mardi 15 mai 2012

Compote de pommes





Alain Berenboom Ecrivain

Il a fallu attendre les derniers jours de la campagne présidentielle française pour découvrir enfin François Hollande. Le vrai. Pas cet ectoplasme raide, exhibé sur toutes les chaînes de télé depuis des mois, portant un costume gris dont il a oublié d’ôter le portemanteau, une cravate sombre, une chemise sinistre, qui lui donnent l’allure de son double en cire sorti tout droit du musée Grévin.

Grâce à VSD et à Voici, on sait maintenant ce que fait le nouveau président lorsqu’il est débarrassé de toutes les contraintes, serrages de mains, réunions de travail, dîners protocolaires, interviews, apparitions en compagnie de ses amis politiques qui se sont foutus de sa tronche pendant des années et qu’il est obligé de traiter publiquement de potes, quand il ne doit pas se maquiller, sourire sur commande ou se forcer à rester de marbre. Oui. Que fait M. Hollande, seul, face à lui-même ?

Giscard lisait Maupassant (feuilletez Bel Ami et vous réclamerez le retour de Giscard !), Mitterrand se faisait tirer les cartes par une voyante avant d’aller errer dans les cimetières et Chirac goûtait aux délices des artistes orientaux.

Les goûts du nouveau président sont très différents de ceux de ses prédécesseurs : son rêve à lui, c’est pousser un caddy dans les allées d’une supérette. Il aime assez ça, a-t-il confirmé.

On ne va pas lui reprocher ce petit plaisir. On comprend qu’il parcourt, les lèvres humides, les étals de son Carrefour, dégoulinants de mets magnifiques dont il se prive depuis qu’il est candidat afin d’afficher la taille mannequin de Sarkozy. Dans la Cinquième République, impossible pour un petit gros d’accéder à la fonction suprême. Voyez l’échec d’Alain Poher ou de Raymond Barre.

Ne lui reprochons pas non plus de préférer la compote de pommes (en morceaux, a-t-il précisé) à un bon livre ou aux estampes de Hokusai.

Mais ce qu’on ne peut pas lui pardonner, c’est d’avoir choisi d’acheter et de faire la promotion de la compote en pot. En pot ! D’accord sa compote est fabriquée, comme par hasard, par un de ses amis industriels qui construit justement un nouveau site à Brive, dans son fief électoral. Une excuse qui n’est qu’une faute de goût.

Ou alors, le pauvre François n’a pas assisté comme moi à la cérémonie magique d’une maman qui pèle d’un couteau habile de belles pommes aussi rouges et saines que les joues d’une paysanne flamande chez Breughel. Il n’a pas sucé les épluchures, croqué les petits morceaux tout frais restés sur le journal. Il n’a surtout pas longuement laissé fondre dans sa bouche la compote encore chaude, mêlant le goût des pommes à celui de la cannelle et d’un peu de citron.

S’il n’y prend garde, cette compote en pot sera pour Hollande ce qu’a été pour Sarkozy la soirée du Fouquet’s.

www.berenboom.com



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

FLAMBY N'EST PLUS FLAMBY

Compote de pommes? Franchement pas terrible cette dernière chronique de notre cher Berenboom.

Il nous a semblé, au contraire de ce qu'il affirme ici, que le bonhomme Hollande avait pris d'assez belles couleurs depuis qu'il  s'expose au soleil de la gloire.

Sous la pluie, le président élu n'ouvre pas son parapluie et ne crains pas, sinon de mouiller sa chemise, du moins de tremper son veston. On se souviendra des costumes à tordre de Hollande comme de la rose de Mitterand au panthéon.  Après les douches, les bains de foules et les centaines de mains serrées à en avoir des ampoules. Vieille tradition française. Ne disait-on pas que les mains du roi guérissaient les écrouelles, ces ganglions anormaux apparaissant au niveau du cou à la suite d'une infection chronique de tuberculose: « Le roi touche, Dieu te guérit »

Petite visite l'après-midi chez Jules Ferry, le Charlemagne de l'école de la République et à Marie Curie la petite immigrée géniale venue de Pologne et ensuite la grande accolade chaleureuse à la ville de Paris. "Paris ville de l'éternelle jeunesse". (Zweig) "Paris ville jeune et vous savez quel prix j'accorde à la jeunesse; Paris ville mémoire et ville espérance, avec son infinité de cultures qui se rencontrent, dont la diversité fait l'unité";  Paris métropole et Confédération métropolitaine."

A en faire baver Bruxelles de légitime jalousie.

Musique de Lully, le roi serre des mains, des mains et encore des mains,  à en risquer la crampe quand il serrera ce soir, à Berlin la pince de fer de l'inflexible chancelière. Marseillaise, encore une, le tout Paris socialiste la chante, du bout des lèvres. Rafales d'applaudissements, grande émotion et standing ovation parisienne pour un discours bien senti et une  bonne demi heure de retard sur le protocole.

Flamby n'est plus Flamby mais un vrai président qui annoncera de la façon la plus claire: "Je ne déciderai pas de tout, pour tout et partout" avant d'enfiler sur un fil d'acier les mots: " réconciliation, rassemblement, apaisement,  non discrimination; vivre ensemble sans distinction, nos différences ne doivent pas devenir des divisions, nos diversités des discordes".

Mais surtout, avant de s'envoler vers Berlin, François Hollande a promis d'ouvrir une "nouvelle voie en Europe", un pacte qui alliera la réduction nécessaire des dettes publiques avec l'indispensable stimulation de l'économie"

"l'Europe a besoin de projets, de solidarité, de croissance".

"Pas une faute de goût pas une erreur" commentera Lionel Jospin. Ce quinquennat commence bien!

Mais: "Rien ne sera facile rien ne sera donné mais rien n'est inaccessible à la volonté."

Compote de pommes? Non pas du tout: suprême de pommes confites flambées à l'armagnac en grande pompe républicaine!

MG

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