mercredi 9 mai 2012

Di Rupo met en garde contre la montée des extrémismes




Belga
"Les jeunes sont souvent à la base du changement pour un avenir meilleur".
Le Premier ministre Elio Di Rupo a mis en garde mardi contre la montée des extrémismes en temps de crise économique, lors d'une allocution au camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau, à l'occasion des commémorations de la capitulation de l'Allemagne nazie le 8 mai 1945. Lors de cette cérémonie internationale du souvenir au monument de Birkenau, M. Di Rupo (PS) a rappelé les années Trente, "lorsqu'une crise économique a fait chanceler la société allemande".
La hausse du chômage a entraîné la division de la société, a-t-il ajouté en présence d'un millier de jeunes élèves partis samedi de Bruxelles dans le "Train des Mille", une initiative commune de l'Institut des vétérans-Institut national des invalides de guerre, anciens combattants et victimes de guerre, de la Fondation Auschwitz et de la Fédération internationale des résistants. "Aujourd'hui, nous sommes à nouveau confrontés à une crise économique, et la méfiance progresse", a relevé M. Di Rupo, dans une allusion à la montée des partis radicaux et extrémistes en Europe.
S'il estime que la société est désormais mieux armée pour faire face, il n'en constate pas moins que des groupes fragilisés sont pointés du doigt. M. Di Rupo a également mis en garde contre l'antisémitisme croissant.
Pour le chef du gouvernement belge, il est inacceptable que des gens n'osent pas être eux-mêmes par crainte de représailles dues à leur origine, leur couleur de peau ou leur croyance.
"Les jeunes sont souvent à la base du changement pour un avenir meilleur", a-t-il ajouté, invitant le millier d'élèves présents, de nationalités diverses, à s'engager "partout et toujours" contre l'extrémisme et pour la perpétuation de la mémoire des crimes qu'il engendre.
La Belgique assure actuellement la présidence de la Taskforce internationale pour la Mémoire de la Shoah. Le Premier ministre était accompagné d'un rescapé du camp d'Auschwitz, le baron Paul Halter.
La délégation était également constituée de la ministre de l'Intérieur et de l'Egalité des chances Joëlle Milquet (cdH), du ministre-président wallon et de la Fédération Wallonie-Bruxelles Rudy Demotte (PS), du ministre bruxellois Jean-Luc Vanraes (Open Vld), du président des FDF et député Olivier Maingain, et de plusieurs gouverneurs de province.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
DI RUPO SEMBLE REGNER PLUS QU'IL NE GOUVERNE
Certes, les voyages forment la jeunesse et il est bon que mille jeunes gens  fassent pélérinage dans les camps de la mort. Mais qu'on nous permette de nous étonner de voir que tandis que sévit la crise la plus grave de l'après guerre, notre premier tantôt fasse la fête à la Bastille et le lendemain se retrouve avec son ministre préféré chargée de l'intérieur à faire la leçon à Auschwitz et Birkenau.
Ou devons nous imaginer que depuis que plusieurs compétences fédérales ont été  transférées aux régions, nos excellences fédérales ont du temps libre à tuer?

ELIO DI RUPO OU LA POLITIQUE DU PATHOS





Une opinion de Nicolas Baygert, doctorant en communication à l’UCL et au Celsa (Paris IV-Sorbonne), mais aussi membre du Lasco (Laboratoire d’analyse des systèmes de communication des organisations.

Le décès dramatique d’un superviseur de la Stib à la suite d’une agression a une nouvelle fois secoué l’opinion. Cette fois, c’est le personnel du transport public qui marque le coup. Bruxelles mise au pas pendant plusieurs jours, le "daily business" politique se voit relégué au second plan. Un contexte particulier qui, comme à chaque fois, permit à Elio Di Rupo, plutôt absent de la scène politique intérieure depuis le début de son mandat, de revenir très brièvement sur le devant de la scène.
Hormis quelques apparitions en Flandre ayant pour but de "booster" son capital sympathie, l’agenda de Di Rupo fut largement dominé par l’international - sauf lorsqu’il s’agissait de reprendre les attributs du thaumaturge; du Premier compatissant.
D’un point de vue communicationnel, depuis son arrivée au "16", Di Rupo transforme chaque nouvel événement tragique en "lubrifiant social". Une gestion "émotive" de crise qui s’avère payante, tant pour un gouvernement auquel on offre l’opportunité de se montrer réactif que pour le Premier, dont les qualités humaines furent louées de toutes parts (y compris par la N-VA).
En comparaison, on épinglera l’incompétence des syndicats à gérer cette même émotion collective : le sentiment de solidarité à l’égard du personnel de la Stib ayant graduellement laissé place à une vive exaspération dans le chef des usagers, pris en otage par la cuisine interne syndicale.
La communication d’Elio Di Rupo se caractérise par une empathie réelle et un haut degré d’intelligence émotionnelle au service d’une carrière politique remarquable. Pour Aristote, "logos" (discours rationnel, argumenté), "ethos" (réputation, prestance - citons ici le nœud papillon et autres attributs de la "marque" Elio) et "pathos" (émotion, empathie) représentent les trois axes de l’art de convaincre.
Aussi, les propos d’un Di Rupo figurent principalement dans le registre du "pathos", du ressenti : réagissant avec "horreur" au décès de l’agent Iliaz Tahiraj, comme il se déclarait horrifié par la tuerie de Liège en décembre ou se montrait profondément touché par la tragédie de Sierre, allant jusqu’à décréter un jour de deuil national.
Une fois l’acte officiel de commisération accompli, c’est aux ministres de s’approprier la gestion de crise et le champ des médias. Une dynamique contrastant avec l’attitude d’un Nicolas Sarkozy, "omni-Président au cœur de la tempête" et "crisis-manager" autoproclamé, éclipsant volontiers ses ministres pour paraître au plus proche des dossiers.
Cherchant à incarner l’unité populaire, dans sa dimension supracommunautaire, Elio Di Rupo est généralement adepte du symbole et des mots forts - "Pour tout le pays, c’est vraiment affreux". La solennité du ton adopté se rapproche des discours habituellement prononcés par Albert II qui, en tant que souverain, représente ce "corps politique intégral" dans son harmonie et sa solidarité.
Aussi, se tenant relativement à distance de l’action gouvernementale, lorsqu’il s’agit de partager un vécu émotionnel, Di Rupo est au plus proche des gens. "Les gens ne pensent plus, ils ressentent", une remarque de Margaret Thatcher récemment remise à l’honneur par le biopic "The Iron Lady", illustrant un certain air du temps.
A chaque nouvelle tragédie, l’émotion collective est alimentée en continu par les médias. Le philosophe Peter Sloterdijk parle à ce sujet d’une "infosphère hystérisée", de l’hystérisation comme forme moderne du consensus, voire comme moteur politique. En effet, le ressenti perpétuel implique un agir politique immédiat : enclenchement ex nihilo du dialogue social, légifération tous azimuts.
Le politique se mesure désormais à sa faculté de digérer l’émoi, voire à le sublimer en nouvelle loi. Un contexte politique dans lequel le gouvernement actuel semble aussi à l’aise qu’Elio Di Rupo dans son bassin montois.
COMMENTAIRE DE DIVERCITY
DI RUPO DOUBLURE D'ALBERT II?
On a l'impression qu'en agissant ainsi notre premier ministre règne plus qu'il ne gouverne effectivement. "Lorsqu’il s’agit de partager un vécu émotionnel, Di Rupo est au plus proche des gens. "Les gens ne pensent plus, ils ressentent", avait déjà remarqué Margaret Thatcher On aimerait que chacun demeurât à sa place et qui si le souverain se repose loin de sa capitale, ce qui est bien son droit après avoir été très sollicité par la plus longue crise de son règne, il soit représenté par son fils aîné destiné en principe à le remplacer demain. Et demain risque d'être de se situer en juillet prochain.

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