jeudi 28 juin 2012

La sphère publique européenne, L’autre urgence

 

MAROUN LABAKI

Le sommet européen de ces jeudi et vendredi devrait à son tour accoucher d’une souris. Trop peu, trop tard ? Sans doute. Cependant, tous les petits pas accomplis depuis plus de deux ans, depuis le début de la crise « grecque » devenue crise « de la dette », ont nettement fait progresser l’Europe sur la voie de l’intégration. En Europe, et en tout cas dans la zone euro, nos sorts sont liés.
Mais notre interdépendance n’est pas uniquement affaire de traités et de « législation secondaire ». La France envoie un socialiste à l’Elysée ? La Grèce songe à la provocation, avant d’offrir la victoire électorale à la droite ? L’Espagne, drapée dans une fierté ombrageuse, refuse initialement de demander de l’aide ? En Allemagne, c’est « Nein » après « Nein » ? Tout cela nous intéresse. Nous passionne quelquefois. Nous concerne toujours.

Dans l’esprit et dans la lettre, l’Europe existe de plus en plus, et elle façonne notre futur. Nous demande-t-on toutefois notre avis sur cette Europe ? Herman Van Rompuy parle notamment, dans le petit rapport qu’il vient de produire sur l’avenir, d’« assurer la nécessaire légitimité démocratique » de cette Union en devenir – de cette drôle de chose qui hoquette et bégaie, allant son chemin à coups d’embardées.

Les élections européennes ne suffisent plus. Parce qu’elles restent en réalité fondamentalement nationales. En 2014, en Belgique, les élections européennes auront lieu le même jour que les législatives et les régionales…

Voici un an, la commission des Affaires constitutionnelles du Parlement européen avait, à une écrasante majorité, proposé que vingt-cinq eurodéputés soient élus sur des listes transnationales, par tous les Européens. Les têtes de ces listes transnationales auraient été les candidats des grandes familles politiques pour la fonction de président de la Commission européenne. Donald Tusk pour le PPE ? Martin Schulz pour les socialistes ? Guy Verhofstadt pour les libéraux ? Daniel Cohn-Bendit pour les Verts ? Les Européens auraient parlé politique européenne et désigné le successeur de José Manuel Barroso.
Las ! les gouvernements ont tué le projet dans l’œuf. C’était trop, paraît-il ! En fait, c’était à peine suffisant ! Nous tous, Européens, avons droit à un réel débat démocratique sur l’Europe de demain, sur la discipline et la solidarité – et sur celles et ceux qui s’installeront à l’avenir dans le fauteuil de José Manuel Barroso et dans celui de Herman Van Rompuy.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

 
L'EUROPE AUX EUROPEENS


Oui l'euro, l'Europe nous concernent tous, au quotidien.

En tant que Belge, qui répugne à se draper dans les couleurs nationales, en tant que Bruxellois, fier de sa triple capitale européenne, belge et même flamande nous voulons plus d'Europe.
Mais moins de bureaucratie à la mode de Berlaimont.
 
"Tout cela nous intéresse. Nous passionne quelquefois. Nous concerne toujours. Dans l’esprit et dans la lettre, l’Europe existe de plus en plus, et elle façonne notre futur. Nous demande-t-on toutefois notre avis sur cette Europe ?"
C'est toute la question et c'est un sujet qui fâche.

On nous la salope, notre Europe comme on nous salope notre Belgique par excès de régionalisation.
Les Anglais, ces nationalistes invétérés, voteront anglais avant de voter européen, les Danois danois, les Français voteront chauviniste comme les Flamands votent flamand avant de voter belge et les Wallons, wallon.

Qu'on y prenne garde: fédérer l'Europe pourrait lui donner le coup de grâce comme ce fut le cas pour la Belgique.

Il est urgent de créer une opinion publique européenne, de forger une culture spécifiquement européenne et pas seulement française, allemande, espagnole. On est fait de tout cela et on l'ignore à force d'être shootés à la culture yankee: Donald Duck, Macdo et Coca Cola.
Qu'on y ajoute le culte du foot au service du nationalisme le plus barbare et le décervelage est complet.

"Si c'était à refaire, je commencerais avec le culture!" aurait dit Jean Monnet. On sait maintenant qu'il ne l'a pas dit, mais que ne l'a-t-il pas fait!
Il n'est peut-être pas trop tard pour nous y mettre! Mais il est plus que temps.

J'ai eu le privilège d'être initié à la culture européenne par des professeurs cultivés et sévères dans un athénée laïque et communal qui fêtera bientôt ses cent ans. Merci à ces passeurs de cultures qui pensaient européen et ne s'en cachaient pas.

MG

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