mardi 15 mai 2012

Le dossier du collège musulman progresse





RICARDO GUTIERREZ

Le projet d'école secondaire musulmane d'Anderlecht avance. Les statuts du pouvoir organisateur, l'Institut Al Amal, viennent d'être publiés au Moniteur belge. Le dossier sera évoqué, ce mardi, à la commission de l'éducation de la Communauté française.

Plus de 41 % des élèves du secondaire, dans l’enseignement officiel bruxellois, sont musulmans La demande justifie la création du futur collège musulman d’Anderlecht © Belga

Si d'autres établissements d'enseignement confessionnel musulman sont déjà reconnus et subsidiés, c'est la première fois qu'un projet d'école complète, intégrant le maternel, le primaire et le secondaire est introduit, à l'administration.

Ce projet entend répondre à la saturation de nombreuses écoles bruxelloises mais aussi à l'interdiction quasi généralisée du port du foulard islamique dans les établissements du réseau officiel de la région bruxelloise, majoritairement fréquenté par des élèves musulmans (43% des effectifs dans le primaire et 41% dans le secondaire).

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

SCOOP

Qu'on le veuille ou non, ceci est sans doute un scoop.

L'enseignement officiel qui fut autrefois un fleuron de la capitale ne se porte pas bien. Il n'est pas certain que l'enseignement libre catholique aille beaucoup mieux. Toujours est-il que les élèves musulmans, soit 43% de l'effectif selon la Libre, pourraient à terme le quitter à la faveur d'un enseignement libre musulman en création.

Ce raisonnement est purement théorique mais il n'est pas absurde et très symbolique, au demeurant.

Théorique parce qu'on ne voit pas la Communauté Française exsangue financer la construction d'un nouveau parc d'écoles à Bruxelles; parce que face à la pénurie d'enseignants on se demande où on ira chercher le personnel pédagogique pour animer des établissements musulmans en création. Symbolique, parce que c'est une manière collective de faire un pied de nez communautariste aux non- musulmans.

Prenons un peu de hauteur: l'enseignement officiel fut créé au 19ème siècle en réaction contre le monopole de l'église en matière d'enseignement, à l'imitation de l'école républicaine de Jules Ferry.

Il s'en suivit une guerre scolaire âpre, de près de cent ans, qui se termina par la trêve de 1959, début de la poursuite de ces hostilités par d'autre moyens.

Lourdement concurrencé, l'enseignement libre confessionnel catholique a tiré parti du pacte scolaire (1959) pour se refaire une santé au détriment de l'officiel. Si les églises sont plutôt vides, les écoles catholique sont aujourd'hui plutôt pleines.

Mais les mosquées sont très fréquentées également et elles se construisent à rythme cadencé. Les écoles confessionnelles musulmanes  en création risquent de faire rapidement le plein. Prenons, à titre d'exemple, la commune d'Anderlecht, une des trois seules avec Bruxelles et Schaerbeek à entretenir, à grands frais, un réseau d'écoles secondaires communales. Son navire amiral, l'Athénée Théo-Lambert Bracops est en pleine mutation démographique; les élèves musulmans y sont en majorité. Est-ce à dire qu'un jour, écrasée par les charges financières, la commune d'Anderlecht pourrait décider, dans cinq six ou quinze ans, de céder cet établissement et d'autres à une asbl ayant pour objet de créer un établissement à projet éducatif musulman dans cette commune?  C'est un problème strictement politique, donc de majorité. On peut imaginer qu'à Anderlecht qui compte pas mal de musulmans parmi ses conseillers communaux et ses échevins comme Saint-Josse, Schaerbeek, Molenbeek, une majorité politique se dégage demain en faveur de cette opportunité qui aujourd'hui n'est qu'une hypothèse. Certes, la Communauté Française conservera toujours un droit de regard et de contrôle sur cet enseignement. Mais elle ne pourra pas empêcher que le foulard y soit librement porté et que la nourriture hallal y soit servie à l'exclusion de tout autre, qu'il y règne un esprit, un climat inspiré d'un projet éducatif prônant des valeurs coraniques.

Il s'agit d'un tournant, il faut en prendre conscience.

Imaginons Bruxelles en 2042, ce n'est pas si loin  -1982 n'est pas si  éloigné de nous-  après tout. La population scolaire sera musulmane à 70 voire 80%. Il y a de fortes chances qu'il existera, à côté du réseau officiel non confessionnel et du réseau catholique, un troisième réseau d'écoles musulmanes, sans doute le plus important.

On peut imaginer que dans les communes où il sera majoritaire, le climat général en sera largement changé, les horaires de piscine, les organigrammes des hôpitaux et que sais-je encore.

Reste alors la question essentielle: quel islam régnera sur ces établissements subventionnés? Un islam en Belgique ou de Belgique, selon l'expression qui à cours en France? Un islam éclairé, hautement spirituel prônant une éthique du Bel Agir ou un islam militant, conquérant, dominateur et agressif, mâtiné d'islamisme prêchant la haine des non-musulmans? Personne ne connait la réponse.

Oui, ceci est vraiment un scoop.

Mais il existe une autre voie: créer sans attendre en communauté française un réseau unique et pluraliste, une école unique et pour tous qui, en cette période de crise permettrait de réaliser de substantielles économies d'échelle. Mais est-il encore temps de réaliser ce projet qui traîne dans les tiroirs depuis plus de cinquante ans?

MG

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