mardi 8 mai 2012

La deuxième vie de Nicolas S.








Alain Berenboom Écrivain
Et si d’aventure Nicolas Sarkozy n’était pas réélu président ce dimanche ? Pendant la campagne, il avait annoncé la couleur : « Si je ne suis plus président, je laisse tomber la politique », a-t-il lancé crânement. Comme on dit : retenez-moi ou je fais un malheur ! Mais si, malgré cette terrible menace, un C4 en bonne et due forme l’attendait lundi matin dans sa boîte aux lettres, que ferait Sarkozy ?

Ayant reculé l’âge de la pension, pas question pour lui de prendre une retraite dorée aux côtés de ses prédécesseurs, Giscard et Chirac. De se retrouver coincé entre deux pépés, égrenant le souvenir de leurs meilleurs mauvais coups, les pieds dans des charentaises Made in China. Pour entendre Chirac lui répéter qu’il aurait mieux fait de voter comme lui, Hollande dès le premier tour ? Non merci ! Plutôt purger bébé !

Giulia. Son bébé. Voilà justement de quoi l’occuper dès lundi pendant que Carla reprendra la route, guitare en bandoulière. Carla Bruni en première partie de Mick Jagger ? Une star italienne en vedette américaine pour sauver les finances d’un mari ex-hongrois ! Belle leçon pour tous ces Français grognons toujours à se plaindre des méfaits des immigrés-tous-chômeurs.

Mais, langer bébé, est-ce un vrai travail pour Nicolas Sarkozy ? Tel qu’on le connaît, il lui faut deux, trois, dix boulots pour apaiser son hyperactivité. Son slogan « Travailler plus pour gagner plus » est destiné à ses électeurs. Lui, ce qu’il aime, c’est travailler plus pour travailler plus.

Un conseil : pourquoi ne viendrait-il pas en Belgique ? Chez nous, il se sentira comme un poisson dans l’eau. En compagnie de beaucoup de ses meilleurs amis, fuyant les impôts républicains. Maintenant que notre loi admet la double nationalité, Sarkozy peut même devenir Belge. Et rêver à une carrière politique. Sarkozy et Bruni pourraient faire un tabac dans un pays bien plus ouvert que la France au cosmopolitisme.

A la tête de la N-WA (la « New Walloon Allianz »), je le vois bien proposer à ses nouveaux concitoyens de transformer la Région wallonne en un carrefour entre le monde anglo-saxon et le monde germanique. Obama, Merkel, ce sont mes amis, rappellera-t-il dans sa campagne. J’ai aussi quelques amis riches qui seront trop heureux de créer des sociétés dans votre terre de cocagne où, plus une entreprise est puissante, moins elle paye d’impôt. Tremblez, Di Rupo, Michel et autres De Wever. Avec Sarkozy, vous risquez d’être balayés. Et de devoir immigrer à votre tour. En Hollande ?

www.berenboom.com

LA BELGITUDE LUCIDE DE BERENBOOM




Ecoutez la marge de Jacques De Decker, en version courte et en version longue
Ecoutez "La Marge" en version courte (3’) (1.4 Mo)

Ecoutez "La Marge" en version longue (14’) (5.2 Mo)


"La marge" de Jacques De Decker se décline en trois versions. Le texte publié, le texte lu par l’auteur, et le commentaire improvisé par Jacques De Decker au micro de Jean Jauniaux.

Jamais deux sans trois. L’adage, en l’occurrence, risque d’être bientôt démenti. Il est vrai qu’Alain Berenboom nous donne, avec « La Recette du pigeon italien », la troisième enquête de Michel van Loo, son détective privé attitré. Mais il ne se contentera pas d’une trilogie, cela paraît évident à la lecture de ce roman, qui surpasse, s’il est possible, les deux précédents, « Périls en ce royaume » et « Le Roi du Congo », ce qui n’était pas un mince défi. On n’a pas affaire au couronnement d’une triade, au dernier panneau d’un triptyque, mais plutôt à la mise à feu d’une étonnante traînée de poudre, dont on ne voit pas où elle s’arrêterait, d’autant que le lecteur, comme cela se passe souvent lorsqu’une telle épopée, en l’occurrence déridante, lui plaît, en redemande. Si un jour Berenboom veut se débarrasser de son limier pas toujours si futé, il devra s’en expliquer auprès de la communauté d’affidés que cette œuvre plurielle est en train de réunir autour d’elle.

Grand admirateur d’Hergé et de tous les maîtres belges de la fiction à épisodes, Berenboom leur emprunte le pas, mais en corsant le jeu. C’est en romancier qu’il construit son monde, avec tous les raffinements et les complexités que comporte le genre. Car il s’est imposé plusieurs défis en se lançant dans ce vaste projet. Non seulement il a dû ajuster des intrigues policières qui tiennent en haleine même les amateurs modérés du genre, ce qui n’est pas un mince exploit, mais il situe ses scénarios – car on ne voit pas pourquoi l’on ne verrait pas un jour ces histoires portées à l’écran – sur fond d’Histoire de Belgique. Pas la Belgique officielle, celle des manuels, de plus en plus rares il est vrai, mais toujours aussi mutiques sur la part d’ombre que dissimule le triangle enserré entre les Pays-Bas, l’Allemagne et la France, ce coin enfoncé dans la rive occidentale de l’Europe, au point d’être devenu le siège de la plupart de ses institutions politiques.

Car Berenboom n’excelle pas seulement par ses dons de conteur et sa manière de camper des personnages récurrents que l’on retrouve avec un plaisir chaque fois croissant, mais aussi par le courage lucide avec lequel il aborde des questions que la Belgique s’est empressée de glisser sous le tapis. Dans ses premières aventures, il a d’abord été questions des rivalités entre factions communistes, staliniens et trotzkystes juste après la guerre, puis des menées des colons belges au Congo avant 1960. Thèmes trop encombrants pour se voir abordés publiquement, entendons hors des centres de documentation où oeuvrent les chercheurs patentés.

Dans ces troisièmes retrouvailles avec Michel Van Loo et son pittoresques et attachant entourage, il s’agit, encore une fois, d’un sujet embarrassant : les accords pris entre la Belgique et l’Italie pour que des travailleurs péninsulaires viennent creuser, dans des conditions sociales effroyables, des galeries dans les gisements miniers des bassins de Wallonie. Berenboom ne se contente pas d’évocations lyriques dans la lignée de Pierre Paulus et de Constantin Meunier. Il investigue par figures fictives interposées, il creuse lui aussi au plus profond d’un système dont on ne mesurait pas le cynisme et la cupidité. Et, en nous administrant cependant des motifs d’hilarité à chaque page, il devient le chroniqueur inspiré et informé d’une autre Belgique qui n’a décidément pas beaucoup balayé devant sa porte.

Jacques De Decker

"La recette du pigeon à l’italienne" de Alain Berenboom, Editions Génèse.

Les "Marges" s’enchaînent sur quelques mesures de l’allegro moderato alla fuga de la Sonate n°2 de Nicolas Bacri interprété par Eliane Reyes. Ce morceau est extrait du récent CD enregistré chez NAXOS des "Oeuvres pour piano de Nicolas Bacri" interprétées par Eliane Reyes

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

SCHAERBEEKITUDE





C'est une évidence, Berenboom se révèle au fil des romans qu'il publie avec une belle régularité et au rythme de ses chroniques de plus en plus incisives dans Le Soir un écrivain belge de tout premier plan.

Il faut impérativement lire ses textes qui se déroulent dans un décor bruxellois et suivre ses chroniques de plus en plus mordantes, un peu dans l'esprit des irrésistibles saillies de Yvon Toussaint.

Berenboom, Toussaint, De Decker et l'animateur de DiverCity ont un point commun: tous les quatre sont d'origine schaerbeekoise et issus du même athénée communal qui l'an prochain fêtera ses 100 ans d'existence.

Ecoutez avec la plus grande attention, je vous y invite instamment, l'irrésistible commentaire parlé de Jacques De Decker. Truculent et érudit, il nous décrypte subtilement ce qu'il appelle "la recherche du temps perdu de Berenboom": ses années cinquante bruxelloise qui nous plongent dans le délicieux quartier de la Place des Bienfaiteurs, devenue depuis Place des Malfaiteurs à cause des crapuleux de la plochke comme diraient les ultimes descendants de Pogge lequel est revenu ce week end au café des Trois rois.

Les parents d'Alain Berenboom y tenaient une célèbre pharmacie où s'approvisionnaient les miens. De Decker nous apprend que Alain Resnais tourna plusieurs films sur dans ce superbe décor Art nouveau dessiné par l'architecte Henri Jacobs (celui qui réalisa les plus belles écoles de la Cité des ânes) et rehaussées par deux belles statues du magnifique sculpteur Godefroid de Vreese.

C'était du temps des cinémas de quartier Roxy, Nova, Eldo, des épiceries de proximité du magnifique Corso Fleuri qui n'était pas encore ce grotesque Scarnaval qu'en fit un échevin déchu. C'était bien avant le désastre nolsien. Fernand Blum était bourgmestre et le journaliste Gaston Williot spn fringant échevin de l'Instruction Publique slogan "un enseignement de qualité". Il l'était, la preuve!

MG

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