mercredi 16 mai 2012

La simplicité aura-t-elle raison de la foudre ?






BEATRICE DELVAUX (Le Soir)

Sobre, grave et crédible. C’était l’image que renvoyait hier l’intronisation du nouveau président de la France. La réception à l’Elysée fut dépouillée, sinon spartiate, tandis que le discours tenu était efficace. Tant sur le vibrant « Je l’affirme ici, il n’y a pas de fatalité » que sur l’affirmation de la volonté d’exercer cette fonction dans la dignité, la sobriété des comportements et en réaffirmant l’impartialité d’un Etat, propriété de tous les Français.

Le style adopté et le profil du Premier ministre désigné semblent eux aussi en phase avec l’ampleur de la tâche et les difficultés du moment, en France comme en Europe.

François Hollande, hier, n’a pas menti sur les contraintes qui pèsent sur les Français.

Il a aussi cadré les objectifs européens discutés dans la soirée avec la chancelière Merkel : 1) l’austérité n’est pas une fatalité, 2) la croissance est possible, 3) la solidarité doit être plus marquée, notamment au regard de la situation grecque.

Sobriété et efficacité : pas de faute de goût, donc. Reste à ne pas en faire trop dans le genre dépouillé. La sobriété, ça va, mais il faudra éviter qu’elle tourne à la naïveté ou au snobisme à l’envers.

Hier, entre les interrogations métaphysiques de la Première Dame sur l’intitulé de sa fonction et la voiture du président qui s’arrête au feu rouge vers l’Elysée, il y a un début d’excès qui pourrait vite, s’ils deviennent une règle, transformer le naturel et le normal en une opération de communication, tournant au ridicule. Etre président de la France n’est ni bling-bling ni banal.

Mais la nature fait bien les choses, venant hier rappeler à un François Hollande plein d’entrain qu’une présidence, même quand elle se veut normale, ne peut pas grand-chose contre les éléments.

Après avoir été « capable de vaincre » comme il l’a dit lui-même, la pluie et le soleil, le président conquérant a rencontré la foudre. Entre fous rires et incrédulité, les observateurs ne pouvaient à ce stade que souligner l’opiniâtreté d’un homme qui, bravant l’humidité ou changeant d’avion, avait décidé hier de montrer que rien ne l’empêcherait d’être au travail. Hier, la route vers l’Allemagne lui a rappelé que l’exercice du pouvoir était pavé de bonnes intentions mais aussi d’embûches.



COMMENTAIREDE DIVERITY

LA FOUDRE ETAIT AU RENDEZ -VOUS, PAS LE COUP DE FOUDRE

Ce ne fut pas un coup de foudre (Liebe auf den ersten Blick), celui-ci s'était produit au décollage de l'avion présidentiel. Un signe favorable, dira la chancelière physicienne de formation, comme Marie Curie, la sainte patronne laïque de Hollande fêtée, quelques heures auparavant sous une averse de grèle!

Ce ne fut pas vraiment un faux départ malgré un retard technique de deux heures mais l'occasion réussie de reposer le problème des relations franco-allemandes en toute (dé)contraction.

"François Hollande et Angela Merkel ont fait connaissance, mardi, à Berlin. "Blind dating", selon die Welt: on ne s'est pas embrassé, au grand soulagement de la Prussienne, et on ne s'est pas tombé dans les bras, sarkozymässig, même si on s'est touché, du bout des doigts.

Tout, hormis leur tempérament placide et pragmatique, oppose, à priori, le socialiste attaché à la relance et la conservatrice arc-boutée sur la discipline budgétaire. «Nous avons des approches différentes pour parvenir à la croissance, mais nous allons partager nos idées pour voir ­quelles sont les pistes possibles pour stimuler la croissance», lui a lancé poliment la chancelière.

François Hollande a évoqué l'amélioration de la compétitivité et les eurobonds. Ce mot a fait bondir la chancelière fille de pasteur: Mein Gott! Pour rassurer son interlocutrice, il s'est dit soucieux du «sérieux du budget». Mais, a-t-il poursuivi, «c'est parce que je suis pour le sérieux budgétaire que je suis pour la croissance». Du Lapalisse à l'envers! «Cette réunion avait pour vocation de mieux nous connaître, établir une relation, fixer une méthode de travail», a conclu le président français. Ni le rôti de veau aux asperges, une spécialité berlinoise, ni les fraises à la glace vanille n'ont pu rapprocher davantage les points de vue.

 «Les Grecs doivent savoir que nous viendrons vers eux pour leur permettre d'assurer leur place» dans l'eurozone, a assuré monsieur Hollande. «Je suis d'accord pour dire que la Grèce doit rester dans la zone euro», a rétorqué madame Merkel, en souhaitant, pour sa part, des «réformes structurelles». Tout cela était, bien sûr écrit d'avance et on aurait pu s'épargner la peine d'un déplacement coûteux à Berlin. Mais tout est symbole sur la scène politique européenne.

Malgré leurs différences d'approche sur le fond, le nouveau couple Hollande-Merkel est condamné à s'entendre. Du côté allemand on n'est pas indifférent au fait que Hollande ait choisi comme premier ministre un ancien prof d'Allemand proche du SPD. On y voit plus qu'un symbole: un signal.

"Es gibt eine gemeinsame Sprache des Interessenausgleichs" commente Die Welt "Die Kanzlerin und der Präsident bekannten sich zu ihrer "gemeinsamen Verantwortung für Europa, Wo Angela Merkel auf Sachlichkeit und Disziplin setzt, schlägt François Hollande eher therapeutische Töne an."



Tout cela ne peut se conclure que par un compromis, à la belge!

La solution? Une fois de plus, c'est un Belge qui la détient à la grande joie de François Beyrou et de Dany Cohn Bendit et nonobstant ses détracteurs libéraux francophones shootés au sarkozysme.  Guy Verhofstadt dans un style radicalement différent de celui de Van Rompuy est le compromis à la belge fait chair.

La seule voix, la seule voie pour sortir l'Europe de l'impasse.

MG

. GUY VERHOFSTADT : "L’EUROPE FEDERALE EST LA SEULE ISSUE"




Entretien: Olivier le Bussy et Francis Van de Woestyne (La Libre)

Une monnaie – l’euro – ne peut survivre sans Etat, prédit Guy Verhofstadt. Qui plaide pour un plan d’action alliant rigueur, croissance et solidarité.

L’ancien Premier ministre belge, Guy Verhofstadt, aujourd’hui président du groupe libéral-démocrate au Parlement européen, a provoqué la polémique parmi les libéraux belges en critiquant Nicolas Sarkozy et en félicitant François Hollande. Où se situe-t-il ? Avant tout à l’avant-plan du combat pour le fédéralisme européen.

Certains libéraux francophones belges trouvent que vous êtes devenu un véritable “gauchiste” !

Parce que j’ai félicité François Hollande ? (rires). J’ai félicité Hollande comme Obama, Cameron, Merkel Ce ne sont pas des socialistes. C’est une des bonnes choses en politique. On peut féliciter son adversaire. Quand Boonen gagne le Tour des Flandres, le premier qui le félicite, c’est Pozzato, son adversaire direct.

Vous aviez eu des mots très durs pour Sarkozy, estimant que ses propos étaient dignes de l’extrême droite…

Il avait bien commencé son quinquennat, avec sa présidence européenne. Mais il y a une dérive dans sa politique : l’expulsion des Roms, le débat sur l’identité nationale, une campagne électorale qui se concentre sur la viande halal, sa proposition de fermer les frontières, la menace de sortir de Schengen Moi, je suis encore et toujours un libéral. Mais le libéralisme, ce n’est ni le populisme, ni le nationalisme ou le conservatisme.

Donc les convictions européennes de François Hollande sont plus proches des vôtres ?

J’espère qu’il pourra appliquer ses convictions européennes. On est dans un piège. La droite dit : pour sortir de la crise il faut l’austérité et la discipline budgétaire. La gauche dit : favorisons la relance grâce à de nouvelles dépenses de l’Etat. L’Europe a besoin discipline budgétaire ET de croissance. Il ne faut pas changer le pacte budgétaire mais y ajouter deux choses : un paquet de croissance européen - renforcer le capital de la Banque européenne d’investissement, mieux utiliser les fonds structurels, lancer des projects bonds pour les grands projets d’infrastructure financés par le public et le privé - et organiser la solidarité en mutualisant une partie de la dette.

On ne parvient déjà pas à régler le cas grec…

Cela fait deux ans et demi que l’Europe est en crise à cause d’une petite économie qui représente à peine 2 % du produit intérieur brut européen. Les Etats-Unis ont une dette qui équivaut à 100 % de leur PIB, la Californie est en faillite et cela ne fait trembler ni le système américain ni le dollar. La dette des Japonais culmine à 226 % du PIB. Ils payent les taux d’intérêt les moins élevés au niveau mondial. L’Europe, avec une dette moyenne de 87 %, est en crise à cause d’un problème limité à 2 % de son PIB. Mais les Etats-Unis et le Japon sont de vrais Etats, avec une autorité fédérale ou centrale qui donne de la confiance au marché. Nous, Européens, avec notre union monétaire, on a toujours 17 politiques économiques différentes, 17 politiques budgétaires, 17 banques centrales, 17 marchés obligataires. La raison de la crise est là. Pour en sortir, il faudra aller vers l’Europe fédérale.

Sinon ?

Sinon l’euro, il faudra l’oublier. Un Etat peut exister sans monnaie. Mais une monnaie n’existe pas sans Etat. J’espère que poussés par les marchés, les dirigeants européens accepteront ce qu’ils ont refusé : un transfert massif de moyens et de compétences vers l’Europe pour soutenir l’euro.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

PLUS CLAIR QUE CA TU MEURS!

"Un Etat peut exister sans monnaie. Mais une monnaie n’existe pas sans Etat. J’espère que poussés par les marchés, les dirigeants européens accepteront ce qu’ils ont refusé : un transfert massif de moyens et de compétences vers l’Europe pour soutenir l’euro."


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