lundi 23 avril 2012

Sarkozy est pris dans son propre engrenage






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RICHARD WERLY

SANS SE CONCERTER, Daniel Cohn-Bendit et Jean-François Kahn arrivent à la même conclusion : Nicolas Sarkozy ne rempilera pas à l’Elysée…

Mercredi soir, Daniel Cohn-Bendit était sur la scène du Cirque d’hiver, à Paris, pour l’ultime meeting d’Eva Joly, la candidate écologiste française à la présidentielle. Admiratif de la pugnacité de l’ex-juge, le leader des Verts au parlement européen y a néanmoins déploré ses erreurs de parcours, et insisté sur la nécessité de peser dans la future majorité qui sera réunie, selon lui, autour de François Hollande, dont il prédit la victoire.

Eva Joly a-t-elle, comme beaucoup l’affirment, raté sa campagne ?

J’ai toujours dit que cette élection ne nous convenait pas. La présidentielle, c’est le rendez-vous irrationnel des électeurs avec une personnalité. Or Les Verts n’ont pas cette culture. Eva Joly encore moins. Résultat : elle a tardé à trouver ses marques, et nous sommes passés à côté de l’enjeu européen. En mettant à chaque fois l’accent sur une « république exemplaire », et sur la moralisation de la vie politique Eva, malgré son courage, s’est peu à peu enfermée dans une campagne franco-française.

Vous avez affirmé que Nicolas Sarkozy ne sera pas réélu. Vous persistez ?

J’en suis convaincu. La machine Sarkozy ne fonctionne plus. Ce type a de l’énergie à revendre. Il a aussi raison de dire qu’il n’est pas responsable de la crise. Mais il se retrouve aujourd’hui inéluctablement happé par son propre engrenage. Nicolas Sarkozy a fait croire en 2007 qu’il pouvait tout résoudre et les Français ont, en majorité, cru à son histoire. Or il n’a pas pu tout régler. Et il ne pourrait pas le faire s’il était réélu. Les Français ne veulent plus d’un « Monsieur 100.000 Volts » à la tête du pays. C’est acquis. Surtout quand, en face, Hollande promet, lui, d’être un président normal.

La France en crise peut-elle être dirigée par un président « normal » ?

La grande force de François Hollande est de promettre du calme aux Français mais aussi, par ricochet, aux partenaires de la France. On verra. C’est peut-être ça la solution. Regardons aussi le calendrier. Hollande est malin. Il va aller voir, sitôt élu, Angela Merkel pour lui dire qu’il ne ratifiera pas, tel quel, le récent « pacte fiscal ». Et que va lui répondre la chancelière ? Elle aussi a bientôt des élections. Elle aussi voit que l’austérité à tous crins, ça ne fonctionne pas. Je crois à une alliance objective Hollande-Merkel. Idem sur les questions internationales : le candidat du PS promet de ramener les troupes françaises d’Afghanistan avant la fin 2012. S’il revient du sommet de l’Otan, à la mi-mai, en décalant de quelques mois le calendrier, personne n’y trouvera à redire. Il aura toutefois imprimé sa marque.

Quelles sont les autres leçons de cette élection que vous estimez bouclée ?

Oui, je crois vraiment que c’est plié. Le refus de Sarkozy est comme jadis celui de Giscard : irrationnel. Tous ceux qui reprochent à François Hollande d’être trop mou mésestiment par ailleurs sa prouesse électorale : cet homme est en train de réussir, dans une France à droite, à se créer un espace majoritaire. C’est la bonne nouvelle. Je m’inquiète à l’inverse du score élevé de Marine Le Pen, qui finira sûrement au-dessus de Jean-Luc Mélenchon. Je me souviens très bien de 2002. L’impuissance avait gagné le camp Jospin dans les derniers jours. C’est ce qui est en train de se passer pour Nicolas Sarkozy. Son équipe n’y peut rien. Cela ne marche plus. D’où le retour vers l’extrême droite d’un bon nombre d’électeurs décomplexés. Puisque la défaite paraît consommée, à quoi bon voter utile ? Et l’élection française débouchera sur deux pôles extrémistes forts : l’un à gauche, l’autre à droite. Une polarisation nourrie par une quête désespérée d’identité. C’est ce qui me préoccupe le plus : cet électorat déboussolé.

Comment l’expliquez-vous ?

Par notre échec collectif. Nous avons échoué à faire comprendre aux Français que les solutions à la crise ne peuvent être qu’européennes. C’est là où la stratégie de Jean Luc Mélenchon me fait peur. Lui joue le pourrissement, la chute de la social-démocratie. Mais pour faire quoi ? C’est très dangereux. Un grand nombre de Français, aujourd’hui, n’ont pas de représentation du monde. Nous n’avons pas su raconter une histoire européenne dans cette campagne. Pourquoi ? Sans doute parce que la crise a rendu les choses trop complexes, trop illisibles. Vue sous cet angle, cette élection m’angoisse énormément.



PRESIDENTIELLE : A QUI PROFITERONT LES REPORTS DE VOIX AU SECOND TOUR ?


Par Donald Hebert(Nouvel Obs: extraits)

François Hollande et Nicolas Sarkozy ne sont pas à égalité, compte tenu des résultats du premier tour. Les données de l'équation.

(Photomontage/AFP)

La compétition reste ouverte, mais les finalistes ne partent pas avec le même handicap. Ils comptent sur les reports de voix de leurs concurrents déçus, mais attention aux calculs simplistes.

A première vue, les deux gagnants du premier tour sont au coude à coude : François Hollande a recueilli 28,6% des voix, Nicolas Sarkozy 27,2%. Soit un petit point et demi d'écart. Les scores des candidats déçus ont donc une importance capitale. Qu'il s'agisse de celui du troisième, du quatrième et du cinquième "hommes".

Marine Le Pen est à 17,9%, Jean-Luc-Mélenchon à plus de 11%, et François Bayrou à plus de 9%. Une partie de leurs voix se reporteront sur les deux finalistes, l'autre partie se réfugiant dans l'abstention. Mais comment s'opère ce report ?

LA DROITE MAJORITAIRE ?

L'équipe de Nicolas Sarkozy fait un calcul simple : la droite, comprise ici au sens large (en comptant l'extrême-droite et le centre) est majoritaire. En effet, en ajoutant les voix de Marine Le Pen, de François Bayrou et de Nicolas Dupont-Aignan, elle dépasse 56%. Pour sa part, François Hollande, avec les voix de Jean-Luc-Mélenchon et d'Eva Joly, est à peine au-dessus de 42% (43,7% avec les voix de Philippe Poutou et de Nathalie Arthaud).

Alors, affaire pliée pour le président-candidat ? Pas vraiment ! Le calcul de l'UMP est pour le moins optimiste car il présuppose un report de 100% des électeurs, ce qui ne sera évidemment pas le cas.

Selon un sondage Ipsos Logica Business Consulting* réalisé à la fermeture des bureaux de votes, 60% des électeurs du FN voteraient pour le président-candidat, 18% pour François Hollande et 22% s'abstiendraient.

Même chose pour les électeurs du Modem, dont un tiers se reporterait sur François Hollande, un tiers sur Nicolas Sarkozy, et un tiers s'abstiendrait. A gauche, 86% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon voteraient pour le candidat socialiste, et seuls 11% pour le président sortant.

DE GRANDS ECARTS ENTRE LES INSTITUTS

Au final, selon cette étude, François Hollande l'emporterait avec 54% des voix au second tour. Mais tous les instituts de sondage ne donnent pas tous les mêmes reports de voix. (...)

(...) François Bayrou devrait donner une indication après le débat du 2 mai - des élus Modem ont d'ailleurs déjà pris position en faveur de François Hollande. Quant à Marine Le Pen, elle a tout intérêt à une défaite de Nicolas Sarkozy si elle veut tirer profit d'une recomposition des droites.

La majorité sortante persiste à dire que "rien n'est joué", et préfère se situer dans le scénario idéal qu'elle envisage. Par exemple : François Hollande ne séduit que 77% des électeurs de Mélenchon et 32% des électeurs de François Bayrou, tandis que Nicolas Sarkozy récupère un maximum de votes du Front national et du centre. Mais même en prenant les chiffres des instituts les plus défavorables, François Hollande est donné gagnant, selon le simulateur de l'outil de la Fondapol.

L'EQUATION EST AUSSI POLITIQUE

Au-delà de la théorie, une chose est sûre : pour que tous les chiffres défavorables à François Hollande se concrétisent, il faudrait que Nicolas Sarkozy séduise des électeurs que tout oppose : les centristes et le Front national. Or, difficile de croire que le candidat réussira en 15 jours ce qu'il n'a pas su faire en 5 ans. Il est probable qu'en courant après les voix des uns, Nicolas Sarkozy perde définitivement celles des autres.

François Hollande est confronté à la même difficulté, mais avec une différence de taille : d'une part, les chiffres lui sont favorables. D'autre part, Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon ont appelé à voter pour lui sans condition. Le "référendum anti-Sarkozy" permet de s'affranchir des points de désaccords. Ce qui explique pourquoi tous les instituts de sondage donnent François Hollande gagnant, avec un score compris entre 53% et 56%.




COMMENTAIRE DE DIVERCITY

DECLASSEMENT DE LA FRANCE?

"Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant l'Europe ! l'Europe ! l'Europe mais cela n’aboutit à rien et cela ne signifie rien”.

Cette célèbre sortie du Général de Gaulle, en 1965, est encore d’actualité aujourd’hui… et même plus que jamais, au vu du nombre de cabris qui sautillent du FMI à la BCE en passant par les medias divers et variés. On ne peut pas dire en, revanche que les politiciens, qui volontiers versent dans le national populisme prennent le relais.

Europe aura été la grande absente du premier tour de la campagne présidentielle. Or selon nous la solution de la crise ne peut que passer par l'Europe; par plus d'Europe.

On me dira que rien n'est joué et que cette campagne risque de reprendre de plus belle avec, espérons le, de nouveaux thèmes?

Il n'est pas sûr que les plus courtisés des électeurs, ceux de Marine Le Pen, soient très sensibles aux sirènes européennes. Eva Joly a raison sur un point: ces hommes et ces femmes qui ont dit "merdre" au système  "se sont trompés de colère."

La dette plombe le moral des Grecs, des Portugais, des Italiens, des Espagnols qui désormais empruntent à six 6% quand les Français le font à 3%. Mais pour combien de temps encore? Le temps de boucler ce deuxième tour?

A 6%, selon les experts, les pays européens peuvent encore tenir le coup. Mais si la dette passe à 7%, en revanche, cela devient beaucoup plus inconfortable et les colonels grecs risquent de sortir de leurs casernes, les national- fascismes du "ventre encore chaud." La  France n’est pas plus à l'abri que la Belgique.

L’appel à l’aide à l’Europe et son mécanisme de stabilité deviendra bientôt incontournable.

Les marchés qui ne sont ni de droite ni de gauche sont prêts à sanctionner tout écart de trajectoire sur le chemin de la réduction de la dette et des déficits.

Et si on inversait la logique en desserrant l'étau monétaire et en donnant la liberté à la BCE de suivre la course de la FED américaine?

Et si la solution était d'une part de créer des euro obligations pour diluer la dette et surtout de lancer un New Deal à la Roosevelt à l'échelle européenne avec un programme de grands travaux épongeant le chômages et relançant la machine économique?

Mais que nous suggère le Sage Attali? (MG)

"Prenons très au sérieux cette campagne de second tour. Remisons nos convictions premières et cherchons vraiment en quinze jours, qui peut le mieux éviter à la France le sort de la Grèce, qui attend, c’est presque certain, le Portugal et peut-être aussi l’Espagne.

C’est la priorité des priorités. On ne peut faire de plan sur rien d’autre, ne promettre le maintien d’aucun avantage acquis, le gain d’aucune conquête sociale, la protection d’aucune situation personnelle, si on n’évite pas d’abord le plus probable : le déclassement de la France.

Car, si la France continue sur sa trajectoire actuelle, la vague qui portera l’élu du 6 mai se transformera vite en tsunami pour noyer ses espérances, et celles du pays.

Il est donc temps, enfin, à moins de deux semaines de l’élection de celui qui va diriger la France pendant cinq ans, d’obtenir des deux derniers concurrents des réponses claires, sans faux fuyant, aux quatre questions essentielles dont dépend l’avenir du pays.

Questions à Nicolas Sarkozy :

1.    Pourquoi n’avez-vous pas, quand il était encore temps, réduit significativement les déficits de l’Etat ?

2.   Pourquoi avez-vous laissé tous les acteurs de l’économie, ménages et entreprises, s’endetter plus que ceux d’aucun autre pays du G7, comme l’établissent les données incontestables de l’OCDE ?

3.   Comment peut-on croire que vous ferez pendant votre deuxième mandat les réformes que vous n’avez pas osé faire pendant le premier ? Et ne répondez pas que vous pourrez le faire parce que la crise est derrière nous, parce que ce n’est pas vrai.

4.   Que comptez-vous faire très précisément, euro par euro, pour échapper à la tutelle des marchés, c’est à dire des préteurs, dans le collectif budgétaire de juillet 2012 (auquel vous n’échapperez pas car vos chiffres budgétaires sont faux), et dans le budget 2013, en ne comptant pas sur une croissance qui ne sera évidement pas au rendez vous, à voir ce qui se profile ailleurs en Europe, aux Etats-Unis et en Chine.

Questions à Francois Hollande :

1.    Considérez-vous qu’il reste licite d’espérer, en France, pouvoir faire fortune par son travail ou faut-il l’interdire pour financer les déficits et supprimer la pauvreté ?

2.   Si faire fortune n’est plus licite, si les chefs d’entreprise n’ont plus cette motivation, comment pensez-vous que le pays peut retrouver le chemin de la croissance ? Par des investissements publics ? Par des nationalisations ? Par la vertu ?

3.   Si faire fortune n’est plus licite, faut-il, selon vous, admettre le maintien des fortunes existantes, qui n’auraient plus comme justification que d’avoir été faites avant le 6 mai 2012, ou faudrait-il les remettre en cause, par des impôts massifs sur les successions et sur la fortune ?

4.   Que comptez-vous faire très précisément, euro par euro, pour échapper à la tutelle des marchés, c’est à dire des préteurs, dans le collectif budgétaire de juillet 2012, que vous avez annoncé, et dans le budget 2013, en ne comptant pas sur une croissance qui ne sera évidement pas au rendez vous, à voir ce qui se profile ailleurs en Europe, aux Etats-Unis et en Chine.

En 1771, Jean Jacques Rousseau écrivait, dans ses fascinantes, et trop oubliées Considérations sur le gouvernement de Pologne et sur sa réformation : « Tout Etat libre où les grandes crises n’ont pas été prévues est, à chaque orage, en grand danger de périr ».

J’aimerai que cette phrase serve d’exergue à cette fin de campagne."

Jacques Attali

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