne voterais pas Sarko, donc Flamby par défaut. "Der Mann ohne Eigenschaften" a selon moi une qualité essentielle: sa terrible normalité. Cela dit je trouve la campagne de Sarko l'Agité brillante et suis impressionné.

MG

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