mardi 15 mai 2012

« Di Rupollande » dîne ce soir chez Mme Merkel




BEATRICE DELVAUX

éditorialiste en chef

Le décompte est enclenché pour les socialistes arrivés au pouvoir en Europe : battre le fer de la croissance tant qu’il est chaud et faire basculer le plus vite possible un maximum de monde – hommes politiques, faiseurs d’opinion et opinions publiques – dans leur camp. L’interview donnée par Elio Di Rupo à cinq grands journaux européens n’est pas qu’une entreprise de marketing du Premier ministre belge qui en soi, pèse moyennement dans l’arène européenne. Non, c’est une interview qui précède le dîner (ce soir) du président français avec la chancelière allemande, mais aussi le sommet européen informel sur la croissance du 23 mai.
Il y a une « fenêtre d’opportunité » pour modifier le cours des politiques économiques prises depuis des mois et les socialistes veulent que leur action soit décisive. Hollande seul est plus fragile face à Angela Merkel et son opinion publique française, tant qu’il n’a pas transformé l’essai présidentiel aux législatives.

Di Rupo dans ce cas, bien installé dans son fauteuil de Premier ministre à Bruxelles, peut servir d’utile porte-voix au duo socialiste. D’autant que les esprits sont bien plus mûrs qu’il y a quelques mois. La chancelière allemande est affaiblie électoralement tandis que des voix se font jour dans son pays pour critiquer l’austérité. Les conservateurs des pays du sud de l’Europe, où la récession fait des dégâts très lourds, ont eux aussi « viré leur cuti ». Et puis, surtout, il y a la Grèce qui fait peur à tout le monde. Tant par sa situation que par le spectre de cette pauvreté et de la quasi-insurrection nationale qui pourrait inspirer d’autres opinions publiques.

Ni la Grèce ni l’Europe n’ont le temps pour de longs palabres entre pouvoirs nationaux. Il faut des décisions urgentes : 1) aider la Grèce en argent, en compétences, lui permettre d’assainir durablement sa situation sans menacer l’équilibre européen ;

2) rédiger et appliquer ce fameux addendum « croissance » au traité de stabilité budgétaire. Compliqué ? Non.

Ce soir Hollande et Merkel doivent prendre leurs responsabilités, trouver un accord et conclure ce nouveau pacte pour l’Europe, sans avoir l’œil rivé sur leur nombril électoral. Ils doivent faire mentir – enfin ! – l’adage du « trop peu, trop tard ».



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE DINER DE TOUS LES POSSIBLES

"Le souper!" Paris le 6 juillet 1815 à minuit, la scène se déroule dans l'hôtel particulier de Talleyrand. Fouché s'est rendu à l'invitation de Talleyrand pour y parler affaires. Napoléon a abdiqué et Paris est occupé par les troupes coalisées. On s'interroge alors sur la nature du gouvernement à donner à la France. Dehors, des émeutiers sont contenus avec difficulté par le service d'ordre de la capitale.

14 septembre 1971, le souper abondamment arrosé à la vodka qui mit face à face Willy Brandt et Leonid Brejnev dans sa datcha de Oranda, Crimée (tout près de là où se déroula la signature des accords de Yalta) scellera sans doute le destin des deux pays annonçant les bouleversements de 1989 : chute du mur et réunification de l'Allemagne, démantèlement du rideau de fer et effondrement de l'empire soviétique.

14 septembre 1958.  On a peine à imaginer ce que fut l'étrange repas frugal que partagèrent Adenauer et De Gaulle dans le décor austère de la  modeste gentilhommière de Colombey-les- Deux-Eglises où le Général convia le vieux Chancelier pour un bref séjour. On sait que tante Yvonne avait ramené de Paris un savoureux chapon.



Les deux chefs d'Etat partageront une estime et une amitié réciproques qui faciliteront grandement ,treize  ans après la fin de la seconde guerre mondiale, le rapprochement entre les deux pays et la construction de la Communauté européenne.

Deux magnifiques sujets de dialogues pour Jean d'Ormesson friand de ce genre d'échanges au bord du gouffre. "La conversation", son dernier titre , questionne sur le pouvoir, le destin, l'Homme.  Il évoque l'instant où Bonaparte, adulé, "décide de devenir empereur" sous forme d'un dialogue imaginaire entre Bonaparte  "qui a du génie" et son deuxième consul Cambacérès, un intime (futur duc de Parme loyal, intelligent, habile et souple) convié à un souper en tête à tête aux Tuileries.


On peut facilement imaginer la tension extrême qui régnera ce soir à Berlin à la table de la Chancelière où elle reçoit François Hollande pour son baptême de présidence. "Il y a des moments où l'histoire semble hésiter avant de prendre son élan". Ce dîner, soyons en sûrs est celui  de tous les dangers. Mais, soyons optimistes il est peut -être celui de tous les possibles et pourrait annoncer la grande relance européenne que beaucoup attendent avec impatience et confiance.  MG

" Ce soir Hollande et Merkel doivent prendre leurs responsabilités, trouver un accord et conclure ce nouveau pacte pour l’Europe, sans avoir l’œil rivé sur leur nombril électoral. Ils doivent faire mentir – enfin ! – l’adage du  trop peu, trop tard ."(BD)






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