mardi 26 juin 2012

Élection de Morsi en Egypte : une victoire à la Pyrrhus ?


25 juin 2012


Par Maxime Pinard
Chercheur à l'IRIS (in Libération)

Le candidat des Frères musulmans Mohamed Morsi l'a donc emporté face au candidat soutenu par les militaires en Égypte. Mais ses pouvoirs sont pour l'instant rognés par l'armée, qui "joue le temps dans une partie d'échecs où les stratégies demeurent complexes et floues", commente Maxime Pinard, chercheur à l'IRIS.

Ahmad Chafiq a rapidement reconnu sa défaite ; quant à ses supporters, ils ont fait part de leur très grande déception, mais également de leur crainte qu'un Frère musulman soit désormais à la tête du plus grand pays arabe.

UN PRESIDENT FRERE MUSULMAN : DES CRAINTES ET DES DEFIS A RELEVER

Lors de sa première déclaration télévisée, le président Morsi a cherché à rassurer, affirmant qu'il serait "le président de tous les Égyptiens".

Notons au passage que de nombreux chefs d’États l'ont déjà félicité et témoigné de leur volonté de travailler ensemble, lui conférant ainsi une légitimité internationale qui n'était pas nécessairement envisageable aussi rapidement, eu égard aux craintes que suscitent dans de nombreux pays les Frères musulmans.

Tous les regards sont donc tournés vers ce nouveau président qui doit répondre à des défis immenses. L'économie fonctionne au ralenti, la désorganisation provoquée par le renversement de Moubarak ayant accentué le processus. Surtout, l’Égypte est confrontée au problème d'une jeunesse très nombreuse qui n'a aucune perspective d'avenir, le chômage des jeunes étant une plaie dans ce pays qui ne parvient pas à profiter de ses ressources internes.

Des investissements étrangers seront nécessaires pour aider le pays à se sortir de la crise multiple qu'il traverse ; leur importance dépendra de la politique menée par Morsi et du discours qu'il tiendra, aux niveaux national et international. Mais surtout, le président Morsi devra répondre au défi sécuritaire du pays s'il veut faire venir les entreprises étrangères ; il pourra compter pour ce faire sur l'armée qui a une position stratégique dans le pays.

MORSI, LES MAINS LIEES A L'ARMEE EGYPTIENNE

Morsi est pour l'instant un président sans pouvoir réel, qu'il a les mains liées et que toute initiative politique est actuellement dépendante des projets de l'armée.

En effet, le 14 juin dernier, l'armée procédait à ce que Hossam Bahgat (un défenseur des droits de l'homme) appelle "un coup militaire (...) doux". Le chef du Conseil suprême des forces armées (CSFA), le Maréchal Tantaoui confirmait la décision de la Haute Cour constitutionnelle d'invalider un tiers des sièges de la chambre basse du Parlement, l'élection des députés concernés étant jugée contraire à la Constitution de 1973, rendant ainsi le Parlement impuissant.

De nouvelles élections sont donc à organiser, alors que les Frères musulmans avaient obtenu la moitié des sièges, et les fondamentalistes salafistes un quart.

PARTIE D'ECHECS FACE A L'ARMEE

26 juin 2012
Certes, l'armée a promis de laisser le pouvoir législatif dès qu'un nouveau Parlement sera élu, mais aucune date n'a été avancée. De même que se pose le problème de la nouvelle constitution à rédiger, qui va prendre du retard, les membres chargés de la rédiger ne bénéficiant pas de l'immunité nécessaire à une telle mission. L'armée joue donc le temps dans une partie d'échecs où les stratégies demeurent complexes et floues.

En acceptant l'élection de Morsi, l'armée cherche à montrer qu'elle veut respecter le choix des électeurs, mais son initiative récente à l'encontre du Parlement témoigne du contraire.... Paradoxe délicat à gérer, mais pas ingérable pour autant. L'armée demeure le pouvoir principal dans ce pays, et cette donnée avait été occultée par les manifestants de la place Tahrir qui ne voyaient le pouvoir que dans sa dimension politique et non militaire.

En outre, l'absence de critique forte des États-Unis, qui pourtant font tenir l'édifice militaire égyptien via leur aide financière colossale, leur laisse le champ libre pour agir. La Maison Blanche ne semble conditionner son aide qu'au respect du traité entre Israël et l’Égypte.

L'ELECTION DE MORSI N'EST PAS L'ABOUTISSEMENT D'UN PROCESSUS MAIS bien un coup d'essai pour ce pays en reconstruction, qui doit se repenser pour répondre aux problèmes qui le gangrènent. L'armée a laissé un pion avancer, mais s'est arrangée pour toujours peser dans le destin du pays. Les prochaines élections législatives permettront d'avoir une vue plus claire des nouveaux rapports de force pouvoir politique/pouvoir militaire.


DE LA SHARIA AU PRAGMATISME POLITIQUE
PORTRAIT

Né en 1951 dans le delta du Nil, dans une modeste famille de paysans, Mohammed Morsi entreprend des études d'ingénieur qu'il achèvera en californie. Il rejoindra officiellement la confrérie en 1979. Il est élu député à la Chambre basse du Parlement en 2000.

Il travaille dès 2007 à la création d'un parti, en préparation d'une hypothétique ouverture du régime. Il défend des idées très conservatrices, qui font bondir les plus jeunes membres. «Il était interdit aux coptes et aux femmes de briguer la présidence de l'Égypte. Morsi proposait également la mise en place d'un conseil de religieux, chargés d'examiner la conformité des lois à la sharia», se souvient Abdelrahmane Ayyash, ancien Frère qui a pris ses distances avec la confrérie.

Il se voit confier les clés du parti Liberté et Justice, fondé en avril 2011.

Les Frères musulmans remporteront près de la moitié des sièges du Parlement et s'imposent comme la première force politique du pays. Un bras de fer entamé avec l'armée pour le partage du pouvoir les incite à se lancer dans la course à la présidentielle.

UN HOMME DE CONSENSUS ?

Au sein de la confrérie, on présente Mohammed Morsi comme un homme de dialogue. «Il est souple, cherche à trouver le consensus», affirme Khaled Hamza, rédacteur en chef du site Internet des Frères, Ikhwanweb. Le porte-parole Mourad Mohammed Ali souligne son ouverture d'esprit mêlée «à un fort pouvoir de décision».

L'homme a fait campagne sur les valeurs d'un islam politique dur, promettant l'application de la loi islamique et pourfendant systématiquement Israël.

Le discours a été édulcoré lors de l'entre-deux-tours pour recueillir les voix des libéraux révolutionnaires, des islamistes modérés et rassurer les puissances occidentales. Dans une tribune publiée par le Guardian juste avant le second tour, Mohammed Morsi rappelle son attachement aux valeurs démocratiques, promet la présence d'une femme au sein du gouvernement, «une première historique en Égypte», et réaffirme son engagement par rapport aux accords de Camp David. «Quand je le vois dire cela à la télévision, je sais qu'il n'y croit pas», raconte un jeune Frère musulman, proche de Morsi. Adepte du double langage, Morsi brouille les pistes. Quoi qu'il en soit, sa marge de manœuvre sera réduite après les amendements constitutionnels annoncés par l'armée la semaine dernière. (d'après le Figaro)


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LA VICTOIRE DE MORSI ANGOISSE ISRAËL

Tandis que Moubarak comateux agonise, les frères musulmans s'emparent de son sceptre. Enfin pas tout à fait puisque, nous dit-on, l'armée demeure maîtresse du jeu. On ne saurait donc voir en Morsi un calife ou ayatollah en costume de ville, du moins pour l'instant. Washington fait mine de le reconnaître tandis qu'elle mise résolument sur l'arbitrage de l'armée.

Israël s'inquiète déjà d'une dégradation possible de la situation à la frontière entre les deux pays et appréhende une éventuelle remise en cause du traité de paix avec l'Egypte.

Morsi, à peine élu dimanche, a promis de respecter les traités internationaux, sans autre précision. Quelques heures auparavant, il avait cependant déclaré à l'agence iranienne Fars que l'Egypte allait "réviser les accords de Camp David" qui ont scellé la paix avec Israël.

"Il y a désormais à la tête de l'Egypte un homme qui n'a jamais caché son hostilité à Israël" a déclaré Binyamin Ben Eliezer, ancien ministre travailliste de la Défense.

"Nous devons rechercher le dialogue avec les islamistes et dans le même temps nous préparer à la guerre", a-t-il surenchéri. Le propos est martial et sans nuance, dicté par la crainte d'être pris en tenaille entre un Iran islamiste et une Egypte en passe de le devenir; la crainte d'être lâché de plus en plus  par une Amérique très soucieuse de son approvisionnement en hydrocarbures.

Pour les dirigeants et médias israéliens, "la paix froide" avec l'Egypte est entrée dans une zone de turbulences avec la victoire du candidat des Frères musulmans, mouvance à laquelle appartient le Hamas palestinien.

Si Israël a su , avec l'aide de son fidèle allié américain, venir à bout du nationalisme arabe velléitaire, il est beaucoup moins sûr qu'il  saura tenir tête à un monde islamique de plus en plus "sûr de lui et dominateur".

Benjamin Netanyahu a menacé ce dimanche d'agir "encore plus fermement" contre les tirs de roquettes depuis la bande de Gaza, si la trêve fragile annoncée samedi n'était pas respectée.

"Dans le Sud, l'armée israélienne a agi fermement contre ceux qui tentent de nous atteindre, et si nécessaire, elle agira encore plus fermement".

La dureté du propos est  révélatrice d'une inquiétude qui frise l'angoisse et augure d'une réaction musclée, prélude d'une dangereuse escalade.

Notons encore et surtout que depuis lundi dernier, 15 Palestiniens ont été tués et plusieurs dizaines d'autres blessés à Gaza par des frappes israéliennes, tandis que 152 roquettes et mortiers ont atterri en Israël, blessant cinq Israéliens.

C'est dire si les Israéliens n'y vont pas par le dos de la cuillère.

C'est dire surtout si l'élection de Morsi a provoqué un électrochoc à Tel Aviv. Il y a de fortes chances que l'onde de choc qui en résulte secouera le monde musulman tout entier avec des répercussions jusque dans les banlieues de nos capitales européennes.

MG


LES FRERES MUSULMANS VONT POURSUIVRE LEUR SIT-IN PLACE TAHRIR

AFP

"Le sit-in place Tahrir va se poursuivre jusqu'à l'annulation de la Déclaration constitutionnelle complémentaire"

"Le sit-in place Tahrir va se poursuivre jusqu'à l'annulation de la Déclaration constitutionnelle complémentaire", a dit un responsable de la confrérie, Mohamed al-Beltagui, à la télévision d'Etat, peu après l'annonce de la victoire à la présidentielle du Frère musulman Mohamed Morsi.

Le Conseil suprême des forces armées (CSFA) "n'a pas le droit de confisquer le pouvoir exécutif ni législatif", a dit ce dirigeant islamiste.

La Chambre des députés, dominée par les Frères musulmans, a en effet été dissoute en application d'un arrêt de la Haute cour constitutionnelle pour un vice juridique dans la loi électorale.

Le nouveau scrutin ne pourra toutefois pas avoir lieu avant l'adoption d'une nouvelle Constitution, pour laquelle le CSFA s'est accordé un droit de veto sur tout article qu'il estimerait "contraire aux intérêts suprêmes du pays".

La Déclaration stipule aussi que le CSFA garde la haute main sur "tout ce qui relève des forces armées".

Les Frères musulmans ont qualifié ces mesures de "coup d'Etat" et appelé leurs partisans à multiplier les manifestations à Tahrir.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

BRAS DE FER MENACANT

Un bras de fer impitoyable semble s'être engagé entre l'armée égyptienne et la mouvance islamiste dont l'enjeu est évident: le pouvoir absolu. Comme autrefois en Algérie, comme en Turquie dans une moindre mesure...

Ceci peut dégénérer en guerre civile et enflammer le Maghreb tout entier: Tunisie, Lybie , Algérie...sans oublier la Syrie en pleine tourmente et le Liban en déshérence.

L'habileté de Hilary Clinton et le faible ascendant de Obama suffiront-t-ils à freiner pareille dérive, cinq mois avant les élections présidentielles américaines?

Je vous suggère de relire quelques extraits du fameux discours du Caire de Obama à la lumière des événements actuels.

MG

EXTRAITS DU DISCOURS DU CAIRE



"JE SUIS VENU CHERCHER UN NOUVEAU COMMENCEMENT ENTRE LES ETATS-UNIS ET LES MUSULMANS"
        "Je suis honoré de me trouver dans la ville éternelle du Caire, et d’être accueilli par deux remarquables institutions. Depuis plus de mille ans, al-Azhar joue le rôle de phare de l’érudition musulmane, et depuis plus d’un siècle, l’Université du Caire est l’une des sources du progrès de l’Egypte. Ensemble, vous représentez l’harmonie entre tradition et progrès. Je vous suis reconnaissant pour votre hospitalité, et pour l’hospitalité du peuple égyptien. Je suis également fier d’apporter avec moi la bonne volonté du peuple américain et un salut de paix de la part des communautés musulmanes de mon pays : assalaamou aleikoum.

Nous nous rencontrons en une période de tension entre les Etats-Unis et les musulmans partout dans le monde, une tension inscrite dans des forces historiques qui dépassent tout débat politique en cours. Dans la relation entre l’islam et l’Occident, il y a eu des siècles de coexistence et de coopération, mais aussi un conflit et des guerres religieuses. Plus récemment, cette tension a été nourrie par le colonialisme qui a privé de nombreux musulmans de leurs droits et de leurs chances, et par une guerre froide où des pays à majorité musulmane ont été trop souvent considérés comme des sous-traitants, sans égard pour leurs propres aspirations. De plus, les changements énormes provoqués par la modernisation et la mondialisation ont conduit d nombreux musulmans à considérer l’Occident comme hostile aux traditions de l’islam.

De violents extrémistes ont exploité ces tensions chez une minorité réduite mais puissante de musulmans. Les attentats du 11 septembre 2001 et les violences continuelles de ces extrémistes contre des civils ont conduit certains, dans mon pays, à percevoir l’islam comme irrémédiablement hostile, non seulement à l’Amérique et aux pays de l’Occident, mais aussi aux droits de l’homme. Cela a renforcé encore la peur et la méfiance.

Tant que notre relation sera définie par nos différences, nous renforcerons ceux qui sèment la haine et non la paix, et qui promeuvent le conflit plutôt qu’une coopération qui peut aider nos peuples à parvenir à la justice et à la prospérité. Ce cycle du soupçon et de la discorde doit cesser.

Je suis venu chercher un nouveau commencement entre les Etats-Unis et les musulmans du monde entier, qui se fonde sur un intérêt et un respect mutuels ; qui se fonde sur le fait que l’Amérique et l’islam ne sont pas exclusifs l’un de l’autre et ne sont pas voués à se faire concurrence. Au lieu de cela, ils se chevauchent et partagent des principes communs : justice et progrès ; tolérance et dignité de tous les êtres humains.

Je fais cela en ayant conscience que le changement ne peut pas s’effectuer en un jour. Un discours seul ne peut éradiquer des années de méfiance. Et je n’ai pas non plus de réponse immédiate à toutes les questions complexes qui nous ont amenés au point où nous sommes. Mais je suis convaincu que pour avancer, nous devons dire ouvertement ce que nous avons sur le cœur et que, trop souvent, nous ne disons que derrière des portes fermées. Il doit y avoir un effort soutenu pour s’écouter, apprendre l’un de l’autre et chercher des terrains d’entente. Comme le dit le sait Coran ; « Sois conscient de Dieu et dis toujours la vérité. » C’est ce que je me propose de faire : dire la vérité du mieux que je peux, humble devant la tâche qui nous attend, et ferme dans ma croyance que les intérêts que nous partageons en tant qu’êtres humains sont beaucoup plus forts que les forces qui nous séparent.

Cette conviction est en partie liée à ma propre expérience. Je suis chrétien, mais mon père venait d’une famille kenyane qui comprend plusieurs générations de musulmans. Enfant, j’ai vécu plusieurs années en Indonésie et j’entendais l’appel du muezzin à l’aube et à la tombée du jour. Jeune homme, j’ai travaillé dans des communautés de Chicago où beaucoup ont trouvé dignité et paix dans leur foi musulmane.

Instruit en histoire, je connais aussi la dette de la civilisation envers l’islam. Ce fut l’islam - dans des endroits comme l’Université al-Azhar - qui a porté la flamme de l’étude pendant plusieurs siècles, montrant la voie en Europe à la Renaissance et aux Lumières. Ce fut l’esprit d’innovation qui soufflait sur les communautés musulmanes qui a produit l’algèbre, nos compas et outils de navigation, notre maîtrise de l’imprimerie, notre compréhension de la transmission des maladies et des moyens de la soigner. La culture musulmane nous a donné des arches majestueuses et des spirales élancées, une poésie éternelle et une musique magnifique ; une calligraphie élégante et des endroits de paisible contemplation. Dans son histoire, l’islam a fait la preuve, par les paroles comme par les actes, que la tolérance religieuse et l’égalité raciale étaient possibles.

Je sais aussi que l’islam a toujours fait partie de l’histoire américaine. Le Maroc a été le premier pays à reconnaître notre nation. En signant le Traité de Tripoli en 1796, notre deuxième président, John Adams, avait écrit : « Les Etats-Unis n’ont aucune trace d’hostilité envers les lois, la religion et la tranquillité des musulmans. » Et depuis notre fondation, les musulmans américains ont enrichi les Etats-Unis. Ils ont combattu dans nos guerres, servi au gouvernement, lutté pour les droits civiques, créé des entreprises, enseigné dans nos universités, excellé dans nos sports, été lauréats de prix Nobel, construit nos immeubles les plus hauts et allumé la torche olympique. Et lorsque le premier musulman américain a été élu au Congrès, il a fait le serment de défendre notre constitution sur le même Coran que l’un de nos pères fondateurs, Thomas Jefferson, avait conservé dans da bibliothèque personnelle.

Ainsi, j’ai connu l’islam sur trois continents avant de venir dans la région où il a été révélé. Cette expérience guide ma conviction qu’un partenariat entre l’Amérique et l’Islam doit être fondé sur ce qu’est l’Islam et non sur ce qu’il n’est pas. En tant que président des Etats-Unis, je considère qu’il est de ma responsabilité de lutter contre les stéréotypes sur l’Islam, où qu’ils apparaissent.

Mais ce même principe doit s’appliquer à la manière dont les musulmans perçoivent l’Amérique. De même que les musulmans ne correspondent pas à un stéréotype grossier, l’Amérique n’est pas le stéréotype grossier de l’empire mû par ses seuls intérêts. Les Etats-Unis ont été l’une des plus grandes sources de progrès que le monde ait jamais connues. Nous sommes nés d’une révolution contre un empire. Nous avons été fondés sur un idéal selon lequel tous sont créés égaux, et nous avons versé du sang et lutté pendant des siècles pour donner un ses à ces mots - à l’intérieur de nos frontières et partout dans le monde. Nous sommes formés de toutes les cultures, attirés vers tous les bouts de la Terre et dévoués à une idée simple : « E pluribus unum. »

Alors, qu’il n’y ait aucun doute : l’islam est une partie de l’Amérique. Et je crois que l’Amérique recèle la vérité qui dit que, sans égard à la race, la religion où la position sociale, nous tous partageons les mêmes aspirations : vivre en paix et en sécurité, bénéficier d’une éducation et travailler dans la dignité ; aimer notre famille, notre communauté et notre Dieu. Ce sont des choses que nous partageons. C’est l’espoir de toute l’humanité.

Bien sûr, le fait de reconnaître notre humanité commune n’est que le commencement de notre tâche. Les mots seuls ne peuvent répondre aux besoins de nos peuples. Ces besoins ne seront satisfaits que si nous agissons avec audace dans les années à venir, et si nous comprenons que les défis auxquels nous faisons face sont partagés et que nous ne les surmontons pas, nous en serons tous affectés.

(...)Compte tenu de notre interdépendance, tout ordre mondial qui élèverait une nation ou un groupe au-dessus des autres échouera inévitablement. Alors, quoi que nous pension du passé, nous ne devons pas en être prisonniers. Nos problèmes doivent être résolus par le partenariat, le progrès doit être partagé.

(...)La deuxième source de tension dont il nous faut parler est la situation entre les Israéliens, les Palestiniens et le monde arabe.

Les liens solides entre l’Amérique et Israël sont bien connus. Cette relation est indestructible. Elle est fondée sur des liens culturels et historiques, et sur la conscience que l’aspiration à une patrie juive est enracinée dans une histoire tragique qui ne peut pas être niée.

(...) Menacer Israël de destruction ou répéter des stéréotypes ignobles sur les juifs est profondément mal et ne sert qu’à rappeler aux Israéliens les plus douloureux des souvenirs tout en empêchant la paix que les gens de cette région méritent.

D’un autre côté, il est aussi indéniable que le peuple palestinien - musulmans et chrétiens - a souffert dans sa quête d’une patrie. (...)

La situation du peuple palestinien est intolérable. L’Amérique ne tournera pas le dos aux aspirations légitimes des Palestiniens à la dignité et à un Etat à eux.

Pendant des dizaines années, il y a eu une impasse : deux peuples aux aspirations légitimes, chacun avec son histoire douloureuse qui fait fuir tout compromis. Il est facile de pointer du doigt les responsabilités - pour les Palestiniens, pointer les migrations provoquées par la fondation d’Israël, pour les Israéliens de pointer la constante hostilité et les attaques qu’ils ont subies dans leur histoire, depuis l’intérieur de leurs frontières aussi bien que du dehors. Mais si nous ne considérons ce conflit que d’un côté, noue ne verrons pas la vérité : la seule solution pour répondre aux aspirations des deux côtés passe par deux Etats, où Israéliens et Palestiniens vivront chacun en paix et en sécurité. Il y va de l’intérêt d’Israël, de la Palestine, de l’Amérique et du monde. C’est pourquoi j’ai l’intention de rechercher personnellement cette solution, avec toute la patience que la tâche requiert. Les obligations que les parties ont contractées dans le cadre de la feuille de route sont claires. Pour que la paix advienne, il est temps pour elles - et pour nous tous - de prendre nos responsabilités.

Il est maintenant temps pour les Palestiniens de se concentrer sur ce qu’ils peuvent construire. L’Autorité palestinienne doit développer sa capacité à gouverner, avec des institutions qui répondent aux besoins de son peuple. Le Hamas a du soutien chez certains Palestiniens, mais il a lui aussi des responsabilités. Pour jouer un rôle et répondre aux aspirations des Palestiniens, et unifier le peuple palestinien, le Hamas doit mettre fin à la violence, reconnaître les accords passés et reconnaître le droit d’Israël à l’existence.

Dans le même temps, les Israéliens doivent reconnaître que, tout comme le droit d’Israël à exister ne peut pas être nié, celui de la Palestine ne peut pas l’être non plus. Les Etats-Unis n’acceptent pas la légitimité de la continuation de la colonisation. Ces constructions violent les accords précédents et sapent les efforts consentis pour parvenir à la paix. Il est temps que ces colonies cessent.

Israël doit aussi respecter ses engagements et assurer aux Palestiniens la possibilité de vivre, travailler et développer leur société. Et, tout comme elle dévaste les familles palestiniennes, la crise humanitaire qui continue à Gaza ne sert pas la sécurité d’Israël, pas plus que l’absence continue de perspectives en Cisjordanie. Le progrès de la vie quotidienne des Palestiniens doit faire partie du chemin vers la paix ; et Israël doit prendre des mesures concrètes pour permettre ce progrès.

Enfin, les pays arabes doivent reconnaître que l’Initiative de paix arabe a constitué un début important, mais non la fin de leurs responsabilités. Le conflit israélo-arabe ne doit plus être utilisé pour détourner les peuples des nations arabes d’autres problèmes. Au lieu de cela, il doit être un moteur pour agir et aider le peuple palestinien à développer les institutions qui feront vivre leur Etat ; reconnaître la légitimité d’Israël ; et choisir le progrès plutôt qu’une obsession mortifère du passé.

L’Amérique accordera sa politique avec ceux qui recherchent la paix, et dira en public ce qu’elle dit en privé, aux Israéliens, aux Palestiniens et aux Arabes. Nous ne pouvons pas imposer la paix. Mais en privé, de nombreux musulmans reconnaissent qu’Israël ne disparaîtra pas. De même, de nombreux Israéliens reconnaissent la nécessité d’un Etat palestinien. Il est temps pour nous d’agir sur ce que tout le monde sait être vrai. Trop de larmes et de sang ont été versés. Nous avons tous une responsabilité : celle d’œuvrer au jour où les mères israéliennes et palestiniens pourront voir leurs enfants grandir sans peur ; où la terre sainte des trois grandes religions sera l’endroit de paix que Dieu avait pensé ; où Jérusalem verra cohabiter dans la sécurité et la durée juifs, musulmans et chrétiens et sera un endroit où tous les enfants d’Abraham se mêleront pacifiquement, comme dans l’histoire d’Isra, quand Moïse, Jésus et Mahomet (la paix soir eux) se sont joints pour prier ensemble.

Il sera difficile de surmonter des décennies de méfiance, mais nous agirons avec courage, rectitude et résolution. Il y aura de nombreuses questions à discuter entre nos deux pays, et nous sommes prêts à aller de l’avant sans conditions préalables, sur la base d’un respect mutuel. Mais il est clair pour tout le monde que lorsqu’il s’agit d’armes nucléaires, nous atteignons un point décisif. Il ne s’agit plus simplement des intérêts américains, mais d’empêcher une course à l’arme nucléaire au Moyen-Orient qui pourrait mener cette région et le monde sur une voie extraordinairement dangereuse.

La foi doit nous réunir. C’est pourquoi nous avons mis en route des projets d’offices communs qui réunissent chrétiens, musulmans et juifs.

(...)Nous avons le pouvoir de faire le monde que nus voulons, mais seulement si nous avons le courage d’un nouveau commencement, en gardant à l‘esprit ce qui a été écrit.

Le Coran nous dit : « Oh, humanité ! Nous t’avons créée mâle et femelle, et nous t’avons dispersée en nations et tribus afin que vous puissiez vous connaître. »

Le Talmud nous dit : « Toute la Torah n’a pour but que de promouvoir la paix. »

La Bible nous dit : « Bénis soient les bâtisseurs de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. »

Les peuples du monde peuvent vivre ensemble en paix. Nous savons que c’est la vision de Dieu. Maintenant, cela doit être notre travail, ici sur terre. Merci. Et que la paix soit sur vous."

 Le Caire 5 juin 2009 (extraits)
 Barack Obama





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