mercredi 20 juin 2012

Le choix de Rio : solution complexe ou déclin simple ?




MICHEL DE MUELENAERE
Parfois il faut écouter les jeunes. Celui-ci par exemple : « Je parle au nom de plus de la moitié de la population mondiale. Nous sommes la majorité silencieuse. On nous a concédé un siège dans ce lieu, mais nos intérêts ne sont pas représentés à la table. Que faut-il pour être entendu ? Etre un groupe de pression, être une entreprise privée, détenir de l'argent ? Depuis que je suis né, vous négociez. Mais vous avez échoué à remplir vos engagements. Vous avez manqué vos objectifs. Vous avez trahi vos promesses. » C'était à Durban, fin 2011, en marge d'un énième sommet sur le climat. Cinglant, un jeune étudiant indien rappelait les négociateurs à leurs devoirs.

Il pourrait en aller de même – à la virgule près –, ce mercredi, à l'ouverture du sommet de la Terre alors que débarquent à Rio ministres et chefs d'Etat – mais pas le Premier des Belges, Elio Di Rupo (PS) qui a renoncé au déplacement. En matière de développement durable, comme de climat, de biodiversité ou d'inégalités économiques, le contraste entre l'urgence des enjeux, la lenteur de la réaction politique et la ténuité de la coopération internationale est frappant. Et que la Belgique ne s'avise pas de prendre les choses de haut : son bulletin ne le lui autorise pas. Récemment, Le Soir mettait en évidence la fragilité du moral des Belges. Et tellement d'experts relèvent le « mal-être social » et « le manque de confiance mutuelle » au sein de la population.

Mais que manque-t-il pour agir ? La connaissance scientifique ? Elle est abondante et concordante. La technologie ? Elle existe. L'importance de l'enjeu ? Il est évident. L'argent ? Il est disponible, mais pas toujours utilisé à bon escient. Non, ce qui empêche que l'on agisse pour un monde plus juste et pour que notre Planète devienne autre chose qu'un vaste terrain vague, ce sont les intérêts privés, la faiblesse politique et les égoïsmes de nos sociétés.

Vrai : le développement durable est une question complexe qui exige des solutions complexes. Que l'on ose des remises en cause, notamment celle de nos modes de consommation. C'est vrai, qu'il faut se projeter dans l'avenir. Complexe, inhabituel. Mais il y a au moins une certitude. Un déficit d'action se soldera par une issue simple et inéluctable : la déchéance.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY


"SOIS LE CHANGEMENT QUE TU VEUX VOIR DANS LE MONDE" GANDHI
Les internautes ont largement réagi à cet article, voyez plutôt:

"C'est toujours facile de taper sur les dirigeants mais les habitants de la planète sont-ils, eux, surtout dans les pays riches, prêts à faire marche arrière? Il y a 1 voiture pour 2 habitants en Belgique, 1 pour 7 habitants dans le monde, et seulement 1 pour 17 habitants chez les "méchants chinois pollueurs" Les Belges, les Européens, les Américains sont-ils prêts, dans le grande majorité, à abandonner leur sacro-sainte voiture? Non? Alors circulez, il n'y a rien à voir, et ces grandes conférences ne servent à rien sinon polluer un peu plus pour les organiser. Ce n'est que l'épuisement des ressources naturelles qui mettra fin à la grande fête du gaspillage commencée au début du XXème siècle. Mais rassurez-vous, c'est pour bientôt."

"Il faut repenser le monde, notre rapport à la nourriture, au matériaux et à l'énergie. Nous avons besoin de créativité à grande échelle."

"M. De Muelenaere voit juste en désignant le politique comme pierre angulaire de l'immobilisme général. Nous savons ce qu'il faut faire mais ne le faisons pas. Car préserver l'environnement global demande justement de transformer les liens de domination géopolitique, commerciale et financière entre les pays consommateurs et les pays pauvres. Il n'y aura pas de progrès écologique, ni global ni local, sans une telle transformation planétaire. Car la surexploitation de la Terre qu'appelle notre consommation occidentale est devenue une mauvaise exploitation, rendue d'autant plus nuisible qu'elle est renforcée par des technologies puissantes."

"Le développement durable, ça ne marche que si nous adaptons notre façon de consommer." Si tout le monde faisait attention, les politiques n'auraient pas besoin de s'y intéresser."

Voilà qui est sans appel. Mais par où commencer? Il est commode d'adopter un discours de circonstances. Tous le monde le fait. Mais qui passe à l'acte? C'est tout le problème. Gandhi disait déjà:

"Sois le changement que tu veux voir dans le monde."

Pas moyen d'être plus synthétique.

Pour lutter contre sa lente descente aux enfers, une ville d'Angleterre a inventé le jardin collectif. Un triomphe à méditer...

Ne peut-on faire la même chose chez nous?

Les survivants de la guerre se souviendront que de nombreuses pelouses publiques ont été transformées en potagers collectifs.

"L’Office du Coin de terre de Bruxelles compta ainsi jusqu’à 37.500 lopins pendant la guerre 39-45, loués par le service « Cultures » de l’Assistance Publique de Bruxelles. Dans l’après guerre, la crise alimentaire étant peu à peu résolue, la demande diminua tandis que par ailleurs les besoins en logements nécessitèrent l’occupation de beaucoup de terrains disponibles. L’Office fut dissous en 1966.



LES JARDINS COLLECTIFS AUJOURD’HUI
Dès le début des années ‘70, une nouvelle génération de potagers collectifs urbains voit le jour, en Belgique comme à l’étranger

Aujourd’hui encore elle amène la population à « se prendre en charge à partir des potentialités du milieu ». En Europe, la tradition des Coins de terre est maintenue mais évolue. Il s’agit toujours de produire de quoi se nourrir, mais l’accent principal se déplace vers la volonté de se retrouver sur un terrain commun et de construire un projet collectif. Aux objectifs de sécurité alimentaire, viennent se joindre d’autres perspectives de développement social, et de développement durable, environnemental et urbain. Des chercheurs s’intéressent à la place de l’agriculture urbaine tant dans l’alimentation mondiale que dans l’équilibre du cadre de vie urbain.

Consultez "L'Office International du Coin de Terre et des Jardins Familiaux"





LE POTAGER GEANT, C'EST L'AVENIR

Le Point.

Une poignée de haricots verts devant le commissariat, deux salades ramassées dans des plates-bandes du collège, quelques pommes de terre le long du parking, les oeufs proposés par le voisin et une tarte avec les pommes cueillies sur le trottoir d'en face. Le repas est prêt ! Surréaliste ? Pas tout à fait. Une ancienne ville industrielle du nord de l'Angleterre a transformé en trois ans cette folle utopie en réalité, au point d'être presque autosuffisante en alimentation aujourd'hui !

L'expérience de ces "incredible edibles" ou "incroyables comestibles", soutenue par le prince Charles himself, essaime rapidement dans tout le Yorkshire et fait déjà des émules aux quatre coins du monde... Les experts du monde entier, du Chili comme de l'Australie, se bousculent chaque semaine dans la petite ville pour essayer de comprendre et d'en prendre de la graine. Comprendre comment de simples végétaux ont pu induire un tel changement de société en si peu de temps.

ON CULTIVE POUR LA COLLECTIVITE

L'histoire commence en 2008, à Todmorden, petite ville de 14 000 habitants dans le nord de l'Angleterre. Ancienne ville industrielle, en pleine crise économique avec son lot de chômage, de précarité et d'incivilités, Todmorden se vide inexorablement de ses habitants. Trois mères de famille décident de ne plus se poser en victimes du système, mais plutôt d'agir et de contre-attaquer. En commençant par regagner la première des libertés : celle de se nourrir.

Ainsi sont nés les "incroyables comestibles", ces fruits et légumes cultivés localement par l'ensemble des habitants - ici, chaque citoyen entretient bénévolement un carré de terre pour la collectivité. Cultiver en ville, mais où donc ? Partout où c'est possible ! Des parcelles de jardins aux simples bandes de terre, en passant par des bacs posés sur les trottoirs, les parkings, les cours des écoles et de l'hôpital, jusqu'à la caserne des pompiers, les moindres recoins disponibles se recouvrent soudain de plantations et débordent de généreux produits frais et disponibles. Avec partout la même pancarte : "Food to share" ("nourriture à partager, servez-vous, c'est gratuit").

Un an après, la ville s'est véritablement transformée en verger et potager géant à la disposition de tous. Aujourd'hui, plus de 70 sites de plantation urbains fournissent pommes, fraises, petits pois, cerises, aromates, fenouil, carottes et oignons... Les habitants se servent et participent à leur tour en mettant la main à la bêche, en plantant, en arrosant et en créant de nouvelles cultures. Le pari pour l'autonomie complète est presque gagné puisque, fin 2011, la ville couvrait déjà plus de 80 % de ses besoins en alimentation. Car on trouve aussi des animaux, comme des poules, élevés par les habitants et dans certaines écoles. En intégrant les enfants au coeur du dispositif - chaque école a sa plantation -, les organisateurs ont souhaité les transformer en apprentis jardiniers et les font ainsi participer à l'approvisionnement des cantines.

UNE EXPERIENCE QUI A RECREE DU LIEN SOCIAL

Si les experts se bousculent dans cette petite ville, c'est qu'au-delà d'assurer la sécurité alimentaire, le mouvement génère des conséquences vertueuses insoupçonnées. Alors qu'avec la gratuité des fruits et des légumes, on aurait pu craindre des pillages, saccages ou autres abus, c'est tout le contraire qui s'est produit : le tissu social s'est reformé, les relations humaines se sont améliorées et la criminalité diminue d'année en année !

En se réappropriant la nourriture, les gens retrouvent du sens et du lien, se reconnectent à la nature et découvrent un nouvel art de vivre. De la méfiance et du cloisonnement on est passé à l'ouverture et au partage. L'autonomie alimentaire entraîne aussi des changements dans l'économie locale (moins de chômage notamment), l'apprentissage des enfants et la gestion de l'énergie (moins de dépenses pour amener les denrées dans la ville). Éducation, économie et collectivité sont considérées comme les trois piliers interdépendants du programme. C'est en activant ces trois paramètres que l'autonomie est retrouvée. Autrefois désertée, Todmorden accueille aujourd'hui des familles qui reviennent s'installer.

Par Sophie Bartczak

COMMENTAIRE DE LECTEUR

"Quand toute une population se met à transformer son espace public en jardin potager géant et qu'il y a des fruits et légumes gratuits partout, l'idée de voler n'a plus de sens. Pourquoi irai-je voler ce qui nous rend libre et heureux, surtout si je participe à la co-création de ce processus avec tous mes concitoyens ? C'est vraiment un nouveau paradigme qui est à l'oeuvre sous nos yeux. Cela rend possible l'émergence d'une nouvelle société pacifiée et réconciliée entre les humains et la Nature.
Certains crient tout de suite au "ce n'est pas possible" mais je crois que, si je lis bien l'article, la localité qui a lancé cette expérience n'était pas à l'abri des incivilités et cela semble avoir marché.
Avant de dire que ce n'est pas possible, il faut essayer avec conviction (si on essaie avec le seul but de montrer que ça ne marchera pas, il est certain que cela ne marchera pas...), en informant, et, surtout, en impliquant les enfants : ils vont le faire en s'amusant parce que, pour la plupart, ce sera une découverte et, en plus, ce seront leurs fruits et légumes et ils en prendront soin...
Je dirais simplement, essayons et on continuera partout où ça marche..."



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