lundi 16 avril 2012

Les salafistes distribuent des Corans en Allemagne



L'organisation extrémiste «Die Ware Religion» veut distribuer 25 millions d'exemplaires du livre Saint en Allemagne, en Suisse et en Autriche.


L'Allemagne s'inquiète de la distribution gratuite du Coran à travers tout le pays à l'initiative d'un groupe d'extrémistes musulmans salafistes. Depuis octobre 2011, l'organisation «Die Ware Religion» (la vraie religion) a déjà distribué quelques 300.000 corans traduits dans la langue de Goethe outre-Rhin et s'est fixée pour objectif d'en diffuser 25 millions en Allemagne, en Autriche et en Suisse. Tous les partis politiques s'alarment alors qu'une nouvelle distribution de masse doit avoir lieu, ce samedi, dans 38 villes allemandes, dont Berlin, Hambourg, Kiel, Lübeck et Wiesbaden.

Le gouvernement et la classe politique dénoncent une exploitation du livre sacré à des fins extrémistes. Le chef du groupe parlementaire des Unions chrétiennes de la chancelière Angela Merkel, Volker Kauder, a «fermement condamné» cette initiative qui selon lui «exploite le Coran à des fins extrémistes» et a réclamé une enquête sur son mode de financement. Le parti libéral FDP, partenaire gouvernemental, juge «inexcusable» ces distributions qui «exploitent l'écriture sacrée comme moyen de propagande publicitaire au service de l'extrémisme». Serkan Tören, un porte parole du FDP, réclame l'extradition des «salafistes non-Allemands, qui violent la loi fondamentale».

Dans l'opposition, le Parti social-démocrate SPD a appelé à poursuivre la surveillance des salafistes. «Si les autorités relèvent qu'il y a violation du droit et de la loi, il s'agirait alors de réfléchir à une interdiction», a déclaré un porte-parole des sociaux-démocrates, Michael Hartmann. Il écarte cependant l'idée qu'«une simple action de distribution puisse transformer des hommes en terroristes». Des menaces proférées contre plusieurs journalistes dans une vidéo publiée sur Youtube ont déclenché l'émoi de la classe politique, qui y voit une atteinte à la liberté de la presse. Dans cette vidéo, retirée depuis, les journalistes sont qualifiés de «cochons» et de «singes». Une voix dit: «Nous savons où tu habites, nous connaissons ton club de football, nous avons ton numéro de téléphone mobile», selon le quotidien Die Welt.

L'auteur de cette action, Ibrahim Abou Nagie, un prédicateur et chef d'entreprise d'origine palestinienne de 47 ans installé à Cologne, explique vouloir «apporter la vérité dans le coeur des gens». Abou Nagie fait lui même l'objet d'une surveillance des autorités. Les services de renseignements allemands s'inquiètent de la montée du courant salafiste outre-Rhin. Ils estiment à 2500 le nombre de salafistes vivant en Allemagne. «La distribution d'exemplaires du Coran est couverte par la liberté religieuse, mais le mouvement qui se cache derrière continue de faire l'objet d'une surveillance», rappellent les autorités. Les services de renseignements jugent que la distribution du Coran n'est qu'un moyen détourné de recruter de nouveaux militants islamistes extrémistes. Pour Bodo Becker, un porte parole du ministère de l'Intérieur, les salafistes représentent une menace pour les libertés démocratiques fondamentales et cultivent un rapport ambigu à la violence.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

FAIRE LIRE LE CORAN AUX MUSULMANS




Imaginons qu'un mouvement évangéliste envisage de distribuer des centaines de milliers, voire plusieurs millions d'évangiles. Y aurait-il de quoi en faire un fromage? On objectera que Hitler a fait distribuer des millions d'exemplaires de Mein Kampf.

Pas pareil? Non absolument pas.

Il parait qu'il s'agit d'une'" traduction en allemand du coran".

Attention ceci devient plus intéressant et plus délicat.

Il y a, assurément, traduction et traduction.

Ainsi, sans avoir des connaissances particulières en la matière, il apparaît que pour ce qui est de la version française, selon les spécialistes et islamologues, l'essai de traduction du Coran de Jacques Berque serait la meilleure traduction à ce jour.

Si d'aventure, il venait à l'esprit d'un organisme musulman de distribuer des "Berque" faudrait-il s'en alarmer? Sans doute pas, bien au contraire.

Essayons de réagir objectivement et de façon critique à cette question.

Pendant un millénaire et demi, les chrétiens n'ont pas eu accès à leur texte fondateur. Luther fut, au seizième siècle, le premier à oser en proposer une traduction en langue vulgaire, en l'occurrence en allemand. Son texte fut distribué à très grande échelle grâce à l'invention récente alors de l'imprimerie. Ainsi naquit la réforme et le mouvement protestant qui, contrairement au catholicisme ,ne maintenait pas ses ouailles dans l'ignorance. La réforme imposa aux protestants une lecture quotidienne et personnelle, voire critique, de la bible. Ceci a favorisé fortement l'alphabétisme dans les régions touchées par la réforme, singulièrement dans nos régions. Anvers, la ville-monde du 16ème siècle (Braudel) était le centre économique de l'occident. Quand elle fut reprise par les catholiques espagnols en 1585, les élites réformées émigrèrent en masse vers Amsterdam et Rotterdam, assurant au 17ème siècle un si formidable élan qu'on parlera du siècle d'or hollandais. Le libre-examen naquit d'une habitude de lire la bible et de l'interpréter librement et avec esprit critique.

Revenons à l'islam en Europe au XXIème siècle. C'est une évidence que le majorité des musulmans n'ont pas lu le Coran. Ni dans le texte original, ni en traduction. La plupart des musulmans se contentent de respecter les cinq piliers de l'islam, lesquels ne comprennent pas la lecture du Coran. L'islam tel qu'il se pratique en masse est une orthopraxie, un ensemble de rituels à suivre, de gestes à accomplir pour se conformer à un usage dit musulman. ce n'est pas une orthodoxie, un suivi dogmatique et spirituel du prescrit coranique.

De plus, seule une minorité de jeunes musulmans comprend l'arabe dit classique qui est celui du texte fondateur et qui est aussi celui que parlent la majorité des imams prédicateurs. Les musulmans des mosquées de banlieue comprennent aussi mal l'arabe que les paroissiens catholiques le latin.

Il est bien évident que si, chez nous en Belgique et en France, le texte de Berque était accessible aux jeunes musulmans et aux non musulmans ils auraient une vision bien différente et plus ouverte et tolérante de l'islam.

Ainsi, le Coran est muet ou presque sur la question du voile et du foulard. Certes, il contient des passages haineux, (la thora juive également et les textes post évangélique ont des accents antisémites) mais il comprend aussi une éthique d'une très haute élévation. Lire le coran n'est pas chose facile. Il faut s'y prendre à plusieurs fois avant de distinguer dans ce texte complexe et confus d'apparence une cohérence interne. Berque demande qu'on le lise de manière structurelle. Qu'est ce à dire? Qu'on détecte des thèmes, des leitmotivs récurants tels que l'Agir bellement, la dénégation, la voie de rectitude et son contraire, l'errement, la voie tordue, l'égarement de ceux qui mal se guident. Le coran est en effet essentiellement une guidance spirituelle et morale.

La postface de l'essai de traduction En relisant le Coran, est une introduction au texte. Cette analyse porte tout d'abord sur sa structure (entrelacs, répétitions), puis sur le langage (mettant en lumière la simplicité des mots et la complexité du flux verbal). Suivent une approche thématique (menaces, appel à la raison, débat sur la sécularité et la normativité du texte) et une réflexion sur le rapport du texte à la vérité. Comme toute traduction, celle de Jacques Berque est une interprétation, mais celle-ci est inspirée, accessible aux profanes et saluée par tous les spécialistes. C'est donc un texte à lire et à méditer que l'on soit musulman ou non.


Jacques Berque : une immense contribution

Par ALI DADDY


Le talent ne s'improvise pas et la qualité mérite toujours d'être mise à l'honneur.

Rendons dès lors hommage à Jacques Berque et à son "Essai de traduction du Coran" auquel il a consacré une vingtaine d'années d'une vie bien remplie.

Si le Coran mérite bien le raffinement de la langue française, il a été admirablement servi en la matière par Jacques Berque qui pousse ce raffinement jusqu'à proposer des néologismes (bel-agir, dénégateurs, ...), lesquels se sont imposés tant ils étaient adéquats!

En plus du courage de compulser l'oeuvre monumentale de l'exégèse traditionnelle, l'auteur fait preuve d'une grande rigueur teintée d'une géniale hardiesse dans ses commentaires et ses choix grammaticaux.

Le recueil se termine par une double étude exégétique : classique tout d'abord, plus moderne ensuite, ce qui permet à notre auteur de donner libre cours à son talent afin de servir une parole coranique qui postule des approches à la fois plus hardies et mieux agrumentées.

Un véritable ouvrage de référence à mettre entre toutes les mains et à consommer sans modération, n'en déplaise à tous les Geert Wilders et à leurs laudateurs intolérants et ignares.
ALI DADDY


LE CORAN : ESSAI DE TRADUCTION
par Jacques Berque


( Livre )
Albin Michel
Collection Spiritualité vivantes
2002, 864 p., 15 euros
Première édition : Sindbad - 1991
ISBN : 2226134883

Une nouvelle édition, revue et corrigée à jour, de la traduction du Coran par Jacques Berque

Le texte du Coran est suivi de En relisant le Coran, exégèse de Jacques Berque.

« Le Livre sacré des musulmans est réputé difficile à lire pour un Occidental. Il est vrai que son style prophétique et incantatoire, l’ordonnancement de ses 114 sourates qui ne suit aucune logique thématique ou narrative (elles sont simplement classées de la plus longue à la plus courte), ses multiples allusions à un contexte historique qui nous est mal connu, rendent sa lecture impossible au profane sans une représentation et un appareil critique fouillé. C’est précisément ce travail – monumental – qu’a réalisé en plus de quinze ans le professeur Jacques Berque, s’appuyant sur une pénétration de l’Islam "de l’intérieur", et une érudition sans pareille. » (présentation de l'éditeur)

« Traduction brillante. Trop brillante ? De belles trouvailles, de l'invention, voire des coquetteries ici et là... peut-être pour biaiser avec les difficultés du texte ? Un grand sens poétique mais d'aucuns le trouvent parfois pesant, comme si Berque ne laissait pas le Coran respirer. » (extrait d'un article de Daniel Bermond, Lire, 2002)

« Jacques Berque s'explique longuement sur les choix techniques qu'il avait pris et sur le parti de traduire le Saint Coran non pas de manière littérale, mais de manière sémantique. Dans cette perspective, certaines images ou métaphores peuvent être utilement rendues par des termes emblématiques dans la langue d'arrivée. Inversement, il faudrait plus de mots pour traduire des notions symboliques qui ne connaissent aucun équivalent direct. Jacques Berque a opté pour une poétisation de la langue de traduction, ici le français, pour rendre plus joliment que d'autres traducteurs des mots comme : "dénégateurs" pour mûnafiquîn, là où l'on acceptait docilement le mot "hypocrites", ce qui visiblement nous éloigne du sens initial. Il importait surtout à Jacques Berque de rendre le beau phrasé arabe du Coran, fluide et assonancé, par des tournures de phrases qui soient bien rythmées et stylisées. Pari tenu. » (Malek Chebel)
Dans BiblioMonde


"Ayant lu et relu le Coran avec des intentions diverses et tout d'abord avec les préjugés d'intellectuel, nous étions parfois déconcertés par l'ordre imprévu de ses idées et par leur nature parfois surprenante.

Mais depuis longtemps, notre intérêt s'est accru à mesure que nous pénétrions dans ce monde qui a son ordre, son architecture et sa nature propres qui ne sont pas ceux d'une encyclopédie de faits scientifiques, ni d'un livre didactique consacré à une discipline particulière.

Nos préjugés ont cédé d'eux-mêmes comme cèdent toujours les préjugés aux révolutions de la science ou de l'Histoire et aux victoires du plus vrai et du mieux.

... l'intellectuel a laissé maintenant son préjugé naïf pour entrer avec un autre intérêt dans le monde coranique comme le personnage qui, dans les romans de fées, se trouve dépouillé de ses hardes pour pénétrer dans un monde enchanté".

Malek Bennabi, Le Phénomène coranique, 1947.


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