vendredi 27 avril 2012






QUAND LES JARDINIERS CLANDESTINS S'ATTAQUENT AUX VILLES...

LE MONDE

Par Christine Taconn



Un guérillero urbain à Londres. | REUTERS/Alessia Pierdomenico

Ils sortent souvent la nuit, seuls ou en groupe. Ils semblent sans arme. Mais, au fond de leurs poches, de petites boules de terre s'entrechoquent. Des bombes à graines. Au prochain arrêt, l'air de rien, ils les lanceront sur le sol délaissé d'une friche urbaine. Avec un peu de chance, dans quelques jours, cet espace fleurira. Puis ils repartiront biner un chantier à l'abandon, entretenir les boutures d'un pied d'arbre ou végétaliser d'autres interstices dans le béton.

Leur combat a un nom : la guérilla jardinière. Inventé à New York dans les années 1970, le terme a retrouvé ses lettres de noblesse après la publication en 2003 d'un opus, On Guerrilla Gardening, devenu la bible des militants et traduit en français en 2010 chez l'éditeur alternatif Yves Michel.

L'auteur, Richard Reynolds, un professionnel de la publicité fan de jardinage, lui-même guérillero clandestin, y fait le point sur l'histoire du mouvement, ses valeurs, ses techniques. Le Britannique se consacre à cette activité qu'il retrace sur son site (Guerrillagardening.org) et donne des conférences sur le sujet dans le monde entier. Sa définition est toute prête : "La guérilla jardinière, c'est la culture sans autorisation de terrains qui ne vous appartiennent pas." Une fertile occupation des sols abandonnés, en somme.

Dans les faits, les attaques ciblent surtout les espaces publics négligés. A Londres, les militants y plantent des massifs de fleurs. A Paris, ils préfèrent les potagers. L'art et la poésie ne sont jamais loin de ces séances de bêchage collectif et autogéré. Il suffit de suivre les tags en mousse qui grimpent le long des murs de ciment. Le Centre Georges-Pompidou à Paris ne s'y est pas trompé, qui organisait sur ce thème, l'hiver dernier, des ateliers lors de son exposition "Green Attitude".

"FAIRE PASSER UN MESSAGE POLITIQUE"

Combien sont-ils dans le monde à s'en revendiquer ? Le chiffre de 60 000 militants circule, difficile à vérifier, car le cercle est mouvant. Il tend surtout à s'étendre. En France, le réseau va de Rennes à Bordeaux, de Lyon à Nantes. Le mardi 1er mai, ces groupes s'associeront à leurs camarades hors des frontières pour une "grande fête globale du jardinage illégal de tournesol" (International Sunflower Guerrilla Gardening Day). Plantations hautes en couleur assurées.

"Pour les militants à la marge, ces actions sont une façon provocante de faire passer un message politique sur la propriété, le vivre-ensemble et la nature", signale Richard Reynolds. Les membres de la plate-forme Guerrilla Gardening Paris se voient ainsi comme des résistants, plus tournés vers la critique de l'urbanisme contraint que vers l'embellissement du bitume. "Nous sommes proches du mouvement des peuples sans terres ailleurs dans le monde, précise Gabe, coordinateur de la plate-forme. L'idée est de s'approprier nos rues et d'agir pour un patrimoine plus diversifié des espaces verts."

Certaines municipalités ont décidé de s'associer à des initiatives s'inspirant du guerrilla gardening, comme Embellissons nos murs à Rennes ou Laissons pousser, partie d'Ile-de-France. "Pour les gens, le guerrilla gardening est une façon de prendre possession des espaces publics en répondant à un besoin pressant de convivialité", reconnaît Richard Reynolds. Une vision proche de la philosophie des jardins partagés. "Plus les citoyens l'adopteront, plus les autorités seront détendues sur le sujet. Et cela n'aura plus à s'appeler guérilla jardinière".

Christine Taconn

Bombes à graines, mode d'emploi
La grenade verte ou bombe à graines est l'étendard de la guérilla jardinière. Un outil amusant, pratique pour les endroits difficiles d'accès. C'est une boule d'argile, de terreau et de graines, que l'on peut confectionner soi-même et lancer où l'on veut, en catimini. Les puristes récupèrent les graines de leurs propres plantations. Autre option idéologiquement acceptable : s'approvisionner dans des Fraternités ouvrières ou auprès d'associations militantes comme Kokopelli, qui distribue des semences bio pour préserver la biodiversité. Trop tard ? Alors direction la jardinerie du coin. On y trouve des sachets prémélangés, comme ceux de la jeune société Nova-Flore, spécialiste de l'écologie urbaine (plantes mellifères, prairie de fleurs sauvages, etc.). Ceux que les travaux manuels rebutent s'achèteront des outils tout prêts. Comme les paquets de bombes à graines de l'allemand Aries ou, plus tendance, l'astucieuse Seedbom, en forme de grenade, du britannique Kabloom.

Mais la bombe à graines est une arme capricieuse, qui n'affranchit pas son utilisateur du b.a.-ba du jardinage. Une graine a besoin d'un sol préparé et d'une météo propice pour s'enraciner. Pas de magie, hélas, d'où certaines frustrations des débutants, que Richard Reynolds, auteur du livre La Guérilla jardinière (éd. Yves Michel, 2010, 274 p., 13,96 euros) et utilisateur régulier, accueille avec le sourire : "Ce sont des bombes très primitives ! Elles sont donc peu fiables."

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

GREEN ATTITUDE




La Guérilla jardinière (éd. Yves Michel, 2010, 274 p., 13,96 euros)

"La guérilla jardinière, c'est la culture sans autorisation de terrains qui ne vous appartiennent pas." Il s'agit donc bien d'une  fertile occupation des sols abandonnés en y plantant des massifs de fleurs ou des  potagers. Il s'agit donc bien d'une manière nouvelle et militante de vivre la ville.

"Pour les militants à la marge, ces actions sont une façon provocante de faire passer un message politique sur la propriété, le vivre-ensemble et la nature", (Richard Reynolds).

Ce militants d'un genre nouveau  se perçoivent comme "des résistants, plus tournés vers la critique de l'urbanisme contraint que vers l'embellissement du bitume". "

 L'idée est de s'approprier nos rues et d'agir pour un patrimoine plus diversifié des espaces verts."

Guerrilla gardening est une façon de prendre possession des espaces publics en répondant à un besoin pressant de convivialité"

Comment ne pas penser en lisant cela à la célèbre nouvelle de Giono:

L'Homme qui plantait des arbres présentée comme l' authentique histoire, du berger Elzéard Bouffier, (personnage pourtant de fiction), qui fait revivre sa région, localisée en Haute Provence, entre 1913 et 1947, en plantant des arbres?

L'histoire d'Elzéard Bouffier est en désormais  considérée dans la littérature écologiste comme une parabole de l'action positive de l'homme sur son milieu et de l'harmonie qui peut s'ensuivre. (cf wikipedia)


L'Homme qui plantait des arbres est aujourd'hui reconnu comme une œuvre majeure de la littérature de jeunesse et elle est, à ce titre, et pour son message écologique de développement durable, étudiée en classe.


Le narrateur, personnage anonyme, effectue une randonnée dans une contrée située entre les Alpes et la Provence. Il fait par chance la rencontre d'un berger silencieux nommé Elzéard Bouffier, qu'il prend, au début, « pour le tronc d'un arbre solitaire ». Celui-ci lui prodigue à boire, puis lui propose de passer la nuit chez lui, dans sa maison de pierres. Le narrateur est impressionné par la bonne tenue de la demeure et par la vie placide et sereine du berger qui vit seul en compagnie de son chien et de son troupeau de moutons.

Alors que la nuit s'avance, le narrateur observe le berger en train d'examiner, de classer, de nettoyer puis de sélectionner, « un tas de glands ». Il en choisit finalement cent, qu'il met de côté, puis va se coucher. Le lendemain, le narrateur reprend sa route mais, intrigué, demande au berger s'il lui est possible de demeurer chez lui encore un jour. Le berger accepte puis prend la route avec son troupeau et son sac de glands. Le narrateur décide de suivre un chemin parallèle à celui du berger afin d'observer ce qu'il compte faire de ses glands. Ce dernier s'arrête enfin sur une petite clairière désertique et, à l'aide d'une « tringle de fer », fait un trou dans lequel il met un gland, puis rebouche le trou. Le narrateur comprend qu'Elzéard Bouffier plante des chênes et, ce jour-là, il en plante cent, « avec un soin extrême ». Engageant de nouveau la conversation, le narrateur apprend qu'Elzéard plante depuis trois ans des arbres : « Il en avait planté cent mille. Sur les cent mille, vingt mille était sortis. Sur ces vingt mille, il comptait encore en perdre la moitié, du fait des rongeurs ou de tout ce qu'il y a d'impossible à prévoir dans les desseins de la Providence. Restaient dix mille chênes qui allaient pousser dans cet endroit où il n'y avait rien auparavant ».

Il entend métamorphoser la région en plantant des milliers d'hectares de surface sylvicole. Le lendemain, le narrateur quitte la compagnie du berger et l'année d'après il est engagé sur le front de la Première Guerre mondiale. Il oublie alors Elzéard Bouffier et sa passion incroyable. Mais, lorsqu'il décide d'effectuer à nouveau une randonnée dans la région, le souvenir du berger silencieux lui revient.

Retrouvant le planteur, qui a changé de métier et qui est maintenant apiculteur (ses moutons étant en effet une trop grande menace pour ses plantations), celui-ci lui fait visiter sa nouvelle forêt dont les chênes datent de 1910. La création d'Elzéard fait alors « onze kilomètres de long et trois kilomètres dans sa plus grande largeur » et impressionne le narrateur qui a le sentiment d'avoir sous ses yeux une œuvre de création divine : « Quand on se souvenait que tout était sorti des mains et de l'âme de cet homme – sans moyens techniques – on comprenait que les hommes pourraient être aussi efficaces que Dieu dans d'autres domaines que la destruction ». Le milieu a littéralement changé et, même, la reproduction des arbres se fait dorénavant toute seule, le vent aidant à disperser les graines. La transformation de la contrée s'opère si lentement que personne ne s'en aperçoit.

En 1933, le berger reçoit la visite d'un garde forestier, ce qui témoigne de l'importance de la forêt ainsi constituée au fil des années. Pour accélérer son projet, Elzéard Bouffier décide de fabriquer une maison afin de vivre au milieu des arbres. En 1935, le narrateur rend visite au berger en compagnie d'un ami garde forestier, à qui il dévoile le mystère de cette « forêt naturelle ». Ce dernier jure conserver le secret et voit en Elzéard Bouffier un homme qui a trouvé par cette activité « un fameux moyen d'être heureux ».

Le narrateur revoit une dernière fois le berger, en juin 1945. Ce dernier a alors 87 ans et il continue sa tâche de reforestation. Autour de lui, la région est revenue à la vie, notamment le village de Vergons où les habitants sont de nouveau présents et heureux. Ainsi, « plus de dix mille personnes doivent leur bonheur à Elzéard Bouffier ». Le narrateur a une dernière pensée pour le berger, sa générosité et son abnégation, qui font de sa réalisation « une œuvre de Dieu ». Enfin, « Elzéard Bouffier est mort paisiblement en 1947 à l'hospice de Banon »[A 10],

L'étude génétique textuelle du manuscrit renseigne sur les choix esthétiques de Giono. Le texte a été rédigé dans la nuit du 24 au 25 février 1953, comme l'atteste le manuscrit originel qu'apparaît le titre « Le caractère le plus exceptionnel que j'aie rencontré »,

C'est à la suite d'une commande du magazine américain Reader's Digest, en février 1953, sur le thème « Le personnage le plus extraordinaire que j'ai rencontré » (« The Most Unforgettable Character I've Met »), que la nouvelle naît.



Giono reçoit ensuite une lettre, le 1e décembre 1953, dans laquelle le magazine refuse son texte en raison du doute sur l'existence du personnage d'Elzéard Bouffier

Giono étant délivré de tout contrat avec le Reader's Digest, une autre revue américaine, Vogue demande à publier le texte, ce que Giono accepte, sans demander de droits d'auteur. Le 15 mars 1954, L'homme qui plantait des arbres est publié, en anglais donc, sous le titre The Man Who Planted Hope and Grew Happiness (L'homme qui plantait l'espoir et faisait pousser le bonheu), dans Vogue. Après avoir été publiée dans Vogue, la nouvelle est éditée gratuitement à hauteur de 100 000 exemplaires aux États-Unis.

SUCCES ET TRADUCTIONS
La nouvelle est ensuite publiée dans d'autres revues, et en particulier dans des revues écologiques de langue anglaise d'abord. Selon Giono, ce succès aux États-Unis peut s'expliquer par le fait que son personnage de berger rappelle aux Américains leur propre héros national, John Chapman surnommé John Appleseed, « l'homme aux pommiers ».

Le berger Elzéard Bouffier est certainement un mélange entre la figure parentale de Giono et celle, typique, du « berger du Contadour ». Selon Pierre Citron, avec L'Homme qui plantait des arbres, Giono a écrit « un de ses rares récits qui soit intégralement optimiste et moral d'un bout à l'autre ».

Le personnage a échappé à son créateur, comme Don Juan échappa à Tirso de Molina.

Le personnage d'Elzéard représente ailleurs plusieurs traits éthiques, comme la vertu du silence et l'abnégation dans le travail solitaire, seules conditions de succès, mais aussi l'amour et la communion avec la nature, jusqu'à la mort.


Les mouvements environnementaux en ont fait un modèle de conscience écologique alors que Giono ne revendique à aucun moment dans son œuvre une telle sensibilité politique.

D'autres opérations de plantation à grande échelle, sans s'inspirer de la nouvelle de Giono, y font écho[19]. Ainsi, Abdul Kareem a créé en Inde une forêt « sortie de nulle part » selon ses termes, sur une période de 19 ans, en utilisant la même méthode qu'Elzéard Bouffier[20]. Une organisation nommée Trees for the Future a aidé plus de 170 000 familles, dans 6 800 villages d'Asie, d'Afrique et d'Amérique à planter des arbres, estimés à plus de 35 millions[21]. Wangari Maathai, prix Nobel de 2004, a fondé le Green Belt Movement qui a pour objectif de planter plus de 30 millions d'arbres pour restaurer l'environnement du Kenya. Bhausaheb Thorat a planté 45 millions de graines à la suite de la lecture du récit de Giono.



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