lundi 11 juin 2012

Au Marathon des mots, on arrête de courir





Le festival de lectures à haute voix offre une pause dans la course du quotidien. En compagnie de Bernard Yerlès et de Chloé Delaume. Par Adrienne Nizet


Quatre. C'est le nombre de personnes endormies qu'on a repérées aujourd'hui au Marathon des Mots. Mais attention, ce n'est pas une moquerie, ni pour elles, ni pour l'organisation. Cela montre juste, selon nous, à quel point ce festival de lectures à voix haute propose un exercice auquel nous ne sommes plus habitués : nous arrêter. Prendre le temps, une heure, d'écouter un texte. Des mots, une voix, sans artifice d'aucune sorte. Alors, forcément, le rythme bute. La fatigue retombe… et parfois, vous emporte. C'est la vie.

Ceci dit, c'est dommage. Pour ceux qui ont sombré devant Bernard Yerlès comme pour ceux (beaucoup de celles, en réalité) qui se sont assoupis face à Chloé Delaume. Car ces lectures, toutes deux cet après-midi à la Bellone, valaient le coup de rester éveillé.

À 17h, Bernard Yerlès s'est emparé des mots de Kjell Eriksson, en présence de l'auteur. Lequel s'est d'ailleurs, avant de céder la place au comédien, fendu d'un petit extrait en suédois… Comprenne qui pourra.

À 19h, c'est la fascinante Chloé Delaume qui a rejoint la magnifique salle vitrée de la Bellone. Pour lire ses propres mots, publiés dans son dernier livre, Une femme avec personne dedans (Seuil). D'emblée, l'auteur/lectrice/personnage y va fort, contant le suicide d'une de ses fans après qu'elle a échoué, la fan, à « devenir Chloé Delaume ».



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE MARATHON DE MARIE-CHRISTINE BARAULT




Un grand moment de grâce de ce marathon : la prestation de Marie Christine Barrault. Quatre heures de lectures des mémoires d'Hadrien dans l'ancienne salle du trône du roi Guillaume décorée, à l'antique, du Palais des Académies, devant une assemblée de têtes blanches unies dans la ferveur et le respect. Une idée de génie mise en œuvre à la pointe de la perfection.




"Nous avons voulu souffler sur les braises refroidies de la gloire de la grande Marguerite"  annonça le présentateur. Idée excellente pour ne pas dire géniale. Marguerite fut sociétaire de cette belge académie avant de rejoindre son pendant du quai Conti. Et de rappeler que la merveilleuse Dominique Rollin qui vient de nous quitter  lui succéda en occupant son siège bruxellois.

Ce fut un moment de ferveur jubilatoire et collective. Je suis resté quatre heures scotché à ma chaise inconfortable, envoûté par un texte magique, un grain de voix cristallin qui laissait deviner, en off mental la voix graveleuse de Marguerite Yourcenar.

Quelle liberté de ton pour dire les ambitions contenues et la passion du pouvoir et la ferveur homosexuelle d'un empereur qui dans ce texte incomparable nous parle de la plus difficile des conquêtes: l'empire sur soi par la sculpture de soi.

Marguerite Yourcenar en avatar de son idole masculine, à son tour incarnée par la toujours très belle et très impériale Marie-Christine Barrault (altière, elle me fait penser un instant à l'impératrice Marie-Thérèse)

Le rapport avec l'interculturel? Evident dans la description d'un empire, d'une mare nostrum où se côtoyaient, le texte l'énonce de la manière la plus claire, la pensée athénienne, tous les dieux d'Egypte et l'orient, les sagesses asiatiques et le monothéisme juif, chrétien.

C'est que cet empire était métisse et cosmopolite et que Rome était, sinon le premier du moins le plus important melting pot de l'antiquité. Qu'on en prenne enfin, chez nous, aujourd'hui, de la graine avant que ne s'effondre l'empire européen cent ans après celui tout aussi composite de François Joseph, le mari de l'inoubliable Sissi. Patrie de Freud, de Mahler, de Bruckner de de Musil, des frères Hofmannsthal, de Karl Kraus,  de Joseph Roth, de Klimt, Schiele et de Kokoschka, de Josef Hoffman et Otto Wagner.

Il est vrai que le marathon des mots avait été ouvert , la veille au National par « L'or noir » un très beau moment interculturel . "Arthur Higelin a partagé plutôt que lu des extraits de textes tandis que le musicien, virtuose, créait avec différents instruments, des plus connus aux plus saugrenus, une ambiance musicale étonnante.  De sa belle voix grave, Arthur H a fait passer son amour des mots. Ceux d'Aimé Césaire, d'abord, ceux d'Edouard Glissant et Dany Laferrière ensuite, ceux d'Aimé Césaire, encore, ceux de René Depestre et James Noël pour poursuivre et puis ceux… d'Aimé Césaire, toujours"

Des géants, fils de manants et d'esclaves mais comme l'aristocrate Yourcenar d'humbles serviteurs de la sublime et impérieuse langue française.

MG

ARTHUR H EN OUVERTURE DU MARATHON DES MOTS

ADRIENNE NIZET

Le festival de lectures à haute voix a débuté, au Théâtre National. Il se poursuivit tout le week-end dans divers lieux bruxellois.

Le coup d'envoi du Marathon des mots a été donné hier, au Théâtre National, par Arthur H et son complice Nicolas Repac, qui présentaient leur projet « L'or noir ». Un chapeau enfoncé sur la tête, le fils Higelin a partagé plutôt que lu des extraits de textes tandis que le musicien, virtuose, créait avec différents instruments, des plus connus aux plus saugrenus, une ambiance musicale étonnante.

De sa belle voix grave, Arthur H a fait passer son amour des mots. Ceux d'Aimé Césaire, d'abord, ceux d'Edouard Glissant et Dany Laferrière ensuite, ceux d'Aimé Césaire, encore, ceux de René Depestre et James Noël pour poursuivre et puis ceux… d'Aimé Césaire, toujours. Le chanteur n'a pas caché son admiration pour le poète martiniquais. Il a ensuite, avant de conclure, dédié ce spectacle à sa grand-mère, née à Liège.



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