dimanche 24 juin 2012

Hollande ou les limites du pouvoir absolu






Grâce à leur victoire aux élections législatives de dimanche, les socialistes ont parachevé leur mainmise sur le pouvoir en France.

Elysée, Assemblée nationale et Sénat, présidence de 22 des 25 régions et d'une majorité de grandes villes... : cette responsabilité engage d'autant plus le gouvernement envers tous les Français que ceux-ci avaient livré, à l'issue du premier tour de la présidentielle, la photographie d'une France majoritairement à droite. Car, avec une majorité absolue socialiste à l'Assemblée, le pouvoir gagne en cohérence ce qu'il risque de perdre en tolérance. L'histoire contemporaine française fourmille de suffisamment d'exemples, à gauche et à droite, d'instrumentalisation du pouvoir à des fins partisanes ou personnelles pour qu'on n'omette pas de s'inquiéter des éventuelles dérives d'un pouvoir omnipotent. Même sous la République exemplaire promise par François Hollande, dont l'image a déjà été écornée, dans un registre il est vrai moins préjudiciable à l'Etat, par l'exposition publique d'une rivalité entre son ex et son actuelle compagnes.

L'ivresse de la concentration des pouvoirs fera-t-elle mentir la consigne de sobriété que le nouveau président a imposée à ses ministres ? Si tel était le cas, la réalité économique devrait vite dégriser les « parvenus » en puissance. Après les législatives, certains ont cru pouvoir faire le parallèle entre le Mitterrand de 1981 et le Hollande de 2012, l'enthousiasme en moins. C'est faire fi des changements qui ont été opérés dans l'exercice du pouvoir, à travers des délégations tant vers la « France d'en bas » avec la décentralisation que vers une Europe de plus en plus fédérale sur les dossiers économiques et internationaux. Doté des pleins pouvoirs, le président français n'en a pas pour autant les mains libres. La crise de la dette, métastase des débâcles financière et économique, lui rappelle crûment que l'avenir des Français se joue aussi à Bruxelles et à Berlin.

« La gauche peut-elle battre la crise ? », titrait cette semaine en Une le journal Libération avec un Hollande en Superman. Certainement pas en agissant en solo et en matamore. L'accent mis depuis le 6 mai par Paris sur un volet « croissance » à la politique d'austérité de l'Union européenne a, à tort ou à raison, soulevé des espoirs dans les pays les plus touchés par la crise. Mais, dans le même temps, on mesure bien les résistances qui, au sein des Etats les plus robustes, obèrent la moindre inclinaison du diktat de l'austérité, par nécessité ou par raideur idéologique. La marge de manoeuuvre s'en trouve considérablement réduite ; elle semble même substituer au clivage gauche-droite une fracture entre les nationalistes et les fédéralistes, entre les égoïstes et les solidaires.

En Europe, François Hollande a poussé le souci de « normalité » jusqu'à prétendre parler à tout le monde d'égal à égal. Cette stratégie a des vertus : elle peut faire émerger des convergences inusitées ou flatter les petits pays toujours méfiants face à la domination d'un directoire de grandes nations. Mais elle nie aussi une réalité incontournable. L'Allemagne est la première puissance économique du continent et son alliance avec la France a souvent été le moteur de l'édification européenne. Les tensions observées entre Paris et Berlin ces derniers jours, avant même l'ouverture d'un débat de fond sur les - nouvelles ? - orientations de la politique économique et budgétaire européenne, augurent mal de la cohésion pourtant indispensable. Dans le contexte actuel de crise, ne pas tout mettre en £uvre pour y remédier serait criminel.

GÉRALD PAPY

COMMENTAIRE DE SIVERCITY

LE SOUVERAIN MALGRE LUI

Lui qui ne savait que faire pour affirmer sa normalité est en passe de devenir, plus encore que ses illustres prédécesseurs souverain malgré lui.

La France on le sait est une monarchie élective avec sa cour, son Versailles élyséen, ses favorites et ses intrigues de palais.

Et voilà que celui qui se voulait très Français moyen, qui s'habille volontiers couleur muraille se retrouve dans la posture inverse de celle du roi dans le conte d'Andersen. Le roi François, troisième du nom, se croyait et se voulait nu et le voilà paré des lourds attributs du pouvoir quasiment absolu aussi écrasant à porter que les habits d'Elisabeth d'Angleterre le jour de son couronnement.

Pauvre François, souverain absolu de la gauche et des Français. Ne le plaignons pas trop car il se pourrait que cette posture régalienne lui permettre de mieux "saisir la dernière chance" et d'en imposer à la Bismarck en jupe et tailleur de coupe militaire qui règne et domine sur le parquet européen. "Maintenant que les élections sont passées, le Président de la République française est dans une position de force rare. Il a, à juste titre, expliqué que la croissance doit faire partie du plan de redressement de l’Europe. Il a proposé la création d’une série d’instruments utiles pour cette croissance, et pour donner à notre système financier les moyens de son avenir."

Puissent les dieux d'Europe lui être favorables.

MG

SAISIR LA DERNIERE CHANCE

Jacques Attali

Pendant que les principaux chefs d’État et de gouvernement du monde vont perdre quatre jours de leur temps précieux pour tenter de faire croire à leurs opinions publiques qu’ils peuvent régler par de vagues communiqués les problèmes de l’économie mondiale au Mexique, et ceux de l’environnement au Brésil, les dirigeants européens ont, eux, vraiment, une ultime chance de décider de leurs destins.

Ultime chance parce que, s’ils ne font rien, la survie de l’euro dépendra, une fois de plus, l’été prochain, d’une intervention massive des banques centrales. Et chacun de nos pays sera bientôt emporté dans une immense dépression, bouchon flottant dans l’océan des marchés.

Ultime chance parce qu’il leur est encore possible de comprendre que séparés, ils courent au déclin ; et qu’ensemble, ils constitueront encore pendant très longtemps la première puissance du monde, avec le niveau de vie le plus élevé de la planète.

Chacun doit, pour cela, faire un pas vers l’autre.

Aux Allemands de comprendre que leur puissance actuelle n’est qu’illusion si l’Europe se défait. Et qu’ils ont intérêt à donner du temps aux autres, comme à eux-mêmes, pour mettre leurs comptes publics en ordre, relancer leur démographie et sauver leurs banques. Et pour admettre que les propositions de croissance des Français sont raisonnables.

Aux Français de comprendre que les propositions allemandes, visant à confier à une autorité commune le soin de vérifier le déficit public de chacun ne limite en rien notre souveraineté : nous y conserverons en effet le droit de choisir le montant et la nature de nos dépenses et de nos impôts.

À tous les pays de comprendre qu’il n’y a pas de solution autre que le compromis, qui passe par plus de rigueur, plus d’audace et plus de solidarité. À tous de comprendre qu’il leur faut plus réduire les dépenses publiques qu’augmenter les impôts, qu’il faut glorifier le travail et l’effort, que la compétitivité est nécessaire au bien-être social, qu’il faut harmoniser les avantages sociaux, les allocations chômage et les niveaux de retraite. À tous de comprendre qu’il ne faut pas céder aux sirènes souverainistes et aux illusions d’une diplomatie nationale dépassée.

En particulier, Il reste maintenant à la France de prendre position pour ou contre le saut fédéral, récemment proposé par la chancelière d’Allemagne ; de décider si faire vérifier par un ministre européen des finances la mise en oeuvre des engagements budgétaires pris par chaque européen est conforme à sa conception de la souveraineté nationale.

Si les Européens, et en particulier, les Français et les Allemands, ne font pas ce saut fédéral, ils devront tous, un jour, plus proche qu’ils ne le croient, les uns après les autres, se soumettre d’une façon très humiliante aux diktats des marchés ; c’est-à-dire aux ordres des nouvelles puissances du monde, détenteurs de rentes, et aux ordres des États-Unis, qui, n’en doutons pas, sauront, eux, en particulier grâce aux nouvelles découvertes de gisements pétroliers sur le sol, rester une très grande puissance. On comprendra alors ce que signifie vraiment la perte de souveraineté.





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