vendredi 11 mai 2012

Immigration : Reynders crée le malaise


Mathieu Colleyn

Avalanche de réactions. Provoqué par Philippe Moureaux, sénateur et bourgmestre socialiste de Molenbeek-Saint-Jean, Didier Reynders a "dérapé", ce jeudi 10 mai, quelques heures après avoir officialisé son installation politique à Uccle pour les prochaines élections communales. Mais les faits qui nous occupent se sont déroulés rue de la Loi, hier après-midi, au Sénat.

Le ministre libéral des Affaires étrangères était à peine monté sur le perchoir du Sénat, pour répondre à une question de Danny Pieters (N-VA), qu’il était hélé par le sénateur Moureaux. "Voilà l’Afghanistan", lançait le polémiste socialiste. Philippe Moureaux faisait référence aux déclarations radiophoniques de Didier Reynders du matin même. En gros, le vice-Premier avait comparé les routes d’Afghanistan à celles de Wallonie. "J’aurais pu aller à Molenbeek, cela aurait été plus près. C’était plus court pour me déplacer à l’étranger", a rétorqué Didier Reynders, filmé par les caméras sénatoriales. Il n’a pas fallu deux heures pour que la vidéo fleurissent sur les sites d’info, après que les propos ont été diffusés via les réseaux sociaux.

Contacté par "La Libre", Philippe Moureaux trouve la réflexion "un peu lamentable". "Ce sont des propos d’assemblée qui ont fusé et je ne vais pas en faire un drame idéologique, ajoute-t-il. Mais c’est un réflexe inquiétant. On dirait que l’ombre de Sarkozy plane sur la Belgique. Les gens visés sont très attachés à la Belgique. J’espère que ce n’est qu’un accident et que cela ne se reproduira pas." Le toujours vice-président du PS semble faire référence aux récentes orientations droitières prises par le MR. Citons "l’assistanat" dénoncé par Charles Michel lorsqu’il parle de la sécurité sociale belge, son insistance sur les questions de sécurité ou encore les récentes prises de position du député Denis Ducarme qui veut importer en Belgique le débat sur l’immigration porté par Nicolas Sarkozy outre-Quiévrain, alors qu’il tentait de séduire l’électorat du FN. Tout cela pourrait finir par susciter un débat interne sur la ligne politique du MR.

La partenaire libérale du PS au collège échevinal de Molenbeek-Saint-Jean se refuse pour sa part à condamner les propos de Didier Reynders. "Je reconnais bien l’humour acide de Didier Reynders, confie Françoise Schepmans, échevine MR. On sait que les deux hommes ne s’aiment pas. Peut-être qu’il n’aurait pas tenu un propos aussi acerbe si ça n’avait pas été Philippe Moureaux. Il vise le bourgmestre, et je ne pense pas que les Molenbeekois doivent se sentir stigmatisés. La question est de savoir si un homme politique peut se permettre un humour comme celui-là." L’échevine souhaite relativiser la polémique et "se concentrer sur les problèmes de Molenbeek".

Sentant le vent du boulet, Didier Reynders a fini par réagir à la polémique via l’agence Belga. "Il s’agissait d’un échange vif et ironique, comme c’est souvent le cas avec Philippe Moureaux. Si j’ai heurté quelqu’un, je le regrette", explique-t-il. Le ministre confie également qu’il était resté au Sénat encore longtemps après cet échange et qu’aucun sénateur n’a réagi à ses propos. "Cela n’a provoqué aucun débat ni commentaire. Je regrette que certains préfèrent utiliser les réseaux sociaux en sortant les propos de leur contexte plutôt que de réagir au sein même de l’assemblée", ajoute-t-il.

Le MR "prend acte des excuses formulées par Didier Reynders", en parlant de "maladresse verbale", de "plaisanterie malheureuse dans un échange cynique". Hier matin, le cynisme n’était pas de mise à Uccle, commune dont 10 % de la population est de nationalité française. Ce qui semble d’ailleurs faire la fierté du bourgmestre Armand De Decker, qui tirera la liste de Didier Reynders.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

RÉVÉLATEUR!



La campagne électorale pour les élection communales d'octobre est clairement lancée. Elle s'annonce pugnace! Autant dire que la chasse aux voix est ouverte et on tire déjà à balles réelles.

Pour qui sait lire, les camps et les cibles sont clairement définis. Le MR de Michel et Reynders vise clairement l'électorat bourgeois et les émigrés français sarkosiens (les SDF -sans difficultés financières de Uccle et du sud de Bruxelles).

La fermeture définitive du bois de la Cambre est une manoeuvre symbolique du Collège socialiste de Bruxelles (Thielemans ) pour contrarier les automobiliste ucclois qui empruntent tous les jours cet itinéraire.

Reynders a un plan de fin de carrière: succéder à Armand De Decker (64 ans) à Uccle à la fin du mandat de bourgmestre de celui-ci (2018). Le PS quant à lui mise l'électorat issu de l'immigration et ce dans l'ensemble des communes pauvres de la première couronne soit plus de 50% des votants.

Le MR se "sarkozise" car il sent que son électorat classique tend à se "lepéniser". Vous me suivez?

Les élections communales de cette année seront rudes. La N-VA y jouera son va tout (songeons à la bataille pour le maïorat d'Anvers dans laquelle De Wever va jeter tout son poids, si j'ose dire) . Elles donneront un avant-goût des terribles élections régionales de 2014 décisives pour l'avenir de Bruxelles et de ce pays. Reynders rêve-t-il de succéder à Picqué à la tête de la Région Bruxelles Capitale? De Wever se sent-il une vocation de succéder à Peeters à la tête de la région-communauté flamande?

Mais il se dit également que, à Bruxelles, PS et MR s'entendraient pour se partager le pouvoir partout où s'est possible (Molenbeek, Schaerbeek, Uccle... et demain à la Région bruxellois) dans le dessein de donner le coup de grâce au FDF du rebelle Maingain (il faudra suivre la campagne schaerbeekoise avec la plus grande attention).

Après un répit de quelques mois, la Belgique entre dans une très longue et très rude campagne électorale qui décidera de son avenir. Cerise sur le gâteau, Albert II, dit-on, pourrait abdiquer le 21 juillet. Mais le suprême danger qui nous menace c'est la crise annoncée autour de Dexia. (lire l'édito du Soir de B.D.)

Combien de temps, le gouvernement fédéral résistera-t-il aux tensions internes qui s'exaspèrent entre la gauche et la droite?
MG




DEXIA : COURAGE FUYONS !
BEATRICE DELVAUX
éditorialiste en chef  Le Soir














Ah ! c'est commode les marchés financiers : le pouvoir politique peut les clouer au pilori, les menacer, c'est sans danger. C'est même tout bénéfice : on a l'air de défendre des principes, on donne l'impression qu'on est un rempart contre le grand méchant capital, mais on ne se fait pas d'ennemis. Win-win.
Par contre, lorsqu'il s'agit d'assumer ses responsabilités d'actionnaire en direct, là où l'on a du pouvoir, là où c'est pertinent, et là où cela à des conséquences, il n'y a plus personne. Les pouvoirs politiques belges, fédéral et wallon sont aux abonnés absents.
A la question de savoir si les administrateurs de Dexia ont une responsabilité dans la débâcle de l'ex-grande banque, ils n'ont pas répondu oui. Mais ils n'ont pas non plus répondu non. C'eût pourtant été leur droit si c'était leur conviction, dès lors assumée. Au moins c'était une position. Ils ont fait pire : le fédéral et la Région wallonne se sont… abstenus. Quoi ? Ils ne savent pas ? Ils n'ont pas d'avis sur ce dossier qui, s'il tourne mal, va plonger nos finances publiques dans un cauchemar digne d'un tsunami ?
Ce qui s'est produit hier lors de l'assemblée générale des actionnaires n'est pas seulement ridicule, c'est lâche. Ajoutons, pour couronner ce grand « moment de courage », que cette non-prise de décision est le résultat d'un vaudeville et d'une cacophonie où jusqu'à la dernière minute, personne ne savait vraiment qui allait voter quoi, les partis se lançant entre eux des peaux de banane qui n'avaient rien à voir avec le fond du dossier.
L'intérêt général dans cette histoire, qui s'en occupe dès lors que le politique fait l'autruche ? Une grande banque, avec des administrateurs publics identifiés, des dirigeants connus, s'est effondrée dans un cataclysme sans précédent… et le politique, lui, alors qu'il peut enfin poser un geste, sanctionner ou blanchir, s'en lave les mains et laisse les clients grugés, avec leurs seuls yeux pour pleurer. Abandonnés pour une xième fois dans cette saga par les pouvoirs publics, incapables d'assumer leur rôle.
Hier, le monde politique belge fédéral et wallon, si prompt à éructer contre les parachutes dorés, a validé, sans l'assumer, le parachute politique.






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