samedi 23 juin 2012

Drôles de Dames !






Yvon Toussaint, journaliste et écrivain, ancien directeur et rédacteur en chef du « Soir »

Valery avait osé : « Il y a trois sortes de femmes, les emmerdantes, les emmerdeuses et les emmerderesses ! » Et, dans les pas du « bon maître », Brassens en avait remis une cuillère en prétendant « La mienne à elle seule /Sur toutes surenchérit/Elle relève à la fois ! Des trois catégories ! »

Et Valérie, elle aussi, avait osé, en proposant, à l’instant où son compagnon entrait à l’Elysée, un mixte affligeant de goujaterie et de ridicule.

Certes, elle n’avait pas tort de trouver désuète cette appellation de Première Dame par ailleurs parfaitement inadéquate car on voit mal à quel titre l’épouse, la concubine ou l’amante d’un président de la République pourrait réclamer ce rang prééminent sans avoir été élue ou désignée par quiconque.

Mais Mme Trierweiler, après avoir fourni ce qui aurait pu passer pour une preuve de modestie, n’avait pu s’empêcher de révéler qu’une multitude de citoyens français, à l’évidence enamourés par sa personne, lui faisait des suggestions plus gratifiantes l’une que l’autre. Et de détacher de ce florilège un saugrenu « Atout cœur ». Ou encore un loufoque « Première Journaliste » propre à provoquer une hilarité inextinguible dans toutes les rédactions de France ou de Navarre. Sans compter l’inénarrable « Je ne suis pas différente des autres femmes », ce qui d’ailleurs n’était venu à l’esprit de personne.

A cette fatuité et ces minauderies s’ajouta bientôt une sorte de convoitise jalouse, comme si on avait lâché la bonde. Ce n’était plus seulement des bouffées de dépit qui se succédaient, exsudant une jalousie dont La Rochefoucault disait qu’elle « exprimait plus d’amour-propre que d’amour », mais une passion soupçonneuse qui exigeait en retour des preuves d’amour aussi publiques que niaiseuses.

Exemples ? « Elle est la femme de ma vie », s’empressait de confier François Hollande (à Gala !, c’est dire le niveau de la confidence), expliquant ensuite qu’elle « en avait besoin car c’est pesant pour elle de vivre dans l’ombre de Ségolène » !

Il est vrai que sa nouvelle conquête l’avait prévenu : (« Tu vas voir de quoi je suis capable ! »).Il allait le voir, en effet. Non seulement lorsqu’elle exigea, à la Bastille, « Embrasse-moi sur la bouche ! » (fort heureusement ce fut à ce baiser qu’elle limita ses exigences exhibitionnistes). Mais aussi et surtout lorsqu’elle prit connaissance du message de soutien envoyé par François à son ex-compagne.

Ségolène Royal eut à peine le temps d’insérer ces lignes précieuses dans sa profession de foi que la réplique était rendue publique. Non seulement Mme Trierweiler défiait les instances du Parti socialiste mais encore elle bravait impudemment son compagnon :

Sous ce camouflet, que fit celui-ci ? Son fils Thomas avait paraît-il dit un jour, « Quand mon père est dans une pièce, on ne sait jamais par quelle porte il va choisir de sortir ».

Cette fois, le président se contenta de choisir son beau Premier ministre tout neuf, M. Jean-Marc Ayrault, de trouver une échappatoire. Ce que celui-ci fit incontinent : « Que chacun reste à sa place ! » murmura-t-il.

In fine, tout ce charivari arracha du bout des lèvres de la dame un terne « J’ai commis une erreur ». Il nous étonnerait cependant que cet aveu empêche bien longtemps la Trierweiler de reprendre le sentier de la guerre. Car elle est manifestement de ces femmes, décrites par Montherlant, qui « tâtent leur chignon comme les hommes tâtent leur braguette » avant de courir sus à leurs rivales. Au risque de se perdre.

Dommage. Car, à l’instar de La Fontaine, « je ne suis pas de ceux qui disent : ce n’est rien, c’est une femme qui se noie. »

En s’en prenant à Mme Ségolène Royal la nouvelle favorite s’attaquait à une adversaire rugueuse. Car nonobstant son pathos parfois un peu larmoyant, la diva de Poitou-Charentes a du tonus. Et sait à l’occasion frapper de taille et d’estoc, entêtée, ardente, capable d’auto-acharnement thérapeutique et insensible aux revers, elle partage avec Mélenchon la certitude irréfragable de ses bonnes fortunes à venir alors que c’est dans les grandes largeurs qu’elle (ou qu’il) échoue dans beaucoup de ses entreprises.

Mais qu’importe. Elle agrippe toutes les planches de salut, même les pourries. Et, toujours comme Mélenchon, elle se persuade derechef qu’à la prochaine péripétie elle va marcher sur l’eau, alors qu’elle risque sans cesse de boire la tasse.

La voici donc au plus bas. Ce qui, bien sûr, ne l’empêche pas de rêver au plus haut. Première secrétaire a la place de Martine Aubry, par exemple ? Ce serait sa dernière foucade. Le dernier espoir qui luit comme un brin de paille.

En tout cas elle rebondit déjà. Le culbuto qui toujours se redresse ce n’est pas Hollande, comme tout le monde le pense, c’est elle. Elle n’est pas en acier cette belle brune, elle est en caoutchouc. Ignifugé.

Son grand-père Jean-Marie en est bleu – n’en déplaise à Marine – et l’appelle Marion des Sources pour faire un clin d’œil à Pagnol. Sa tante s’agace, paraît-il, de tant de rayonnement solaire et de blondeur sous une même étiquette – Le Pen – que la sienne. En tout cas, la plus jeune députée de France de tous les temps, Mademoiselle Marion Maréchal-Le Pen, aimante les médias. Il faut dire qu’elle est tombée dans la marmite politique quand elle était petite. Mais c’est peut-être cela qui fait que ses postures, son discours-mitraillette et tout cet attirail électoral qui paraît lui avoir été fourni la veille, clef sur porte, apparaissent comme convenu et sans vraie saveur. Sans compter que, disgrâce ultime, la pauvre sera acoquinée au Palais Bourbon avec son unique coreligionnaire, le suave Gilbert Collard, celui qui a prévenu :

« Je suis là pour foutre le bordel et vous casser les couilles ! » Pauvre Marion de la source polluée du FN !

Quoi qu’il en soit, l’autre Le Pen (si l’on ose dire), c’est-à-dire Marine, mise à part sa très courte défaite (48,89 % contre 50,11 au candidat PS), n’a que des raisons de se réjouir. D’une part en raison de la progression régulière qu’enregistre, d’élection en élection, un FN à chaque fois un peu plus dédiabolisé, du moins en apparence. Et d’autre part – Sarkozy ayant donné le branle – de la tentation grandissante d’une partie de l’UMP de se recomposer, sinon autour du FN, du moins la main dans sa main.

Celle qui incarne au mieux cette catégorie des transfuges en puissance est évidemment Mme Nadine Morano qui aurait tellement aimé être l’escarpin de Sarkozy alors qu’elle n’en fut que le godillot.

Mais voilà, celle qui donnait une interview à Minute (« un support comme un autre »), qui ne répugnait pas à faire remarquer qu’elle partageait bon nombre des « valeurs » des frontistes et qui « n’avait pas envie que ça devienne le Liban chez moi » (sic) a été battue. Elle restera cependant dans les annales comme celle qui professait que les bulletins de vote n’ont pas d’odeur.

Drôles de Dames. Ou moins drôles, parfois, ça arrive. En tout cas, que les hommes se le tiennent pour dit, ils devront de plus en plus, qu’ils le veuillent ou non, s’en accommoder.

Avec près de 27 % de femmes élues députées contre 18,5 de sortantes, la nouvelle Assemblée Nationale française sera la plus féminine de l’Histoire.

Et ce n’est qu’un début. Elles continuent le combat, les obscures et les sans-grade, les fringantes comme les audacieuses.

Telle Mme Cécile Duflot qui, en négociant comme une cheffe avec les socialistes, a réalisé le plus fabuleux rapport suffrages recueillis-nombre de députés qui puisse s’imaginer.

Telle Mme Nathalie Kosciusko-Morizet dont Marine Le Pen voulait le scalp tant la vaporeuse NMK avait recommandé, en cas de duel, de voter socialiste plutôt que FN. Et qui, nonobstant son impayable bon chic-bon genre, avait su faire preuve d’une poigne et d’une éthique à toute épreuve. Telle, encore, la formidable Marie-Arlette Carlotti, inattendue déléguée en charge des personnes handicapées dans le gouvernement Ayrault mais aussi impavide guerrière défiant à Marseille une classe politique toujours redoutable et parfois inquiétante.

Mais que les mâles ne s’inquiètent pas trop. Et se souviennent que, comme l’avait remarqué le dessinateur Wolinski, : « Les femmes sont des hommes comme les autres. »

yvontoussaint@skynet.be

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

DRÔLE DE DRAME,VRAIMENT!

Comme à chaque fois, Yvon Toussaint nous bluffe par son talent d'écrivain, l'acuité de son regard et la pertinence de son analyse.

Ce papier irrésistible montre à quel point les femmes chez nous sont devenues, comme il le dit, "des hommes comme les autres".  Voilà qui dérange suprêmement les petits esprits islamistes qui entendent bien imposer un couvre chef, un couvercle symbolique, bref une chape de plomb à des femmes nées dans l'islam chez nous et ailleurs. Démarche de mâles dominateurs et frustrés par l'émancipation des femmes d'ici et très en colère contre ceux qui l'ont instrumentalisée.

Entre les premiers et les seconds s'est engagée un bras de fer ici et là-bas sur les chantiers de ce qui fut le printemps arabe menacé de tourner au grand hiver salafiste.

Drôle de drame, vraiment!

MG



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