jeudi 12 avril 2012

STIB: "Un contexte d’insécurité générale"


Stéphanie Bocart, Entretien

La société d’aujourd’hui n’est pas plus violente que celle d’hier, selon Christophe Mincke. Mais il y a une modification des formes de violence.

Docteur en droit et sociologue, Christophe Mincke est directeur opérationnel criminologie au sein de l’Institut national de criminalistique et de criminologie (INCC).

LE DECES DRAMATIQUE D’UN SUPERVISEUR DE LA STIB CE WEEK-END, A LA SUITE D’UNE AGRESSION, A MARQUE LA POPULATION BELGE. D’AUCUNS METTENT EN CAUSE “LA MACHINISATION”, LA DESHUMANISATION DE PLUS EN PLUS D’ENTREPRISES. QU’EN PENSEZ-VOUS ?

Effectivement, il y a des hypothèses qui vont dans ce sens. Cela fait déjà un moment que des gens y réfléchissent, c’est-à-dire que pour éviter des problèmes - parce que le facteur humain est toujours une difficulté - les sociétés, pas seulement de transports en commun, ont tendance, d’une manière générale, à recourir à des dispositifs techniques qui font que les gens sont confrontés à une machine qui leur dit "oui" ou "non" et pas à une personne avec laquelle ils ont l’impression de discuter. Mais dans ce cas précis, je ne sais pas qui est l’agresseur, ce qui s’est passé exactement sur place, comment il a été abordé par l’agent de la Stib, etc. Alors, c’est vrai qu’il y a des gens qui deviennent dingues dès qu’on touche à leur bagnole, mais peut-être que ce n’est pas ça.

NOTRE SOCIETE, DE PLUS EN PLUS INDIVIDUALISTE, EST MALMENEE PAR DES CRISES ECONOMIQUES SUCCESSIVES QUI CREENT ANGOISSES, CRISPATIONS ET TENSIONS DANS LA POPULATION. N’EST-CE PAS UN FACTEUR QUI POURRAIT ENTRAINER UNE HAUSSE DE LA VIOLENCE ?

Le contexte actuel est un contexte d’insécurité générale, c’est-à-dire pas au sens pénal du terme, mais par rapport aux conditions de vie : les gens ont peur pour leur boulot, leur santé, leur pension, l’économie en général. Ils se demandent ce qu’il va se passer pour leurs enfants, comment ils vont s’en sortir; etc. On pourrait faire l’hypothèse qu’il y a un grand point commun entre d’une part une certaine montée de l’agressivité dans certaines populations et d’autre part, une montée des surréactions par rapport à un fait divers. Ce qui s’est passé ici, c’est un fait divers. Des gens qui se tapent dessus dans la circulation et pour lesquels cela se termine mal, ce n’est pas la première fois que cela arrive. Ce qui est intéressant, c’est l’emballement qu’il y a autour de cela. Bien sûr, c’est un drame, mais il me semble que l’on parle beaucoup moins de tous ces gens qui meurent sur la route chaque année parce qu’ils ont croisé un conducteur ivre, un chauffard, etc. Ici, on pourrait se demander si, finalement, il n’y a pas un grand point commun entre ceux qui ont très peur et ceux qui sont très agressifs, à savoir une sorte de mal-être diffus dans la société autour de "Comment est-ce que cela va se passer ?", "Quelle est ma place dans la société ?", "Quelle sera ma place demain ?", "Comment faire mon trou ?", "Comment assurer un minimum de stabilité, de sécurité ?",

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE FACTEUR HUMAIN?

"Modification des formes de violence." Surtout modification de leur perception. "la deshumanisation de plus en plus d’entreprises?"

C'est l'histoire d'un gars qui conduisait le tram. C'était son rêve d'enfance! En traversant Schaerbeek, une voiture venue de sa gauche le heurta de plein fouet. Elle était doublement en tort. Le chauffard explosa. Un rassemblement hostile se forma. Gestes menaçants à l'égard du wattman terrorisé. Il s'enferma dans sa cabine. Terrifié, il appela la police qui le délivra, non sans mal. Jamais il n'est remonté dans un tram. Cette histoire a l'inconvénient d'être vraie.

"Les gens ont peur pour leur boulot, leur santé, leur pension, l’économie en général"

"Une montée des sur réactions par rapport à un fait divers." "Ce qui est intéressant, c’est l’emballement qu’il y a autour de cela."

"On parle beaucoup moins de tous ces gens qui meurent sur la route chaque année parce qu’ils ont croisé un conducteur ivre, un chauffard.

Certes, mais la victime est musulmane et la majorité des chauffeurs de la stib également.

Repli identitaire?

C'était le thème de l'émission d'hier: "questions à la une" à la RTBF.

C'est monstrueux ce que les mentalités changent en ce moment.

Les usagers n'en peuvent plus de cette grève qui nous fait remonter en voiture quand on y avait presque renoncé.

Il est de bon ton de critiquer les medias mais là : chapeau! On a soulevé les questions qui fâchent. Pourquoi le foulard se généralise, que prêche-t-on dans les mosquées, qui est vraiment Marine Le Pen par Catherine Forest. Bel exercice d'exsprit critique, le tout sur fond de parc Josaphat et d'avenue Louis Bertrand, l'avenue des Cent Papiers.

Pourquoi ce décor de rêve donne-t-il ce sentiment incroyable de sécurité?

MG



Aucun commentaire: